La ligne polonaise sur l’Ukraine s’effrite dangereusement pour Zelensky

L’évolution de la position polonaise vis-à-vis de l’Ukraine est très claire : de l’élan de solidarité à une réserve croissante.

Au début de la guerre, en février 2022, la Pologne a incarné l’un des plus forts soutiens européens à l’Ukraine. Accueil massif de réfugiés (plusieurs millions de personnes ont traversé la frontière), aide humanitaire spontanée de la population, livraisons d’armes et d’équipements militaires parmi les plus importantes en proportion du PIB, et position diplomatique très engagée : le pays a joué un rôle de premier plan. Les sondages montraient alors un soutien écrasant (près de 94 % favorables à l’accueil des réfugiés ).

Quatre ans plus tard, le tableau a changé. Plusieurs enquêtes polonaises constatent une nette érosion de l’enthousiasme. Le soutien à l’accueil des réfugiés ukrainiens est tombé autour de 48 % ou moins selon les vagues de 2025-2026, tandis que la part de ceux qui jugent l’aide excessive a fortement augmenté. Le soutien à une aide militaire maintenue au même niveau a diminué ; une part significative de l’opinion souhaite désormais la réduire ou l’arrêter.

L’adhésion de l’Ukraine à l’UE ou à l’OTAN suscite aussi davantage de réserves, en particulier quand elle est présentée comme rapide.

Les raisons de ce changement d’ambiance ?

Dans l’entretien avec le journaliste et publiciste polonais Jan Opielka ( à présent il a la double nationalité polonaise et allemande)  plusieurs dynamiques sont mises en avant, qui rejoignent les analyses plus larges :

– La fatigue de l’aide et la concurrence socio-économique. Après l’élan initial, la présence durable d’une importante communauté ukrainienne, les coûts sociaux (prestations, accès aux services), les tensions sur le marché du travail et les disputes agricoles (notamment les importations de céréales) ont alimenté un sentiment de concurrence. Les forces nationalistes ont instrumentalisé ces frustrations, surtout en période électorale.

– Les blessures historiques. C’est l’un des points centraux soulignés par Opielka. Les massacres de Volhynie (1943-1945), où l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) a tué des dizaines de milliers de civils polonais, restent une mémoire très vive en Pologne. La vénération de figures de l’UPA en Ukraine (noms d’unités militaires, commémorations) heurte profondément l’opinion et une partie de la classe politique polonaises. Des épisodes récents – attribution d’un nom d’unité aux « héros de l’UPA »  par Kiev, révocation de la plus haute distinction polonaise à Zelensky par le président Karol Nawrocki – ont ravivé ces tensions et servi de catalyseur à une détérioration des relations.

– Les calculs géopolitiques et économiques. Opielka évoque aussi la forte orientation atlantiste des élites polonaises (« religion des États-Unis » ) et les craintes liées à une éventuelle adhésion ukrainienne à l’UE (concurrence agricole, salaires plus bas, terres noires fertiles). L’aide à l’Ukraine reste perçue par beaucoup comme une nécessité stratégique face à la Russie, mais elle n’est plus automatiquement synonyme d’un soutien inconditionnel et émotionnel.

Malgré ce refroidissement de l’opinion publique, la politique d’État reste globalement favorable à l’Ukraine sur le plan militaire et stratégique : la Pologne continue de livrer du matériel, de former des soldats et de considérer une Ukraine indépendante comme un intérêt de sécurité national. 

En résumé, la Pologne n’a pas basculé ouvertement dans l’hostilité à Kiev mais elle est passée d’une solidarité quasi unanime et émotionnelle à une relation plus conditionnelle, plus réaliste et plus marquée par les contentieux historiques, les intérêts économiques et la fatigue de la guerre. Ce n’est ni une rupture totale ni un simple retour à la normale d’avant 2022 : c’est une redéfinition progressive des relations bilatérales sous la pression du temps, de la mémoire,  des réalités politiques internes… Bref, à suivre ! 

Marcher sur des Oeufs et C.Tasin

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15 Commentaires

  1. Quand vous allez dans les pays limitrophes de l’Ukraine (Pologne, Hongrie et Roumanie principalement) les mendiants et les voleurs ne sont pas des muzz, mais des Ukrainiens. Après, ce n’est pas étonnant que les habitants de ces pays ne veulent plus des Ukrainiens chez eux. Ensuite, je pense que le mendigot Zelinsky commence à indisposer de plus en plus de monde en venant mendier. Enfin, il y a l’histoire et la Pologne garde en mémoire les massacres perpétrés par les Nazis ukrainiens en Volhynie.

