Sébastien et la Mary-Morgane (1970) : la Bretagne, la mémoire

Mehdi et Charles Vanel

Sébastien et la Mary-Morgane est un feuilleton télévisé français en 13 épisodes de 26 minutes, créé par Cécile Aubry et diffusé à partir du 10 mars 1970 sur la première chaîne de l’ORTF. Cette série constitue la troisième et dernière partie de la célèbre saga télévisée, faisant directement suite à Belle et Sébastien (1965) et Sébastien parmi les hommes (1967)

Charles Vanel

Mehdi

Diffusée au début de l’année 1970, Sébastien et la Mary-Morgane constitue le dernier volet de la trilogie télévisée conçue par Cécile Aubry. Après les sommets enneigés des Alpes et les galops sauvages en Camargue, la réalisatrice plonge le jeune Sébastien (Mehdi) dans la rudesse des côtes bretonnes, au cœur du pays paimpolais. Loin du simple divertissement enfantin, cette œuvre poignante aborde avec pudeur les thèmes de la transmission, de la mémoire maritime et des plaies de l’Histoire.

Une confrontation intergénérationnelle ancrée dans le réel

L’intrigue s’ouvre sur un déracinement : Sébastien, devenu adolescent, quitte son village natal pour être confié à un grand-oncle inconnu, le capitaine Louis Maréchal, incarné par un immense Charles Vanel. Ancien armateur et figure austère de la côte, le vieil homme vit reclus dans son manoir, hanté par un drame passé.

La rencontre entre le jeune garçon franc, vif et attaché à sa liberté, et ce vieil homme meurtri par la vie constitue le moteur dramatique de la série. C’est l’affrontement puis le rapprochement de deux fiertés : d’un côté la fougue de la jeunesse qui cherche ses repères, de l’autre la sagesse d’un homme qui a bravé la mer mais porte le poids des secrets.

La mer et le pays breton : des personnages à part entière

Cécile Aubry capte avec une grande authenticité l’atmosphère du terroir breton. Les falaises escarpées, la brume côtière, les ports de pêche et la légende du voilier Mary-Morgane créent une ambiance grave et poétique.

La série rend hommage à un monde maritime traditionnel fait de solidarité, de rudesse et de respect des éléments. La mer n’est pas un simple décor : elle éprouve les hommes, révèle les caractères et conserve la mémoire des marins disparus.

Le pardon et la réconciliation

Mehdi et Jacques Godin

Sous la surface d’un récit d’apprentissage, Sébastien et la Mary-Morgane traite d’un sujet mémoriel audacieux pour l’époque : les séquelles de la Deuxième Guerre mondiale et de l’Occupation en milieu rural. Le capitaine Maréchal est un homme brisé par la perte de son fils et le poids des préjugés du village.

À travers l’enquête menée par Sébastien pour établir la vérité sur le passé familial, le récit délivre une leçon d’intégrité, d’honneur et de réconciliation. Il rappelle que la justice des hommes doit s’incliner devant la vérité des faits et la dignité conservée face à l’adversité.

On ne racontera pas l’intrigue ici mais le film comporte une forte  portée morale : le capitaine Maréchal a préféré supporter en silence les rumeurs,  le mépris, la solitude et les soupçons de tout un village plutôt que de raviver les blessures de la guerre ou d’étaler la mémoire de son fils.

Portée par la musique envoûtante de Daniel White et l’interprétation magistrale du duo Vanel-El Glaoui, cette série reste un fleuron de la télévision française : une œuvre exigeante, profondément patriotique par son ancrage régional, et tournée vers la transmission des valeurs de courage et de vérité.

Paul Barge

Yutta d’Arcy

La chanson du générique « La sirène aux longs cheveux » de Daniel White, François Rauber et Cécile Aubry est interprètée par Harry Trowbridge qui a fait parti du groupe « Les Poppys » dans les années 1970.

Ils s’en vont pour très longtemps.

Dans la brume ou dans le vent.

Comme les nuages, s’en vont en voyage.

Les marins quittent le port.

(…)

 2,446 total views,  2,445 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


1 Commentaire

  1. Merci Jules pour ce moment de nostalgie. J’ai envie d’ajouter à la chanson du générique : Et beaucoup ne reviennent pas, les bras de la mer se sont refermés sur eux.