Quand la Fortune prend Dieu pour tremplin : Géopolitique de l’argent et du sacré
Grand-père disait on n’est jamais assouvi de la fortune…
Dans le théâtre de l’histoire humaine, les religions se présentent volontiers comme des forces purement spirituelles, guidées par la foi, le détachement et la transcendance. Pourtant, une analyse objective des dynamiques géopolitiques révèle une réalité plus pragmatique : une idée spirituelle, aussi puissante soit-elle, a besoin d’un bras matériel pour conquérir le monde. C’est le sens profond de cette métaphore : la Fortune — entendue ici comme la richesse, les ressources économiques et la puissance matérielle — utilise le concept de « Dieu » comme un tremplin. Le sacré devient le marchepied de l’ambition terrestre, et la foi sert de moteur à l’expansionnisme.
Ce mécanisme n’est pas nouveau. Pendant des siècles, l’Occident a brandi l’étendard chrétien pour légitimer la conquête de continents entiers et asseoir son hégémonie économique. Aujourd’hui, les flux de la richesse mondiale ont glissé, et c’est en s’appuyant sur une puissance financière colossale que l’Islam s’impose et gagne du terrain à l’échelle globale. Comment la force de l’argent et celle du sacré s’allient-elles pour redessiner, hier comme aujourd’hui, la carte du monde ?
L’étendard chrétien : L’or, le fer et la croix – Pendant près d’un millénaire, l’Europe a combiné une ferveur religieuse ardente avec une ambition géopolitique féroce. L’histoire de l’expansion chrétienne est indissociable de la quête de richesses matérielles, illustrant parfaitement comment la Fortune s’est servie de la foi comme d’un vecteur de colonisation.
Le besoin de légitimer les conquêtes… Depuis les croisades médiévales aux Grandes Découvertes du XVIe siècle, l’argument religieux a systématiquement servi de justification morale. Lorsque les conquistadors espagnols et portugais débarquaient dans les Amériques, ils avançaient sous la bannière de la Croix. L’objectif officiel est noble : évangéliser les « âmes sauvages », apporter la lumière du Christ aux peuples qui en sont privés. Pourtant, derrière l’idéal de conversion se cache un moteur économique implacable. C’est la recherche de l’or, de l’argent et des épices qui finance les navires. La bulle pontificale Inter caetera (1493) partage le Nouveau Monde entre l’Espagne et le Portugal, confiant à ces couronnes le monopole commercial en échange de la diffusion du catholicisme. Le sacré devient le contrat de confiance qui légitime le pillage des ressources.
L’assujettissement par la « mission civilisatrice » – Plus tard, lors de la colonisation de l’Afrique et de l’Asie aux XIXe et XXe siècles, la dynamique se répète. La révolution industrielle donne à l’Occident chrétien une supériorité technique et militaire écrasante.
Cette puissance économique (la Fortune) utilise la « mission civilisatrice » — profondément ancrée dans l’éthique chrétienne occidentale — pour assujettir des populations entières. Les missionnaires ouvrent la voie aux marchands et aux soldats. Les structures ecclésiales calquent les frontières coloniales. L’Occident a ainsi réussi à imposer sa culture, ses lois et son système économique au monde entier, prouvant qu’un dieu ne s’impose jamais aussi bien que lorsqu’il est soutenu par le fer et l’or.
Ce brillant modèle a été repris intégralement par l’islam…Le basculement contemporain s’est produit grâce à la Fortune pétrolière et l’Islam. L’histoire moderne montre que lorsque la puissance économique change de camp, l’influence culturelle et religieuse globale se déplace avec elle.
Le milieu du XXe siècle marque un tournant historique avec la découverte et l’exploitation des hydrocarbures au Moyen-Orient. En quelques décennies, des nations de la péninsule Arabique, historiquement isolées et modestes, se retrouvent à la tête des plus grandes réserves financières de la planète. La Fortune a changé d’adresse.
Cette richesse colossale n’est pas restée passive. Elle a été massivement réinvestie dans ce que les politologues appellent le soft power religieux et culturel. Grâce aux pétrodollars, des fondations, des États et des fonds souverains ont financé la construction de milliers de mosquées, de centres culturels, d’écoles et d’universités à travers les cinq continents.