  2. il ne faut pas négliger l’importance du ressentiment des polonais à l’égard des UKR….Ma grand mère , polonaise de la région de LVOV a vécu la première vague des massacres de polonais en GALICIE après la première guerre mondiale, elle a vu des voisins et des parents crucifiés sur la porte de leur grange…énormément de polonais , et surtout des polonaises (!) d’UKR ont émigré aux USA en FRANCE , en ANLETERRE;Elle avait une voisine ukrainienne pourtant mariée à un polonais, elle ne lui adressait pas la parole.

      • Le saviez-vous ? Des Polonais juifs, se sont alors réfugiés en …. Iran !
        J’ai vu des reportages de Polonais, qui faisaient en quelque sorte un pélerignage sur les traces de leurs familiers qui se sont expatriés en Iran … vous seriez surpris …

          • Bien cher @Antiislam, vous êtes bien gentil de me croire sur parole… Mais c’est vrai, ce que j’ai dis, est vrai. Je vais vous rechercher ce reportage.

            En attendant, permettez-moi de vous offrir ce qui suit (vous le méritez, avec toutes les faveurs que vous m’accordez, voici l’occasion de vous en remercier concrètement (je crois que ça va vous plaire) :
            ___
            ♦ LES DIASPORAS JUIVES sur Morasha.com.br (site brésiilien qui propose ses pages en anglais américain, français, portugais brésilien, espagnol ; dont celles des diasporas juives dans le monde.
            https://s.42l.fr/Diaspora-juive_IRAN-19e-20e-siècle

            ► Sur la deuxième page de la catégorie DIASPORA JUIVE, on trouve celle en Iran :
            https://s.42l.fr/Morasha-com_DIASPORAS-pges2

            → 1°: Juifs d’Iran de l’Antiquité au 19e siècle :
            https://s.42l.fr/Commnautes-juives-Diaspora_IRAN_8-19e-siecle

            → 2°: Juifs en Iran, partie 2 :
            https://s.42l.fr/Diaspora-juive_IRAN-19e-20e-siècle

          • Témoignage d’une famille juive polonaise à propos de la diaspora :

            ■ Dekel Mikhal, Les enfants de Téhéran – Comment mon père et 250 000 Juifs polonais ont survécu à la Shoah
            https://journals.openedition.org/tsafon/20009

            […] la communauté juive vivant en Pologne avant la guerre est la plus importante d’Europe avec près de 3,5 millions d’âmes, soit 9,5 % de la population de la Pologne d’alors…

            […] En août 1942, … ils embarquent sur un croiseur soviétique pour Bandar Pahlavi où un camp de tentes les attend. Puis transportés en bus vers Téhéran. Là, six camps sont installés, dans l’un des camps un « orphelinat juif » mis en place, un « Comité de Téhéran pour les réfugiés juifs » est réuni et les Juifs persans s’investissent… notamment par des dons de denrées, de fournitures, de vêtements et également financiers – un rapport du Joint datant de fin 1942 estime que ces dons étaient « plus importants […] que [ceux du] Joint et [de] l’Agence juive réunis » (p. 310). Dans un texte intitulé « Roch Hachana 1942, en Perse », le rabbin Hirschberg évoque le sentiment de liberté ressenti à Téhéran :
            …/…

          • Bonjour,

            Un grand merci, chère MSDO, pour toutes ces recensions que je me mets en liste de lecture.

            Amitiés.

          • Bonsoir @Antiislam ; je n’ai pas encore retrouvé la video du reportage à propos de polonais sur les traces de leurs familiers en Iran. Je continuerai à chercher.

  3. Et oui, « la vérité c’est comme le soleil, il permet de tout voir mais ne se laisse pas regarder » Victor Hugo. Mais la vérité finit toujours par s’imposer…à retardement ! Ce n’est donc qu’un début. Dans quelques mois elle éclatera au grand jour et nos Généraux et Colonels d’opérette auront bonne mine. Heureusement pour eux, elle ne tue pas !