Les événements qui se déroulent actuellement en France où les manifestations se succèdent chaque semaine et se terminent par des émeutes, des destructions de biens et des razzias m’ont rappelé le début de la décennie noire en Algérie.
On retrouve dans ce qui se passe en France les ingrédients mêmes qui ont conduit l’Algérie à sombrer dans une guerre civile atroce menée par les islamistes contre le pouvoir central.
La gauche, représentée par La France Insoumise (LFI) alliée à l’islamisme, tient le même discours de haine et de rejet de l’autre que le Front Islamique du Salut (FIS).
Le même discours haineux, sur fond de racisme du FIS, est repris par la gauche sectaire française.
Les mêmes méthodes d’intimidation que ceux du FIS à son apogée sont utilisées par cette gauche au nom de la morale et surtout de la pureté.
Le FIS parlait du paradis, la gauche parle de l’universalisme de la terreur.
La gauche dit : « Nous sommes le camp du bien et nos ennemis sont des tyrans et des fascistes ». Le même slogan a été utilisé par les islamistes en Algérie : le bien islamique contre la tyrannie du pouvoir des militaires.
On dirait que le discours de l’élimination physique de l’autre prôné par le FIS est repris en partie par la gauche qui cherche un nouveau souffle pour séduire les Français par la néo-nazification de ses adversaires.
« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », avait dit le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626). Telle est la politique suivie par LFI et compagnie.
La rumeur et la calomnie sont les deux leviers de la gauche pour exister.
Suite aux émeutes qui secouent la France, j’ai retrouvé un poème écrit par un certain A.A, et après l’assassinat du poète-écrivain Tahar Djaout par les hordes barbares des cavaliers d’Allah. En effet, l’auteur du roman Les vigiles fut grièvement blessé dans un attentat perpétré par les purificateurs de l’islam le 26 mai 1993, dans la banlieue ouest d’Alger et mourut le 2 juin 1993 à Alger. Il fut l’un des premiers intellectuels victime de la barbarie islamique en Algérie.
Ce poème de A.A illustre le refus de la violence et le rappel du beau.
Ce poème refuse la fatalité et l’oubli.
Ce poème s’oppose à tout ce que la gauche aime : la radicalité, la haine et la violence pour imposer sa vision communautariste et sa nouvelle France.
Alliée à l’islamisme, cette gauche sectaire et revancharde croit détenir les clefs du bonheur mais oublie l’essence même du bien-être humain. Elle tire à boulets rouges sur toute personne qui lui apporte la contradiction et une argumentation crédible. Elle diabolise le bon sens paysan et se positionne en défenseur de la veuve et de l’orphelin mais, en vérité, elle recycle son passé colonialiste et raciste par la haine et la violence pareillement à l’idéologie islamique.
La mort du poète
Il est mort le poète,
Pour avoir dit la vérité,
Par un matin printanier,
Au moment où le bébé gazouille,
Au moment où l’oiseau s’envole.
Il a rendu l’âme,
Au milieu de l’indifférence,
Au milieu de la souffrance.
Il est mort le poète,
D’une main de traître,
Qui ne dira jamais son nom,
Pour que demain,
On oublie les assassins,
Qui par lâcheté,
Appuient sur la gâchette.
Quelle est cette fatalité,
Qui tue et renie le poète ?
Il est mort le poète,
Dans son pays qu’il préfère à l’exil,
Qu’il porte dans son cœur,
Comme l’oiseau migrateur,
Qui vole au-dessus des mers,
Pour annoncer le printemps,
La saison des fleurs et des parfums.
Il a quitté ce pays de l’impuissance,
Où la vie n’a plus de sens.
Il est mort le poète,
Au moment où le regard vengeur,
De la bêtise humaine surgit,
De jour comme de nuit,
Pour assassiner la pureté,
Pour chasser l’intelligence,
Des jardins de l’Eden,
Qui au fil du temps,
Deviennent tristes et monotones.
Il est mort le poète…
Il est mort le poète…
Il est des textes qui traversent les années sans perdre leur force émotionnelle. Des textes qui, même éloignés des circuits habituels de consécration littéraire, continuent de porter une vérité humaine.
La mort du poète, de A.A, appartient à cette catégorie de poèmes que l’on redécouvre avec le sentiment de retrouver une voix que le temps avait injustement recouverte de silence.
