Corrigeons une désinformation sur les élections de mi-mandat aux États-Unis
Nous sommes à 24h des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, a déclaré au sujet de la soirée qui s’annonce pour les républicains : « Je vous le dis, les sondages se trompent. Nous sommes sur le point d’entrer dans l’histoire et, mardi soir, nous célébrerons de grandes victoires. C’est ma prédiction. » Je suis moins sûr que lui, car ma boule de cristal, que j’ai pourtant acheté au prix fort, a du mal à me prédire l’avenir. Je vais le contacter pour lui demander où il a acheté la sienne.
La désinformation médiatique :
Les élections de mi-mandat au Congrès américain pourraient influer sur la politique de Washington à l’égard de la République islamique. Une victoire des démocrates accroîtrait la surveillance, la pression politique et les restrictions budgétaires.
1. Le calendrier. Le scrutin a lieu le 3 novembre. Le nouveau Congrès n’entrera en fonction que le 3 janvier 2027. D’ici là, c’est le Congrès républicain actuel qui siège et décide.
2. La mécanique constitutionnelle de l’impeachment.
- La Chambre peut mettre Trump en accusation à la majorité simple, mais cela ne suspend aucun de ses pouvoirs. Trump reste le commandant en chef pendant tous les procès que les démocrates rêvent de lui faire.
- De plus, seule une condamnation par les deux tiers du Sénat (67 voix) peut le destituer. Soyons généreux : avec 51 ou 52 sièges démocrates, il faudrait 15 ou 16 sénateurs républicains – j’ai du mal à les trouver.
- Précédent : aucun président n’a jamais été destitué par le Sénat. Trump a été acquitté par le sénat en 2020 et en 2021. Vous me direz, Trump est un président hors du commun. Et vous aurez raison.
3. Le précédent du pouvoir de faire la guerre. Le Congrès a déjà voté contre la guerre, sans effet sur le terrain :
- Le 23 juin, le Sénat a adopté 50 voix contre 48 une résolution demandant à Trump d’arrêter la campagne ou d’obtenir l’aval du Congrès. C’était la première fois que les deux chambres l’adoptaient.
- Trump a qualifié le vote de « sans intérêt ». La Maison-Blanche a estimé ces résolutions inconstitutionnelles et affirmé que le conflit s’était terminé avec le cessez-le-feu d’avril.
- Les frappes ont continué. Elles ont repris le 13 juillet. Le 22 juillet, Trump assistait au retour de quatre soldats américains tués, alors que les frappes duraient depuis dix jours.
- Le 1er août, Trump a suspendu de nouvelles frappes en attendant de nouveaux pourparlers. Il a dit l’avoir fait à la demande de l’Arabie saoudite, des Émirats, du Qatar et de l’Iran. Le Congrès n’est pas cité, il n’avait aucun pouvoir de décision.
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4. Le seul levier réel est l’argent, pas l’impeachment et pas la majorité démocrate au Congrès.
La Maison-Blanche a demandé 87,6 milliards de dollars supplémentaires, surtout pour la guerre. La plupart des démocrates s’y opposent, et certains républicains s’interrogent sur le coût et les objectifs.
Le secrétaire au Trésor affirmait en mars que le gouvernement avait de quoi financer la guerre. Dire, comme certains médias de droite l’affirment, que le Congrès « ne peut pas arrêter » les opérations est donc trop absolu. Il est plus exact de dire que l’impeachment ne le peut pas, et que le blocage budgétaire reste incertain. C’est l’illustration que la désinformation existe à droite comme à gauche, mais à droite, elle est bien moins importante.
5. Le président est le chef d’état-major.
Le président peut-il contourner le Congrès pour attaquer l’Iran ? Oui, par une voie précise, qui n’est pas un « blanc-seing sécurité nationale », mais la War Powers Resolution (loi sur les pouvoirs de guerre), de novembre 19731.
Ce que dit Trump est constant et même si c’est difficile à entendre : il n’a jamais changé d’avis
- Pas de nucléaire iranien : Le président a confirmé à plusieurs reprises qu’il a un objectif précis. L’objectif est clair et raisonnable. « Si Iran avait la bombe, le monde entier serait en grand danger. »
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- « Je ne me soucie pas des élections ». En mai, Trump disait déjà : « I don’t care about the midterms », parce que, pour lui, le nucléaire iranien est une menace pour le monde, et il a compris qu’il est le seul président capable d’y mettre fin. Ce qu’il a déclaré en substance, c’est que les élections n’avaient rien à voir avec sa réflexion, et que perdre les élections de mi-mandat était un bien moindre danger que perdre le contrôle sur la sécurité du monde au profit de fanatiques islamiques.
- « Si je ne le fais pas, personne ne le fera » Le président a plusieurs fois répété que depuis 47 ans que les mollahs ont pris le pouvoir en Iran, aucun président n’a osé les affronter et se débarrasser de la menace qu’ils représentent. Ainsi formulé, il veut nous dire qu’il a compris qu’aucun président américain n’a son courage, et que ses successeurs ne l’auront probablement pas non plus.
- Campagne quasi quotidienne : bien qu’il ait affirmé qu’il ne se soucie pas des élections, il faut comprendre que c’est relatif au nucléaire. Les meetings politiques quasi-quotidiens (Nebraska, Texas, Kentucky) qu’il a organisés en faveur du vote républicain sont là pour en attester.
Conclusion
Le président Trump est profondément convaincu que si lui ne finit pas le travail pour empêcher pour longtemps l’Iran de se doter de la bombe atomique, personne ne le fera. Les informations fournies par le CENTCOM2 lui ont fait comprendre en outre que s’il n’a pas Netanyahou comme partenaire, la tâche deviendra difficile, mais pas impossible.
Le président Trump considère que son héritage politique, sa mission, va au delà des élections de mi-mandat, qu’il est prêt à accepter de perdre, ce qui ne l’empêche pas de faire campagne presque quotidiennement pour remporter les élections, et d’avoir promis de contribuer personnellement financièrement à la victoire.
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- Le Congrès a voté cette loi à la fin de la guerre du Vietnam, après les bombardements secrets au Cambodge. Il l’a adoptée par-dessus le veto de Nixon. Le but est d’empêcher un président d’engager le pays dans un conflit prolongé sans l’accord du Congrès.
↩︎ - Le CENTCOM (United States Central Command, ou Commandement central américain) est le commandement militaire régional des États-Unis chargé du Moyen-Orient, de l’Asie centrale et d’une partie de l’Asie du Sud. Son état-major est à la base MacDill, en Floride, et il dirige les opérations américaines dans cette zone, dont l’Iran, le Golfe et le détroit d’Ormuz.
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