Si Balladur avait remporté les élections de 1995… rêvons un peu

 

La France serait probablement différente — surtout en matière d’immigration et les rapports à l’Europe —, serait-elle  en meilleur état ?  

Le contexte de 1995
Balladur, Premier ministre de cohabitation depuis 1993, avait été longtemps favori. Son bilan incluait les lois Pasqua sur l’immigration et la nationalité, des privatisations, une politique de rigueur monétaire et budgétaire, et, (nobody is perfect) un engagement européen affirmé. Chirac a gagné en mobilisant sur le thème de la fracture sociale  en se démarquant d’un Balladur perçu comme technocrate, distant et trop lié à la gestion. Balladur a terminé troisième au premier tour (18,58 %).

Un président Balladur aurait vraisemblablement incarné une droite plus libérale-économique, plus centriste-européenne et moins populo-gaullienne que Chirac.

Immigration : une continuité plus ferme et plus protectrice pour la France
Balladur a pleinement assumé le durcissement de 1993-1995 : réforme du code de la nationalité (droit du sol conditionné à une manifestation de volonté), lutte contre l’immigration clandestine, restrictions au regroupement familial, objectif de maîtrise des flux…  Il mettait en avant un équilibre entre la tradition généreuse de la France et la « capacité d’intégration de la Nation », estimant que cet équilibre était rompu depuis les années 1980. Il insistait sur l’aide au développement des pays d’origine comme complément indispensable.

Dans un scénario Balladur président :
– La ligne Pasqua aurait très probablement été consolidée plutôt qu’assouplie. On aurait évité ou atténué les régularisations massives de la période Jospin (1997-2002) et certaines évolutions ultérieures.
– Le débat sur l’intégration et les limites de l’accueil aurait été posé plus tôt, avec moins de tabous, dans un style technocratique plutôt que polémique.
– Les facteurs structurels (Schengen, démographie des pays d’origine, demandes d’asile, attractivité économique et sociale de la France) auraient toutefois limité l’ampleur du changement. Balladur n’était pas souverainiste anti-européen ; il acceptait la libre circulation intra-européenne tout en voulant des contrôles externes plus efficaces.

Ces dernières années, Balladur (dans ses interventions récentes) appelait explicitement à retrouver la souveraineté nationale en matière de contrôle de l’immigration  et à un référendum pour modifier l’article 11 de la Constitution afin de conforter l’importance de la décision nationale. Cela confirme que, dès les années 1990, sa ligne était déjà celle d’un contrôle strict allié à une Europe qui ne doit pas diluer les compétences nationales sur ce sujet.

Résultat probable : une trajectoire d’immigration nette un peu plus contenue, avec moins d’intégration automatique et un débat public très différent de ce qu’il est aujourd’hui où il n’y a pas vraiment de débat public sur l’immigration ! Néanmoins il n’y aurait pas eu une France fermée, ce n’était pas dans l’air du temps.

Rapport à Bruxelles et construction européenne
Balladur était un Européen convaincu, plus clairement pro-intégration que Chirac à l’époque. Il voulait faire de la France  le moteur de l’Europe , soutenait la monnaie unique le plus tôt possible, défendait l’axe franco-allemand, souhaitait une Europe économique, monétaire et sociale, et une Europe de la sécurité. Il a voté oui à Maastricht et n’a jamais joué la carte du doute souverainiste.

Avec Balladur à l’Élysée :
– La politique européenne aurait été plus continue et moins oscillante avec sans doute davantage de leadership français dans le couple franco-allemand et dans la préparation de l’euro.
– L’élargissement aurait été abordé avec prudence (il a toujours insisté sur la nécessité de réformes institutionnelles préalables).
– Sur le long terme, on aurait probablement eu une France plus moteur  dans les années critiques de la construction monétaire. 

En revanche, Balladur n’était pas un fédéraliste naïf. Ses positions récentes (refus du fédéralisme, primauté de l’unanimité sur certains sujets, souveraineté nationale sur l’immigration, prudence sur les élargissements) montrent une vision d’une Europe de nations fortes et coopérantes, pas d’une superstructure qui absorbe les compétences régaliennes. La relation à Bruxelles aurait donc été différente : plus engagée sur le fond économique et monétaire, plus exigeante sur le respect des souverainetés nationales dans les domaines sensibles.

 Les autres dimensions : économie, institutions, paysage politique
– Économie : Plus de continuité dans la libéralisation relative (privatisations, baisse des charges, discipline budgétaire). Balladur aurait probablement évité la dissolution de 1997, qui a ouvert la voie à la cohabitation Jospin et aux 35 heures. La trajectoire budgétaire et de réforme structurelle aurait été plus linéaire.
– Style présidentiel : Moins de charisme populaire, plus de distance technocratique. Cela aurait pu freiner la montée de certaines colères, ou au contraire les nourrir en donnant le sentiment d’une élite éloignée.
– Paysage politique : Une droite moins divisée à court terme, un FN/RN peut-être un peu moins nourri par le sentiment d’abandon sur l’immigration et la sécurité, mais un centre-droit plus marqué par l’UDF/Balladur que par le gaullisme chiraquien. Nicolas Sarkozy (soutien de Balladur) aurait eu une trajectoire différente.

La France serait-elle en meilleur état aujourd’hui ?
Différente, oui — surtout sur le contrôle migratoire (plus précoce et plus constant) et sur une relation à l’Europe plus assumée et moins ambivalente.
 « Meilleure globalement  » ? J’en ai l’impression, même si nombre de paramètres ont changé et qu’il est difficile de faire des plans sur la comète.   La France de 2026 souffre de problèmes structurels profonds (productivité, dette, système éducatif, cohésion sociale, capacité à intégrer, école en faillite, immigration en expansion, identité en voie de disparition, insécurité qui monte inexorablement) qui dépassent largement le seul choix de 1995. Un Balladur président aurait sans doute produit une immigration un peu mieux maîtrisée et une Europe un peu plus à la française, mais il n’aurait sans doute pas  magiquement résolu le chômage de masse des années 1990-2000, ni les défis de la mondialisation, ni les fractures culturelles et identitaires qui se sont affirmées ensuite.

En résumé : une France un peu plus ordonnée sur les flux migratoires, un peu plus engagée (et exigeante) dans la construction européenne, mais, surtout il est fort possible que si le chemin de la France avait été le sien nous aurions évité la catastrophe Macron… Mais ce ne sont que de simples spéculations… Comme disait ma grand-mère : « avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille !

Christine Tasin

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