Coup de chapeau à Jérémie Patrier-Leitus : « en démocratie, on ne ferme pas les médias ! »

Il le mérite, ce coup de chapeau, en ces temps troublés proches de la guerre civile, il faut un sacré courage, en ce moment, pour dire une phrase simple…
Il y a des phrases qui, en temps normal, seraient des évidences. Et qui, en temps de fièvre, deviennent des actes de résistance :  « En démocratie, on ne ferme pas les médias ! »
C’est celle qu’a prononcée, lundi 2 novembre, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, porte-parole d’Édouard Philippe et vice-président de la commission des Affaires culturelles.
Il l’a prononcée au moment précis où tout le monde se taisait, ou pire, applaudissait.
Le contexte ? Une chasse aux sorcières
Rappelons les faits. Une pétition déposée en juin sur le site de l’Assemblée, «Supprimer CNews de l’audiovisuel français », plafonnait à 100 000 signatures. Puis, après l’attentat de Trappes, elle a explosé : 500 000, 600 000, puis plus de 800 000, près de 900 000 signatures…
CNews, accusée d’être une « machine de propagande », accusée — sans aucune preuve, sans aucun lien établi — d’avoir armé idéologiquement  le tueur de Trappes, s’est donc retrouvée jetée en pâture, traînée dans la boue.
Thomas Portes (LFI) a fait de la fermeture de CNews une priorité .
 Coquerel a promis : Si demain nous gouvernons, nous trouverons les moyens de l’interdire.
Deux députés écolos ont demandé le retrait des accréditations de la chaîne à l’Assemblée. Une journaliste de CNews a été interdite de conférence de presse.
Dans le même temps, LFI appelait aussi au boycott de TF1. Et le RN, de son côté, promettait de fermer l’audiovisuel public.
Bref, la France de 2026 : chaque camp veut fermer le média de l’autre !!! 
C’est dans ce climat délétère que Patrier-Leitus a parlé.
Ce qu’il a dit, exactement, sur X, puis sur France Inter le 4 novembre face à Yannick Jadot : 
Les attaques répétées et souvent violentes contre les médias publics comme privés, contre les journalistes, sont dangereuses, populistes et particulièrement préoccupantes. 
 Pour les populistes, il y a les bons et les mauvais médias, les bons et les mauvais journalistes. Pour LFI, il faut fermer CNews et désormais boycotter TF1. Pour le RN, il faut fermer l’audiovisuel public ! 
 Le rôle des responsables politiques n’est pas de fermer des médias, d’appeler à leur censure, à leur boycott ou de placer des cibles dans le dos des journalistes. »
 Quand on combat l’extrême gauche et l’extrême droite, on n’utilise pas leurs armes. Dans une démocratie, ce n’est pas aux responsables politiques de dire quelle chaîne ou quelle radio il faut fermer. 
Aujourd’hui, certains demandent la fermeture de CNews, d’autres la privatisation de l’audiovisuel public. Demain, ce sera Radio Nova… C’est un engrenage très dangereux et sans retour ! 
Et il a proposé autre chose qu’un débat sur la fermeture, un débat plus large sur l’information, la régulation, le pluralisme et la liberté d’expression .
C’est très courageux,  pour trois raisons.
-Parce qu’il ne défend pas CNews, il défend un principe.
Patrier-Leitus ne dit pas que CNews est parfaite. Il ne dit pas que tout ce qui s’y dit lui plaît. Il dit autre chose, de plus haut : si un média manque à ses obligations, c’est à l’Arcom de le sanctionner — mise en demeure, amende, et, dans les cas extrêmes prévus par la loi, retrait de fréquence — après une procédure contradictoire, pas à une pétition, pas à un tweet, pas à une foule en colère.
C’est la différence entre l’État de droit et la justice populaire. Entre la sanction et la censure. Entre la démocratie et le populisme.
Il rappelle que CNews a déjà été mise en demeure en juin 2026 par l’Arcom pour déséquilibre dans l’expression des courants de pensée, et condamnée à 200 000 € d’amende en juillet. Le régulateur existe. Il travaille. Il n’a pas besoin qu’on lui dicte la sentence sur les réseaux sociaux.
-Parce qu’il renvoie dos à dos les deux extrêmes.
C’est le plus fort. Il ne s’en prend pas seulement à LFI. Il met sur le même plan LFI qui veut fermer CNews et le RN qui veut fermer France Télévisions. Les deux veulent la même chose : un paysage médiatique à leur image, purgé de l’adversaire.
Lui dit non aux deux. C’est la position centrale, au sens noble,  celle qui refuse de choisir quel censeur on préfère.
D’ailleurs il l’a très bien résumé : « On ne combat pas les extrêmes avec les armes des extrêmes »
-Parce qu’il a présidé la commission sur l’audiovisuel public.
On ne peut pas l’accuser de défendre Bolloré par intérêt. Cet homme a présidé la tumultueuse commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. Il connaît le dossier, les chiffres, les dérives, les abus, de tous les côtés. Quand il dit que fermer une chaîne par décision politique serait un engrenage sans retour, il sait de quoi il parle.
Chapeau bas, Monsieur le Député
En démocratie, on ne ferme pas les médias. On les contredit. On les critique. On les sanctionne quand ils violent la loi, par le droit. On change de chaîne avec sa télécommande. On crée un autre média si on n’est pas d’accord. Mais on ne demande pas à l’État de faire taire une voix qui déplaît. Parce que la voix qu’on fait taire aujourd’hui, c’est la sienne qu’on fera taire demain.
Aujourd’hui CNews. Demain TF1. Après-demain Radio Nova. Après-demain, qui ?
C’est cela, l’engrenage que Patrier-Leitus a dénoncé. Et il a eu raison de le dénoncer avant qu’il ne soit trop tard.
Dans une Assemblée où beaucoup calculent, où beaucoup ont peur de paraître complaisants, où beaucoup préfèrent surfer sur la colère du moment, un député a rappelé une évidence de 1789 : la libre communication des pensées et des opinions est l’un des droits les plus précieux de l’homme.
C’est du Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » 
Aujourd’hui, Voltaire s’appelle Jérémie Patrier-Leitus.
Coup de chapeau, Monsieur le Député. Et merci.
Christine Tasin

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