Ce n’était ni la fatigue des longues réunions de Francfort, ni le désir soudain de s’occuper des petits-enfants, ni même une délicate intervention chirurgicale au visage. Non.
Après sept années de neutralité obligatoire (ce prix de l’indépendance, dit-elle avec un sourire un peu crispé), la vérité, paraît-il, est « trop abîmée » et « contredite par des représentations erronées » pour qu’elle reste encore les bras croisés. Et comme par hasard, ce besoin pressant de vérité se manifeste pile au moment où les sondages donnent Marine Le Pen en position de force pour 2027. On croirait presque à un plan.
Soyons clairs : en quittant le 7 février 2027 au lieu d’octobre, elle offre à Emmanuel Macron la possibilité de peser sur la désignation de son successeur avant que le peuple ne décide. Un joli filet de sécurité pour que la BCE reste entre de bonnes mains, loin des mauvais vents qui soufflent du côté de ceux qui osent encore parler de souveraineté, de frontières ou de mondialisation un peu trop débridée. Trente ans d’efforts de la caste pour nous emmener gentiment dans le grand marché globalisé ne sauraient être compromis par une candidate trop… proche du peuple, n’est-ce pas ?
On imagine déjà la suite : Lagarde, libérée des contraintes de Francfort, qui rejoint la curée – pardon, la lutte finale – pour défendre les grands principes qui lui sont chers. La stabilité. L’Europe. La vérité. Surtout la vérité, celle qui ne supporte pas d’être contredite par des représentations erronées (entendez : par ceux qui n’ont pas fréquenté les bons salons de Davos ou les conseils d’administration internationaux).
Quel courage. Quelle abnégation. Après avoir géré l’inflation à deux chiffres, les taux qui montent en flèche et l’euro numérique qui n’arrive toujours pas, elle sent qu’elle a encore un rôle à jouer. Pas pour s’occuper de ses petits-enfants, non. Pour empêcher que trente ans de construction soigneusement pilotée ne soient mis à mal par une élection trop démocratique.
On avait bien deviné. Et maintenant, on a l’aveu. Bravo, madame la Présidente. La liberté de parole, c’est vraiment une belle chose… quand on choisit le moment exact où elle sert le « camp du bien ».
124 total views, 124 views today


Surtout une proimmgrationiste qui en a rien a faire du peuple