«Je trouve que c’est un pur scandale. Il n’y a pas de mots pour exprimer ce que je ressens. J’ai une colère profonde au fond de moi sur des gens qui sont censés être comme moi, nés français, mais apparemment, ils s’en branlent complètement d’avoir le passeport français, je suis même persuadé qu’ils détestent la France. »
Emmanuel Petit est en colère et a livré son réquisitoire dans une vidéo publiée dimanche sur son compte Instagram, au lendemain des manifestations du 17 octobre et du chaos qui a déferlé dans plusieurs villes de France. Dans son viseur, précise le champion du monde 1998 dans le commentaire qui accompagne son enregistrement de 3 minutes 42 secondes, figurent à la fois les vandales et les dirigeants : « Entre les casseurs et le gouvernement, difficile de choisir son camp… quand aucun des deux ne nous inspire confiance. Quand la violence s’oppose au pouvoir, ce sont toujours les citoyens qui finissent par payer le prix. La France mérite mieux que de devoir choisir entre deux maux. #France #Liberté #Justice #PolitiqueFrançaise #RasLeBol Citoyens FranceEnColère ».
L’ancien joueur de l’équipe de France adresse d’abord ses pensées aux forces de l’ordre, mais aussi aux victimes des destructions : « Tous les gens qui ont perdu leur métier et leur travail hier, des années de labeur, de sacrifices pour avoir une vie honnête », qu’ils soient Français ou immigrés cherchant à s’intégrer. « Aujourd’hui, j’ai envie de descendre dans la rue et de me friter avec tous ces petits cons, parce qu’il n’y a pas d’autres mots », poursuit Emmanuel Petit, tout en colère froide. L’ancien Gunner croit reconnaître les mêmes individus et les mêmes méthodes que lors des débordements ayant accompagné les finales de Ligue des champions du Paris Saint-Germain. « C’est le même mode opératoire, hein. C’est cagoulé parce que la lâcheté, c’est ce qui les unit. On détruit tout, on brûle tout, on casse tout, on pille, on vole, on blesse, on agresse, on insulte. »
Emmanuel Petit distingue toutefois ces groupes violents de la masse des manifestants, dont il dit partager la colère, même s’il la rapporte essentiellement à son propre ras-le-bol fiscal : « Il ne faut pas mélanger les gens qui ont manifesté hier, et je les comprends fortement parce que moi aussi, j’en ai plus que marre d’être pressé comme un citron sur le plan fiscal. Parce que tous les Français qui travaillent honnêtement, qui se lèvent de bonne heure pour avoir une vie digne, pour pouvoir élever leurs enfants, pour essayer d’avoir un semblant d’avenir, ces gens-là sont piétinés, on nous presse. »
« La seule chose qui marche en France, ce sont les impôts »
L’ancien international désigne ensuite les politiques, Emmanuel Macron en tête, mais aussi les parlementaires et l’ensemble des partis, qu’il accuse de se disputer « le pouvoir absolu » à quelques mois de l’élection présidentielle. « À toutes ces personnes, j’ai un message à vous donner. Faites très attention à ce que vous allez faire, à ce que vous allez dire et comment vous allez protéger les honnêtes citoyens en France. Parce qu’aujourd’hui, il y en a marre. Il y en a marre. » Le fonctionnement de l’État tout entier nourrit ce ras-le-bol : « Il n’y a pas d’argent pour la police, il n’y a pas d’argent pour l’armée, il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux, il n’y a pas d’argent pour les écoles, il n’y a de l’argent pour personne, sauf pour vous, les politiciens. Bizarrement, la seule chose qui marche en France, ce sont les impôts. Alors ça, là, on peut compter sur vous ! Pour venir nous presser, nous mettre la tête dans les WC. Ce n’est jamais assez. Les impôts augmentent constamment. Il y en a marre. » Il pointe un contrat rompu : « On est en droit de réclamer, justement, des choses de l’État parce que vous nous demandez tellement de choses, nous, en contrepartie. Mais où êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites ? »
La colère d’Emmanuel Petit distingue enfin « tous les étrangers qui adorent [son] pays, qui veulent s’intégrer », de « tous les autres, à commencer par les Français qui ne souhaitent pas justement que la France continue à être ce qu’elle est ». Il les interpelle vivement : « Retournez d’où vous venez, on n’a pas besoin de vous. Et tous ceux qui sont nés avec un passeport français, cassez-vous ! On veut plus de vous ! »
Un habitué des coups de gueule
Son intervention démarre par un avertissement : « Je n’ai pas pour habitude de m’exprimer publiquement sur ce qui se passe dans notre pays ». Cette prise de parole n’est pas vraiment une exception : si l’ancien Bleu réserve généralement ses commentaires à l’actualité footballistique, il s’est déjà illustré par sa liberté de ton en commentant des sujets de société ou l’actualité politique. « La France n’est que l’ombre d’elle-même », lançait-il en décembre 2011, lors d’une rencontre consacrée à l’insertion professionnelle de jeunes à Vénissieux. Il dénonçait alors la déconnexion entre les gouvernants et les citoyens, jugeait le fonctionnement de l’Éducation nationale dépassé, accusait les responsables politiques de n’aller au contact des Français qu’en période électorale. Il défendait l’entreprise et le sport comme instruments d’émancipation, confiant que le football lui avait permis, dans sa jeunesse, d’échapper à la délinquance.
