Au secours… vous voulez comme Darmanin des juges « à l’image de la société « ?

Nous croyions jusqu’alors que la justice devait éliminer les passions, et non s’y soumettre…

Or, des juges « à l’image de la société » comme les veut Darmanin, c’est, forcément, des juges pleins de passion, soumis à leurs propres passions, non ? Déjà qu’à présent on subit des juges encartés type du « mur des cons », avec la réforme que nous prépare Darmanin… au secours !

Le garde des Sceaux a présenté ce mardi sa réforme de l’École Nationale de la Magistrature, tirée du rapport Touboul. 30 propositions. 6 mesures retenues par décret d’ici début 2027. Et un slogan qui fait froid dans le dos :  une magistrature « à l’image de la société ».

Cela donnerait exactement ceci, non ? La justice Instagram ? Un juge qui cherche des likes peut-il dire le droit ? 

Non ce n’est pas un délire ni un extrait du Meilleur des mondes revisité…

On croit rêver cauchemarder. Le juge, c’est précisément, justement… l’homme qui ne doit PAS être à l’image de la société.

Etymologiquement, le juge c’est celui qui dit le droit (jus dicere), tout simplement. 

C’est ou c’était ? 

Le juge doit être au-dessus. Si vous m’aviez dit, au moment où je commençais mes études de lettres classiques en fac, il y a 53 ans, que, un jour,  je rappellerais en lettres de sang qu’un juge ne doit pas être à l’image de la société, je me serais allègrement gaussée…

Bien évidemment que le juge doit être au-dessus des passions, au-dessus des modes, au-dessus des contingences du commun des mortels, au-dessus des réseaux sociaux, au-dessus des colères de la rue. C’est pour cela qu’il porte la robe, qu’il est inamovible, qu’il prête serment. Il ne dit pas ce que la société pense. Il dit le DROIT.

Que nous propose-t-on à la place ? Un concours remanié, plus accessible aux carrières antérieures, plus de diversité sociale, géographique et économique, une réserve Ecole Nationale de la Magistrature  pour aller chercher des profils dans les zones rurales et ultramarines, une formation initiale réduite de 31 à 24 mois, des cours d’IA, de communication judiciaire, de « mesure de l’impact de ses décisions« , des stages partagés avec l’INSP, l’ex-ENA…

Traduction : on fabrique non plus des juristes d’élite, mais des travailleurs sociaux en robe, des communicants, des managers sensibles à l’air du temps. On remplace la sélectivité par la représentativité. On remplace la science du Droit par la sociologie.

Le pire, si j’ose dire, c’est la logique. On nous explique que l’essentiel des auditeurs vient de Sciences Po et qu’il faut éviter la « reproduction des élites ». Mais c’est justement la reproduction de l’excellence qu’il faut ! On ne veut pas un juge parce qu’il vient d’un quartier, d’un village ou d’outre-mer. On veut un juge parce qu’il connaît le Code civil, le Code pénal, la procédure, la jurisprudence, mieux que quiconque.

Le reste est du clientélisme déguisé en méritocratie. Et on a commencé sur ce chemin glissant à partir du moment où on a accepté à Sciences Po des candidats dispensés du concours d’entrée, comme, au hasard, l’inoubliable Laetitia Avia entrée à Sciences Po sans passer le concours écrit traditionnel, bénéficiant de la passerelle mise à en place par le dégénéré Descoing, directeur de Sciences Po alors. Elle est l’auteur de la dictatoriale et liberticide loi Avia largement censurée à l’époque par le Conseil Constitutionnel car liberticide…

    Bref, la dégringolade continue, on réduit la formation de 7 mois pour ceux qui n’ont jamais jugé, et on l’allonge pour les professionnels. Qui a dit qu’on marchait sur la tête en Macronie ?

    -Quoi ? Comment ? Ils changent les juges ??? Ce n’est pas possible ! 

    -Ils veulent des juges qui ont « vécu », qui sont « ancrés », qui sont « tournés vers l’usager ».

    -L’usager ? Mais le justiciable n’est pas un client à satisfaire. C’est un citoyen qui vient chercher une décision juste, même si elle lui déplaît. Même si elle choque « la société ».

    -Pourtant c’est bien ce qu’ils veulent faire… Un magistrat à l’image de la société,  un magistrat qui juge selon l’opinion du moment. Aujourd’hui, on lui demande d’être écolo, demain féministe, après-demain antiraciste. Le juge qui suit la société trahit la Justice. Le juge qui la précède, qui la contredit au nom du Droit, l’honore.

    Il y a eu un temps où le magistrat était une figure. Distante, austère, respectable, presque sacerdotale. Cette distance n’était pas de l’arrogance. C’était la condition de l’impartialité. En voulant la détruire au nom de la diversité, Darmanin ne modernise pas la justice. Il lui retire sa dignité. Il transforme une magistrature en miroir déformant de nos divisions.

    La France n’a pas besoin de juges qui lui ressemblent. Elle a besoin de juges qui la jugent.

    Christine Tasin

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