Le blocus naval américain, une arme qui ravage l’économie iranienne

Essayons d’y voir clair dans ce conflit devenu inextricable.

La stratégie irrésolue de Trump a eu pour conséquence un blocage de la situation. L’abandon du nucléaire et du programme balistique iraniens, les deux principaux buts de guerre, sont passés à la trappe. La nouvelle urgence stratégique est dorénavant  la réouverture du détroit d’Ormuz à la libre circulation, après son blocage par Téhéran, qui exerce ainsi un chantage permanent sur l’Occident.

Mais en faisant du détroit d’Ormuz un « théâtre de guerre » sur lequel il est hors de question de négocier, les Iraniens ont récolté un blocus naval américain qui va les asphyxier.

Les fanfaronnades des Gardiens de la Révolution sont la conséquence des incessants revirements de Donald Trump dans sa conduite de la guerre. Les durs du régime de Téhéran, le Conseil des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), parient sur le fait que Trump est un impulsif, un impatient qui panique à l’approche des élections de mi-mandat en novembre.

Mais le blocus naval a été la meilleure décision de Donald Trump après le blocage du détroit. Si le monde souffre de la perte de 20 % des ressources énergétiques nécessaires à l’économie, il peut encaisser la hausse du baril à 90 ou 100 dollars, qui reste cinq fois moindre que le choc pétrolier de 1973.

Par conséquent dans les faits, le temps joue contre la théocratie chiite. Chaque jour qui passe asphyxie un peu plus l’économie iranienne et divise le régime. Au sommet de l’Etat, deux camps s’opposent : le CGRI persuadé que la ligne dure va l’emporter et le camp présidentiel, partisan de concessions majeures aux Américains.

Exigences des Gardiens de la Révolution pour ouvrir le détroit :

  • Fin du blocus américain sur les ports iraniens
  • Arrêt définitif de la guerre
  • Versement de dommages de guerre
  • Levée des sanctions économiques occidentales
  • Restitution des avoirs financiers iraniens gelés

Pas de solution américaine pour débloquer le détroit par la force :

  • Mines, drones, missiles anti-navires, vedettes rapides interdisent tout passage
  • Protection des tankers par des navires de guerre beaucoup trop risquée
  • Opération amphibie américaine sur les îles du détroit jugée kamikaze

Redoutable efficacité du blocus naval

  • 20 navires de guerre dont un porte-avions, bloquent le trafic vers l’Iran
  • Frappes US sur les voies terrestres vers le Pakistan ou l’Irak
  • Les pertes économiques de l’Iran sont de 270 milliards de dollars
  • Chaque jour de blocus, le pays perd 500 millions de dollars
  • Exportations de pétrole stoppées
  • Inflation de 70 à 100 % suivant les produits
  • Effondrement du rial comme dans l’Allemagne des années 1930
  • Un billet de 10 millions de rials a été créé et imprimé !
  • 20 000 usines ou complexes industriels mis hors d’usage

Le peuple pris en étau entre la dictature et la guerre

  • 56 pendaisons en 2026 selon l’ONU
  • Malgré les souffrances de la guerre, il reste très hostile au régime
  • Une économie de survie se met en place
  • Le blocus est partiellement contourné par voie terrestre
  • Endurci par les sanctions depuis des lustres, le peuple résiste

Voici les concessions proposées par le président Pezeshkian

  • Arrêt partiel de l’enrichissement d’uranium avec inspections de l’AIEA
  • Retrait progressif des financements aux proxys
  • Réouverture partielle immédiate du détroit avant ouverture totale
  • Report des réparations de guerre américaines

L’opposition des Gardiens de la Révolution

  • Ces concessions sont assimilées à une trahison et une capitulation
  • Pas question de brader la seule arme dissuasive : le détroit
  • Le CGRI garde la main et sabote les discussions en coulisses

Position de Washington : la fermeté

  • Trump et son administration refusent le plan Pezeshkian
  • Ils exigent que toutes les demandes initiales soient acceptées.
  • Démantèlement du programme nucléaire. Zéro enrichissement
  • Inspections illimitées et sans restrictions de l’AIEA
  • Fin des missiles à longue portée
  • Désarmement des proxys
  • Retrait des milices chiites en Irak et Syrie
  • Fin du blocus de la mer Rouge par les Houthis
  • Sécurité d’Israël : reconnaissance et fin des menaces de destruction
  • Libre circulation absolue dans le détroit d’Ormuz pour tous les navires
  • Démilitarisation du détroit : retrait des mines, missiles côtiers, etc.
  • Libération des otages occidentaux
  • Jugement des dirigeants du CGRI pour leurs crimes

Nous en sommes là. Mais au-delà des déclarations officielles, des rodomontades et menaces en tous genres, les négociations en coulisses continuent par des canaux parallèles.

Rien ne permet de dire que l’Iran va finir par craquer, car les Gardiens de la Révolution sont des fanatiques jusqu’au-boutistes et les mollahs savent très bien que c’est la survie de la théocratie chiite qui se joue dans cette guerre.

Si l’Occident subit une grave crise économique majeure, il s’en relèvera. Si l’Iran cède, le régime perd tout et sera jugé pour ses crimes.

Trump joue le pourrissement du conflit. Qui va céder ? Quand on interroge l’IA, elle ne sait pas, jouant la prudence malgré sa parfaite connaissance du dossier. Personnellement, je pense que c’est l’Iran qui va plier sous la pression du peuple, qui finira par se révolter, malgré la terreur des représailles. Face aux pénuries en tous genres et à l’hyperinflation, les soutiens de Pékin et Moscou ne sont d’aucun secours.

La meilleure arme, c’est le peuple qui la détient. En 1979, il a porté au pouvoir ses bourreaux d’aujourd’hui. Il finira bien par trouver la force d’effacer 47 ans d’oppression.

Jacques Guillemain

Ripostelaique.com

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