Le sionisme ou la création du juif laïque

La résurrection d’Ezéchiel- toile de feu Eitan Dvir (Khakshourian)

Dans sa quête de sécurisation de ce peuple errant appelé juif, Théodore Herzl, fondateur du sionisme, était l’un des premiers à mettre en place l’idée d’un État national pour les juifs et de l’aligner au sein des États. Il était même convaincu que la question juive serait résolue par la conversion massive de la jeunesse juive au christianisme.

En fait, la propagation du sionisme au sein des juifs de la Diaspora incita les institutions éducationnelles, dont l’alliance israélite, le scoutisme juif, à réviser leur programme qui allait dorénavant inclure l’étude de la langue hébraïque et un embryon de l’histoire de l’ancien Israël. Les écoliers juifs étaient initiés à apprendre la Tikva, le lever du drapeau israélien, par contre aucune mention de l’étude du Talmud et de la Halakha, devenue entre-temps le rayon exclusif des rabbins locaux.

Le concept du juif laïque prit forme au sein de la majorité juive, sans que celle-ci ne réalise réellement ses dessous et ses portées. On compte pourtant quelques rebelles qui avaient pris l’initiative de guider les pas de leur progéniture vers des Yeshiva.

Le juif laïque est un juif intégré, assimilé… et propice à l’évasion partielle ou complète de sa foi, que ce soit en Israël ou dans la Diaspora. En pratique, le sionisme s’est chargé de paver la voie vers la disparition graduelle du judaïsme…

Cette  tournure avait déjà commencé à porter des fruits dans la Diaspora à travers des mariages mixtes, l’arrêt de la circoncision, et le déni total de la foi. En Israël, ces libertés s’accentuent depuis l’arrivée en masse des juifs de Russie et de l’Europe de l’Est.

Néanmoins, le noyau dur du judaïsme ne disparut jamais… Il se perpétua dans la Diaspora et en Israël, grâce aux écoles privées, à la famille, à la tradition et aux rites religieux que les parents maintiennent régulièrement.

L’étymologie du terme Sionisme– originaire de Sion (région). Celle de L’arabe est la péninsule arabique ou la langue parlée arabe. Ces dénominations abolissent la présence d’une religion, mais la sous-entendent, comme pour Europe/Occident chrétien.  

Le juif religieux qui répète à chaque occasion, « L’année prochaine à Jérusalem » ou « Si je t’oublie Jérusalem, que main droite perde sa force et que ma langue se colle à mon palais », ne cherche pas la création d’un État pour les sionistes, mais la résurrection de l’Israël ancestral, avec ses ossements, ses pierres, ses tombeaux patriarcales. Il veut un retour à ses terres… Le sionisme l’a dupé en lui accordant un État juif laïque. « L’État d’Israël porte toujours en effet son projet originel de – normalisation des juifs – soit de distanciation d’avec le peuple juif et le judaïsme – comme nous le suggère Shmuel Trigano dans son œuvre « le chemin de Jérusalem », vivement conseillé aux avides du savoir.

Le juif exilé aurait pu suivre l’exemple du christianisme et de l’islam en se lançant dans des conquêtes territoriales pour propager/disséminer le judaïsme, mais s’est abstenu. Car, contrairement aux autres religions, la conversion au judaïsme est un procédé compliqué, qui demande de longues années d’études et la circoncision pour les mâles… Devenir musulman ne requiert que l’annonce d’une phrase et c’est pour la vie, quant au christianisme une bénédiction d’un prêtre, et c’est vite fait.

Les sionistes venus des pays arabes croyaient fermement qu’ils atterrissaient au pays de leurs rêves, là où la pratique du judaïsme ne connaît aucune restreinte et se sont retrouvés devant deux alternatives : celle d’être juif dans tout le sens du mot, donc séparation, retour au ghetto, ou celle d’être laïque. Tout aurait pu se perpétuer sans obstacle, si le religieux ne réclamait pas les restrictions du Shabbat, la cacherout, et le laïque ses droits à la liberté du culte. Les deux courants entrent en collision avec les récentes avances du progressisme dans le monde occidental qui leur éclata au visage le 7 octobre 2023.

Pour l’ultra-orthodoxe, dont les Neturei Karta, un État sioniste contredit les prophéties, les lois de Moïse et donc n’a aucune raison d‘être.

Les Neturei Karta  sont un groupe de juifs haredim (ultra-orthodoxes) radicalement antisionistes prônant le « démantèlement » de l’État d’Israël, et l’établissement d’un État palestinien.

Les Neturei Karta considèrent que l’État juif de l’Antiquité fut détruit par la volonté divine et que seul le Messie pourra le rétablir. Toute tentative humaine de recréer un État juif avant la venue du Messie est donc une attaque contre la volonté divine. Lors des élections israéliennes, ils appellent ainsi de façon systématique à refuser de voter. Très spécifiques sur le plan politique, les Neturei Karta ont peu de différences théologiques avec les autres groupes ultra-orthodoxes. Tout comme eux, ils ont une conception extrêmement stricte de l’application de la halakha (la loi religieuse juive orthodoxe).

Ils attendent la venue du Messie et la concrétisation de la prophétie d’Ezéchiel… la résurrection d’Israël et de ses morts.

La création d’un État palestinien sur les cendres d’Israël est l’objectif commun à la Gauche israélienne et à ce courant ultra-orthodoxe.

Cette scission fragilise davantage le petit État juif devenu en ces jours le jouet des islamistes, amoureux du Hamas, mais aussi du président américain Joe Biden, qui le jette carrément en pâture pour satisfaire les ambitions hégémoniques de l’Arabie saoudite.

Thérèse Zrihen-Dvir

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4 Commentaires

  1. Vous écrivez: une bénédiction d’un prêtre, et c’est vite fait.
    Non Madame, c’est la formation religieuse d’abord (catéchisme) et le baptême au terme.

  2. Le 29 novembre 1947, l’ONU proclamait la création d’un “Etat juif”, et pas un “Etat pour les juifs” ou un “Etat démocratique et laïque pour les juifs”.

  3. Bonjour,

    Merci, Thèrèse, pour cet article.

    Une précision sur le baptême catholique.

    En théorie, dans des cas graves, nouveau-né en danger etc, on peut même être baptisé par sa grand-mère, par exemple, c’est l’ondoiement.

    Il y a, de plus, un débat, depuis 50 ans, sur le baptême des enfants : ne faut-il pas attendre l’âge adulte ?

    Dans la pratique, le baptême d’un adulte est l’aboutissement d’une longue (deux ans) préparation …

  4. Les juifs ne doivent pas abandonner leurs traditions, leurs racines. Un arbre sans racines meurt. Israël doit vivre. Shalom, Thérèse.

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