Écrit à la suite de l’assassinat de Tahar Djaout en 1993, ce poème est à la fois une élégie, un cri de douleur et une condamnation de la violence dirigée contre l’intelligence.
Il mérite de retrouver des lecteurs.
Le 26 mai 1993, Tahar Djaout est victime d’un attentat à la sortie de son domicile. Il succombe à ses blessures le 2 juin, après une semaine de coma.
Écrivain, journaliste et poète, Tahar Djaout avait fait de la liberté de pensée une exigence fondamentale. Sa disparition constitue l’une des blessures majeures de l’histoire intellectuelle algérienne des années 1990.
C’est dans ce contexte tragique que A.A prend la plume.
Son poème ne cherche pas à raconter les circonstances de l’attentat. Il cherche plutôt à exprimer ce que signifie la disparition d’un homme dont la parole dérangeait.
Le poème s’ouvre sur une formule qui revient comme une cloche funèbre :
« Il est mort le poète ».
La répétition donne au texte son rythme et sa progression dramatique. La mort est d’abord annoncée, puis dénoncée, avant de devenir une interrogation sur la fatalité qui semble frapper ceux qui osent penser librement.
« Il est mort le poète / Pour avoir dit la vérité ».
Ces deux vers donnent immédiatement le sens de l’hommage. Le poète est présenté comme une victime de la vérité qu’il a osé exprimer.
L’auteur ne s’attarde pas sur l’identité de l’assassin. Il évoque « une main de traître », puis cette lâcheté qui permet de tirer sur celui qui n’a pour arme que la parole.
Le poème dépasse ainsi le simple témoignage circonstanciel. Il devient une dénonciation de toutes les formes de violence qui cherchent à réduire l’intelligence au silence.
L’une des beautés du texte réside dans le contraste entre la mort et les images de la vie :
« Au moment où le bébé gazouille, / Au moment où l’oiseau s’envole ».
Le bébé et l’oiseau représentent deux formes de liberté : celle de l’innocence qui découvre le monde et celle de l’être vivant qui prend son envol.
Le printemps, les fleurs et les parfums prolongent cet univers de beauté.
Face à lui, la mort apparaît comme une rupture brutale, absurde, presque contre nature.
A.A oppose ainsi deux mondes : celui de la création et celui de la destruction.
C’est l’une des dimensions les plus touchantes de son écriture.
La troisième strophe donne au poème une profondeur particulière :
« Dans son pays qu’il préfère à l’exil, / Qu’il porte dans son cœur ».
Ces vers peuvent être lus comme une évocation de l’attachement de Tahar Djaout à l’Algérie.
L’exil aurait pu représenter une possibilité de protection. Pourtant, le poète demeure attaché à son pays, à sa terre et à son peuple.
La tragédie est précisément là : celui qui aime son pays et veut contribuer à son épanouissement devient une victime de la violence qui le traverse.
« Il a quitté ce pays de l’impuissance, / Où la vie n’a plus de sens ».
Cette formule exprime une douleur qui ne relève pas du reniement patriotique. Elle traduit plutôt la désillusion devant une société qui ne parvient plus à protéger ses voix libres.
C’est un amour blessé de l’Algérie, et non un abandon de l’Algérie.
Chasser l’intelligence des jardins de l’Éden.
La dernière strophe élargit la portée symbolique du poème :
« Pour assassiner la pureté, / Pour chasser l’intelligence, / Des jardins de l’Eden ».
L’image du jardin d’Éden évoque un monde idéal, celui de la connaissance, de l’harmonie et de la beauté.
La violence ne s’attaque donc pas seulement à la vie d’un homme. Elle s’attaque à ce qui rend la vie intellectuelle possible.
La formule « chasser l’intelligence » prend ici une dimension presque philosophique.
Le poète devient le symbole de la pensée libre, de la création et de la conscience humaine.
En assassinant le poète, c’est toute une promesse de civilisation que l’on cherche à détruire.
Une poésie de la sincérité
Sur le plan formel, le texte relève d’une poésie lyrique et engagée.
Sa construction repose sur la répétition, les oppositions symboliques et une progression émotionnelle qui conduit du constat de la mort à une condamnation générale de la barbarie.
Certaines images appartiennent à un registre poétique classique : l’oiseau, le printemps, les fleurs, l’Éden. Mais leur association donne au texte une cohérence symbolique et même tragique.
N’y-a-t-il pas une similitude entre ce qui se passe actuellement en France et la tragédie berbéro- algérienne ?
Hamdane Ammar
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