Pologne : 48 h de chaos autour du tribunal constitutionnel

La Pologne vient de vivre ce que les deux camps appellent désormais « la tentative de coup d’État de la Toussaint« .
Les faits
Vendredi 30 octobre, alors que le pays s’apprête à célébrer la Toussaint – fête majeure où des millions de Polonais quittent les villes – et que le Président Karol Nawrocki est en vol officiel vers le Sénégal, 7 juges élus par la Diète (Sejm) en 2026 mais jamais assermentés par le Président entrent dans l’enceinte du Tribunal constitutionnel par une porte dérobée reliée à la chancellerie, escortés par le Service de protection de l’État.
Vers 18h, Anna Korwin-Piotrowska, l’un de ces juges non assermentés par Nawrocki, signe une ordonnance: elle se proclame présidente par intérim et suspend pour un mois le président légitime du Tribunal Bogdan Święczkowski et son vice-président Bartłomiej Sochański.
Dans le même temps, la police anti-émeute encercle le bâtiment, cadenasse les grilles avec des chaînes. Le site internet du Tribunal annonce la suspension, puis est déclaré « piraté » par le compte X officiel du Tribunal qui publie : « Toutes les personnes participant à ces actions commettent le crime de coup d’État ».
Le retournement
Informé au-dessus de l’Espagne, Karol Nawrocki ordonne à l’avion présidentiel de faire demi-tour au-dessus de Malaga. Il atterrit à Varsovie vers 22h et file directement au Tribunal.
Vers 1h du matin, accompagné du Premier Président de la Cour suprême Zbigniew Kapiński, il force le cordon policier, entre dans le bâtiment – une vidéo le montre bousculant Korwin-Piotrowska à l’entrée – et déclare: « L‘ordre constitutionnel de la République de Pologne a été violé et un organe constitutionnel de l’État a été pris d’assaut par la force« .
Tusk, de son côté, tweete: « Restaurer l’État de droit est notre devoir. Après des années d’anarchie menée par le PiS, il s’agit d’un processus difficile, parfois douloureux, qui nécessite une action décisive.« 
Où en est-on aujourd’hui, 3 novembre?
Le pays a désormais deux réalités juridiques 
-Pour le pouvoir légitime PiS et son  Président c’est une tentative de coup d’État européiste. Le Tribunal est le gardien de la Constitution polonaise contre la primauté absolue du droit européen. En installant des juges européistes à sa tête à un an des législatives de 2027 qu’il risque de perdre, Tusk, ancien président du Conseil européen, voudrait verrouiller le système. L’article 128 du Code pénal polonais sur le coup d’État est invoqué.
Pour le gouvernement Tusk, l s’agit de restaurer l’État de droit après la « capture du Tribunal » par le PiS depuis 2015. Le gouvernement refuse de publier les arrêts du Tribunal depuis mars 2024 et considère que le Président n’a pas le droit de refuser d’assermenter des juges élus par le Parlement. La Cour européenne des droits de l’homme et la Commission de Venise ont soutenu cette lecture en octobre.
Sur le terrain, Święczkowski (président légitime du tribunal) a de nouveau été empêché d’entrer ce matin. Korwin-Piotrowska (président par intérim autor-proclamée du tribunal ) a convoqué une assemblée générale de tous les juges pour le 3 novembre, que les juges historiques disent vouloir boycotter. Deux coalitions partenaires de Tusk, le PSL et Pologne 2050, ont rencontré Nawrocki samedi, signe que sa propre majorité vacille.
Résultat : la Pologne se dirige vers deux Tribunaux constitutionnels parallèles, une crise sans précédent depuis 1981, et une opposition de droite qui ressort unifiée et mobilisée à un an des élections.

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