En juin 2012, quelques semaines après l’élection de François Hollande, Emmanuel Petit avait déjà ciblé la fiscalité. Devenu entrepreneur, il se faisait avocat de la « majorité silencieuse », dans un entretien accordé au Huffington Post. Il y dénonçait le traitement subi ainsi que la suspicion entourant la réussite économique en France : « On étouffe les entrepreneurs au lieu de les encourager ! ». Ses prises de position débordaient parfois du petit monde du ballon rond. Défenseur du football amateur, Emmanuel Petit dénonçait le fossé grandissant avec les professionnels et avait même annoncé son intention d’être candidat à la présidence de la Fédération française de football en 2016 – sans suite. En 2014, pour défendre son ancien coéquipier Thierry Henry, il s’emportait contre la presse française, les élites et un peuple qu’il jugeait « arrogant, suffisant, menteur et hypocrite ». « Parfois, je me dis qu’en ayant été envahis par les Allemands, on serait mieux dirigés aujourd’hui », avait-il même osé… avant de présenter des excuses dès le lendemain, expliquant qu’il entendait comparer la France à l’Allemagne contemporaine, dont il admirait les performances politiques, économiques et sportives.
Patriote, mais pas nationaliste
Dans son autobiographie À fleur de peau (Éditions Prolongations, 2008), il insistait sur le respect dû à La Marseillaise. En septembre 2015, interrogé par le JDD à l’occasion de la sortie de son livre Franc-tireur (Solar), le dernier buteur de la finale de la Coupe du monde 1998 assumait ses critiques contre le Front national et revendiquait l’héritage de cette équipe championne du monde : « Je crois en l’équipe de France “Black-Blanc-Beur”, j’en ai marre de tous ceux qui la dénigrent », affirmait-il, saluant également la mobilisation des clubs en faveur des migrants. La même année, il dénonçait dans une interview à la BBC le nationalisme catalan découvert lors de son passage au FC Barcelone, qu’il jugeait excessif et proche du racisme. Un discours antiraciste qu’il tiendra également plus tard pour défendre Thierry Henry, attaqué pour avoir rejoint l’encadrement de la sélection belge, ou Mike Maignan, le gardien ciblé par des insultes racistes. En 2018, il revenait sur la polémique des quotas de joueurs binationaux de 2011, pour rappeler dans L’Est Républicain la contribution majeure de l’immigration aux succès sportifs français.
L’ancien milieu défensif a aussi pris des positions sur d’autres fronts, comme avec une lettre ouverte contre les OGM cosignée en 2008. Mais c’est sur la gestion du football qu’il s’est le plus engagé : en août dernier, Emmanuel Petit dénonçait la gouvernance et les dérives commerciales de la FIFA, réclamant davantage de place pour les joueurs et les supporters. Trois jours avant sa vidéo coup de gueule, il réaffirmait cette préoccupation dans une émission de Radio-Canada. De passage à Toronto la semaine dernière pour promouvoir la Premier League, il déplorait que les supporters soient devenus de simples « clients » et plaidait pour un football populaire, fondé sur la passion plutôt que sur l’argent… sans oublier d’évoquer avec émotion le sacre de 1998, qu’il rapprochait de la naissance de ses filles.
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Enfin un Gaulois qui penche et pense en français et fier de l’être !