Moi, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, je pensais que le moindre squatteur de logement était illégal, que squatter un logement ou un terrain était un délit et que justice et police, main dans la main, agissaient vite et bien.. Las…. Certes, pour un parking privé il me semble que le Code Pénal prévoit amendes, prison, évacuation.. Sauf que, effet de la mansuétude des juges pour les squatteurs ou effet d’un pays qui se racaillise tant que les juges sont débordés on a de plus en plus l’inpression que les délinquants s’en sortent mieux que le Français moyen qui respecte les lois.
La dernière à Antibes va dans ce sens. Il illustre le problème récurrent : une quarantaine de véhicules de familles roms installés, traces d’urine, excréments, rongeurs, et plaintes des commerçants face à une situation décrite comme intenable. Les propriétaires demandent l’expulsion ; une association plaide pour un terrain adapté. Du déjà vu, trop souvent…
Ah, la France, pays des Lumières et des parkings privatifs transformés en campings improvisés ! Le contribuable, ce brave payeur d’impôts, finance déjà des aires d’accueil, des schémas départementaux, des dispositifs pour les gens du voyage et des populations nomades ou semi-nomades. Des millions d’euros pour des emplacements adaptés. Et pourtant… hop, des dizaines de véhicules s’installent tranquillement sur le parking d’une zone commerciale privée. Traces d’urine, excréments, rats qui prolifèrent... Re. Les commerçants s’exaspèrent, les clients fuient, et l’on découvre que l’illégalité a un parfum de relativité.
Un squatteur lambda dans un appartement ? Illégal, expédition rapide (en théorie !!!), scandale médiatique si le propriétaire ose protester trop fort. Mais un stationnement prolongé de dizaines de caravanes/véhicules sur un terrain privé, avec nuisances sanitaires documentées ? Là, on discute, on médiatise, on propose… un autre terrain. Parce que, voyez-vous, il faut « éviter les affrontements » et trouver une solution « pérenne » . On est très loin de l’Art de la guerre de Sun Tzu
Le contribuable, lui, continue de payer : pour les aires officielles sous-utilisées ou saturées, pour les interventions, pour le nettoyage, pour les procédures judiciaires qui trainent, et parfois pour l’hôtel le temps que ça se résolve.
La logique est d’une beauté presque artistique. On construit des zones dédiées avec l’argent public. Certains préfèrent s’installer ailleurs, en toute illégalité. On s’indigne… poliment. On rappelle les droits. On oublie un instant que le droit de propriété, l’hygiène publique et la tranquillité des riverains (et des commerçants qui paient aussi des taxes) existent aussi. Résultat : le parking devient bidonville temporaire, les rats se multiplient, et l’association de défense demande un terrain aménagé. Comme si le précédent n’avait pas déjà coûté cher.
Ironie suprême : le même État qui sanctionne (en principe) le squat d’un studio vide semble parfois plus patient quand il s’agit de dizaines de véhicules sur un espace commercial. Peut-être parce que « familles » , « vulnérabilité » , « médiation » . Ou parce que l’application de la loi dépend du nombre, de l’origine ethnique présumée, ou de la peur d’un dérapage ? Pendant ce temps, le commerçant qui trouve des excréments devant sa boutique et le contribuable qui a déjà payé pour des solutions légales se demandent s’ils n’ont pas raté un chapitre du Code.
La solution magique ? Toujours plus de terrains adaptés . Comme si le problème était uniquement l’offre, et jamais le refus répété de respecter les terrains privés et les règles communes. On pourrait aussi appliquer la même rigueur partout : occupation sans titre = illégal, point. Expulsion, sanctions, et fin de la double mesure. Mais ça serait trop simple, trop égalitaire. Et surtout, ça risquerait de faire grincer des dents ceux qui préfèrent transformer chaque incident en demande de nouveaux aménagements… toujours à la charge du même.
En attendant, à Antibes et ailleurs, les rats se régalent, les commerçants s’énervent, et le contribuable continue de signer les chèques. Vive la cohérence républicaine.
N.B. Le fond du problème n’est pas les Roms en tant que groupe (il y a des distinctions importantes entre Roms d’Europe de l’Est, souvent en situation de grande précarité, et les gens du voyage français régis par la loi de 2000), mais le respect inégal du droit de propriété, de la salubrité et de l’ordre public. Les installations illicites existent, les nuisances sanitaires aussi, les coûts pour les collectivités et les propriétaires privés également. La loi prévoit des outils (mise en demeure préfectorale, expulsion, sanctions pénales), mais leur efficacité varie selon la conformité des communes aux schémas d’accueil et selon la volonté politique d’agir rapidement…
Christine Tasin
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