Pologne coupée en deux, un laboratoire pour toute l’Europe !

À gauche le Palais de la Culture, à droite le Trybunał Konstytucyjny, et au milieu une Constitution déchirée avec la balance de la justice. Deux visions de la Pologne qui se font face au-dessus de la Vistule.
D’un côté la défense de la souveraineté constitutionnelle polonaise incarnée par le Président Nawrocki, de l’autre la volonté de rapprochement européen portée par Tusk.
C’est vraiment le cœur du bras de fer : deux légitimités qui s’affrontent.
La Pologne est un laboratoire pour toute l’Europe. Où en est-on mardi soir 3 novembre, au moment où j’écris mon article après les évènements de la veille, à savoir la tentative de coup d’Etat de l’européiste Tusk  ? 
La Pologne est coupée en deux, pas géographiquement  mais institutionnellement.
D’un côté :
Le Président Karol Nawrocki + PiS + Tribunal historique + Cour Suprême. Ils disent que la Constitution polonaise est au-dessus du droit européen, Tusk tente un coup de force en installant 7 juges non assermentés pendant que le pays fête la Toussaint.
De l’autre :
Le Premier ministre Donald Tusk + sa coalition KO + 7 nouveaux juges. Ils disent:  on restaure l’État de droit, le Tribunal est illégitime depuis la capture par le PiS en 2015, le Président bloque.
Et au milieu, la population. Un pays où la gauche ne pèse plus que 8%, où le vrai clivage c’est droite nationale contre droite européenne, et où l’affaire Kaliningrad d’aujourd’hui arrive à point nommé pour changer de sujet.
Ce qui est à peu près sûr:, c’est que jusqu’aux législatives de 2027, rien ne sera tranché. On aura deux lectures du droit, deux présidents du Tribunal, et chaque incident à la frontière sera lu par chaque camp comme une preuve que l’autre joue contre la Pologne.
Ce qui se joue à Varsovie, ce n’est pas juste une querelle de juges polonais. C’est la question –qui concerne chaque pays membre de cette saloperie d’UE -:qui commande en dernier ? La Constitution nationale ou Bruxelles ?
–Si Tusk réussit à faire sauter un Tribunal constitutionnel souverainiste avec l’appui de l’UE, ça fera jurisprudence pour la Hongrie, la Slovaquie, et demain la France.
-Si Nawrocki tient, c’est tout le modèle de l’Europe fédérale qui prend un coup.C »est évidemment ce à quoi nous aspirons, à Résistance républicaine ç
POLOGNE: 48 HEURES DE CHAOS AUTOUR DU TRIBUNAL CONSTITUTIONNEL
La Pologne vient donc de vivre ce que les deux camps appellent désormais « la tentative de coup d’État de la Toussaint ».
Les faits : vendredi 30 octobre, que nous avons rappelé dans notre précédent article sur le sujet. Profitant de l’absence du Président Nawrock en vol vers le Sénégal, un des juges non assermentés, Korwin-Piotrowska se proclame présidente par intérim, avec l’appui de l’ancien Président européiste Tusk et suspend pour un mois le Président légitime. Informé, le Président Nawrocki  fait faire demi-tour à son avion,   force le cordon policier et proclame la violation de l’ordre constitutionnel. 
Où en est-on aujourd’hui ? 
Le pays a désormais deux réalités/statuts juridiques
-Pour le pouvoir PiS et le Président c’est une tentative de coup d’État européiste. Le Tribunal est le gardien de la Constitution polonaise contre la primauté absolue du droit européen. En installant des juges européistes à sa tête à un an des législatives de 2027 qu’il risque de perdre, Tusk, ancien président du Conseil européen, voudrait verrouiller le système. L‘article 128 du Code pénal polonais sur le coup d’État est invoqué.
-Pour le gouvernement Tusk : il s’agit de restaurer l’État de droit après la capture du Tribunal par le PiS depuis 2015. Le gouvernement refuse de publier les arrêts du Tribunal depuis mars 2024 et considère que le Président n’a pas le droit de refuser d’assermenter des juges élus par le Parlement. La Cour européenne des droits de l’homme et la Commission de Venise ont soutenu cette lecture en octobre.
Sur le terrain, Święczkowski (Président du Tribunal Constitutionnel polonais) a de nouveau été empêché d’entrer ce matin. Korwin-Piotrowska a convoqué une assemblée générale de tous les juges pour le 3 novembre, que les juges historiques disent vouloir boycotter. Deux coalitions partenaires de Tusk, le PSL et Pologne 2050, ont rencontré Nawrocki samedi, signe que sa propre majorité vacille.
Résultat : la Pologne se dirige vers deux Tribunaux constitutionnels parallèles, une crise sans précédent depuis 1981, et une opposition de droite qui ressort unifiée et mobilisée à un an des élections.
A suivre ! 

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