En Serbie, les étudiants nettoient au lieu de casser – une leçon pour les facs françaises

Il y a eu un avant et un après à Belgrade. Pendant deux ans, la Serbie a vécu au rythme d’une colère étudiante immense, née après l’effondrement meurtrier de l’auvent de la gare de Novi Sad en 2024. 16 morts. Une corruption mise à nu., liée au  pouvoir du SNS d’Aleksandar Vucic depuis 14 ans. 
Le SNS, « Parti progressiste serbe », parti nationaliste de droite fondé en 2008, dirigé par Aleksandar Vučić qui a donné sa démission fin septembre après d’énormes manifestations dans le pays).

Les étudiants serbes ont fait ce que toute jeunesse digne fait : ils ont bloqué les universités, occupé les rues, fait tomber un gouvernement.

Dimanche dernier, leur liste soutenue a raflé plus de 52% des voix, 140 sièges sur 250. Victoire historique.

Et le lundi matin, qu’ont-ils fait ? Ils n’ont pas brûlé de poubelles. Ils n’ont pas caillassé les vitrines. Ils n’ont pas tagué « ACAB » sur la Sorbonne.
Ils ont pris des balais.
Dès le lendemain du scrutin, on les a vus nettoyer le parc devant la présidence, occupé illégalement pendant plus d’un an par un campement pro-Vucic. L’après-midi même, des enfants jouaient à nouveau sur les toboggans récurés. Mercredi 28 octobre, appel général: « Aidons à restaurer les bâtiments, les rues, les parcs après deux ans de changements inesthétiques ». Des dizaines d’habitants ont repeint en blanc un tunnel du centre de Belgrade, recouvert pendant des mois de graffitis « FCK BLK », « FCK SNS » et d’insultes contre le mouvement étudiant.
C’est ça, la grandeur. Se battre contre un pouvoir corrompu, et puis, une fois vainqueur, laver les murs qu’on a soi-même salis par la nécessité du combat. Remettre la ville plus propre qu’on ne l’a trouvée.
Quelle différence avec nos blocages français !!! Chez nous, une AG de 50 étudiants décrète le blocage pour 20.000. On tague, on dégrade, on laisse les facs dans un état de porcherie, on facture la remise en état au contribuable et on appelle ça « lutte sociale ». À Belgrade, la lutte sociale se termine par une éponge et un pot de peinture.
La jeunesse serbe vient de donner une leçon de civisme à toute l’Europe. Elle a montré qu’on peut être radical contre la corruption sans être barbare contre sa propre ville. Qu’on peut être en colère sans être sale. Qu’on peut gagner une élection sans attendre que l’État vienne ramasser derrière soi.
Étudiants français, regardez Belgrade. Au lieu de réclamer toujours plus de moyens en cassant le peu qu’on a, prenez un balai. C’est plus révolutionnaire que tous vos slogans.

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