Des pays d’Afrique subsaharienne à l’Asie du Sud-Est, en passant par les banlieues des métropoles européennes, l’argent du Golfe a servi de tremplin pour diffuser une vision spécifique et rigoureuse de l’Islam.
Conjointement, au début du XXIe siècle alors que l’Occident traversait une phase de sécularisation profonde, marquée par un recul de la foi chrétienne au profit d’un matérialisme individualiste, l’islam à l’inverse, affichait une identité spirituelle et culturelle en pleine essor et une expansion propulsée par une nouvelle forme de « Fortune » : La manne des hydrocarbures comme accélérateur.
Tout ce branle-bas n’est pas sans objectif, il a pour but d’influencer globalement l’économie mondiale et d’en faire son otage.
Le 6 juin 1967, au deuxième jour de la guerre israélienne des Six Jours, les ministres du Pétrole de plusieurs pays arabes ont décrété un embargo pétrolier ciblé contre les nations accusées de soutenir militairement Israël (visant principalement les États-Unis et le Royaume-Uni).
Cependant, cette initiative a rapidement échoué en raison d’un manque de coordination et a été levée dès le 1er septembre 1967 lors du sommet de Khartoum.
La véritable concrétisation de cette menace a eu lieu quelques années plus tard : Le grand embargo : Le choc pétrolier de 1973. La menace de priver les pays occidentaux de ressources pour leur soutien à Israël est devenue une arme économique majeure le 17 octobre 1973, pendant la guerre du Kippour. L’ OPAEP (l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole, menée par l’Arabie saoudite) décide de réduire sa production de pétrole de 5 % par mois jusqu’à ce qu’Israël évacue les territoires « occupés » en 1967.
L’embargo total : En décembre 1973, un embargo total est imposé contre les États-Unis, les Pays-Bas et le Portugal pour leur aide logistique et militaire directe à l’armée israélienne, provoquant le premier choc pétrolier mondial.
Aujourd’hui, cette expansion ne se limite plus au simple financement du culte ; elle s’intègre dans le tissu économique mondial. La finance islamique, les investissements massifs dans les clubs de sport occidentaux, l’achat de parcelles immobilières stratégiques dans les capitales européennes ou la prise de participation dans des multinationales technologiques démontrent une réalité : la richesse s’impose d’abord par les règles du marché.
En devenant des acteurs incontournables de l’économie globale, ces puissances financières imposent indirectement un respect, une visibilité et une influence culturelle pour leur foi. L’Islam gagne du terrain non pas par la conquête militaire territoriale (comme au temps des Empires), mais par une infiltration économique pacifique, méthodique et globale.
La foi musulmane trouve dans cette puissance financière le tremplin idéal pour s’affirmer face à un Occident vieillissant et spirituellement désorienté.
Les visages changent, les lois de la puissance restent – L’examen comparatif de l’expansion chrétienne passée et de l’essor islamique contemporain mène à une conclusion limpide : les dieux changent d’uniforme au fil des siècles, mais les mécanismes de la domination humaine restent inchangés.
La foi fournit l’énergie, la cohésion sociale et la justification morale indispensable pour mobiliser les masses. Cependant, sans le tremplin de la Fortune — qu’elle prenne la forme de l’or des Incas ou du pétrole du Golfe —, aucune religion ne parvient à s’imposer à l’échelle planétaire.
Le sacré offre une boussole, mais c’est l’argent qui construit les navires et finance l’avenir. L’Histoire n’est pas seulement une bataille d’idées ou de théologies ; elle est une suite de cycles économiques où le pouvoir spirituel s’aligne toujours, tôt ou tard, sur les flux du capital.
Vu la petitesse et le manque de ressources énormes, le Judaïsme n’a que très peu d’atouts pour s’imposer… mais qui sait? La roue tourne… Nul d’entre nous ne peut prédire l’avenir…
AM ISRAËL HAY
Thérèse Zrihen-Dvir
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