8 décembre 2003. L’Humanité publie un reportage de Mina Kaci : « À Trappes, l’islamisme tisse sa toile ». 23 ans plus tard, relisez-le. Tout y est. Et personne ne pourra dire : on ne savait pas, on n’avait rien vu venir.
Ce n’est pas le RN. Ce n’est pas CNews. Ce n’est pas un tract d’extrême droite. C’est L’Humanité, le journal communiste, le journal de la gauche historique, ouvrière, féministe, laïque.
En décembre 2003, son journaliste va aux Merisiers, à Trappes. Une cité coupée par la nationale 10, frappée par la pauvreté et la relégation. Et elle décrit, noir sur blanc, ce que beaucoup refusent encore de nommer aujourd’hui.
Des femmes intégralement voilées sur les marchés et devant les écoles. Des enseignantes qui ne reconnaissent plus certaines mères qu’à leur voix. Un quartier, écrit-elle, « quadrillé par les militants islamistes de divers courants » . Des réseaux proches des Frères musulmans, des milieux salafistes qui avancent, méthodiquement, en tissant leur toile. Le désengagement des pouvoirs publics qui laisse le champ libre.
En 2003, on pouvait l’écrire dans L’Humanité sans être traité de raciste.
En 2003, dénoncer l’islamisme, c’était encore défendre la République, défendre les femmes, défendre les quartiers populaires.
Qu’ont-ils donc fait en 20 ans ?
Vingt-trois ans plus tard, que s’est-il passé ? On a laissé faire. Ils ont laissé faire.
Pire : on a accueilli toujours plus, sans jamais exiger, sans jamais imposer, sans jamais protéger celles et ceux qui, sur place, subissaient déjà la pression.
On a laissé l’islamisme s’installer, se structurer, se normaliser. On a laissé les associations, les prédicateurs, les réseaux communautaristes prendre en main des quartiers entiers pendant que la République reculait : écoles, piscines, commerces, sport, vie associative. Tout est devenu un terrain de négociation avec la charia du quotidien.
Et quand des voix se sont élevées pour dire exactement ce que L’Huma écrivait en 2003, on les a traitées d’islamophobes, de fascistes, de semeuses de haine...
La gauche qui dénonçait l’islamisme en 2003 est devenue la gauche qui l’excuse en 2026 !
Elle a troqué la défense des femmes contre le clientélisme électoral. Elle a troqué la laïcité contre la peur de perdre des voix. Elle a vendu son âme au diable pour un tout petit peu de pouvoir. Pour avoir le droit de modifier notre constitution et nos lois pour, justement, au lieu de servir de paravent aux femmes, accepter, autoriser, attirer… toujours plus de voilées, d’ennikabées, d’hommes prêts à jouer du couteau, à cacher et enfermer leurs femmes…
Le résultat est là : à Trappes comme ailleurs, la pression n’a fait que monter. Pression du voile sur les petites filles, pression sur les tenues, pression sur les sorties, pression sur les cantines, pression sur les profs, pression sur les filles qui veulent juste vivre libres.
C’est ça, l’avenir qu’ils veulent pour leurs petites-filles blondes ?
Posons la question franchement, sans détour, sans pudeur hypocrite : c’est ça, l’avenir qu’une certaine gauche et une certaine droite molle veulent pour leurs petites-filles ?
Des petites-filles qui devront baisser les yeux, se couvrir, se justifier de porter une jupe, de faire du sport, de sortir le soir ? Des petites-filles qui devront apprendre à vivre sous le regard des « grands frères », des « patrouilles de la vertu » (glups), des imams autoproclamés qui décident de ce qui est halal ou haram pour les autres ?
Et demain ? Demain, ce sera quoi ? Le statut des femmes de Kaboul ? Des femmes effacées de l’espace public, interdites d’école, interdites de parole, interdites d’exister sans un homme à leurs côtés ?
On nous dira que c’est exagéré, que c’est caricatural, que ça n’arrivera jamais en France. C’est exactement ce qu’on disait en 2003 à ceux qui lisaient L’Huma. « Vous exagérez. »
Vingt-trois ans plus tard, regardez Trappes. Regardez ce qui s’y joue, chaque jour, pour les femmes, pour les filles, pour les enseignants, pour les commerçants qui refusent de plier.
On savait. On a vu. On a lu. On a laissé faire.
Alors ne dites pas que vous ne saviez pas. Ne dites pas que vous n’avez rien vu venir.
L’Humanité l’avait écrit en 2003. Il n’y a plus aucune excuse.
Christine Tasin
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