L’homme n’est grand que de ses continuelles curiosités et passions et le premier volet ci-dessous ne peut que susciter étonnement, admiration et… envie de lire la suite, même quand, comme moi, on n’a de formation que littéraire et qu’on a du mal avec la physique… « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » disait déjà le poète romain Térence il y a près de 2200 ans.
Je suis fière de permettre, grâce à Résistance républicaine, de voir cohabiter, se confronter, se comprendre… 3 visions essentielles, parfois ennemies mais en fait complémentaires, celle de la science stricto sensu avec les articles de notre professeur Tête-en-l’air, celle de Thérèse la croyante (mais pas béate, avec un bon fond scientifique) et la mienne, enfant des Grecs et des Romains passionnée par les mythes, les oeuvres et notamment Epicure et, ma passion, le « De Rerum « de Lucrèce qui interpellera sans doute nombre de nos lecteurs, persuadés que Grecs et Romains en étaient restés aux Dieux comme symboles des forces de la nature.
Ci-dessous la première partie de mon évocation de Lucrèce dont tous les latinistes de mon époque ont lu, traduit, dit, redit… les premiers vers (on y reviendra bientôt )
Suaue, mari magno turbantibus aequora uentis
E terra magnum alterius spectare laborem ;
Non quia uexari quemquamst iucunda uoluptas,
Sed quibus ipse malis careas quia cernere suauest ;
Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, de contempler depuis la terre les rudes épreuves d’autrui ; non que l’on trouve grand plaisir aux tourments de personne, mais parce qu’il est doux de voir les maux auxquels soi-même on échappe…
Christine Tasin
Lucrèce, né il y a à peu près 2120 ans, a bercé toute ma vie, pour la science, pour la poésie, pour la philosophie pour la mesure et le bon sens, pour l’interprétation du monde, pour son refus de Dieux se mêlant de la vie des hommes, refus qui lui a été donné par son simple bon sens scientifique. Un prodigieux poète, un prodigieux scientifique, observateur du « Grand tout »…
Il avait tellement avancé dans la science que des gens bien intentionnés avaient détruit son oeuvre, considérant qu’il mettait en danger la croyance en Dieu et donc faisait progresser l’athéisme (il fut un temps où l’on pouvait être condamné à mort pour ça…)… on a redécouvert le seul exemplaire restant en 1427, je vous le raconterai demain.
De rerum natura (De la nature des choses) : Ce « livre » du Ier siècle avant notre ère expose la doctrine d’Épicure en vers latins. [1]
Pardonnez ce résumé forcément frustrant mais c’est juste un petit partage en 2 articles, nous lasserions la majeure partie de nos lecteurs si nous faisions trop souvent cela et trop long…
L’infinie totalité : Pour Lucrèce, le grand tout n’a pas de limites et échappe à toute intervention divine ou création surnaturelle. [1]
- Les deux éléments premiers : Tout ce qui existe dans l’univers naît du mouvement perpétuel d’atomes invisibles qui se croisent et s’assemblent au sein du vide infini. [1, 2, 3]
- La délivrance par la raison : comprendre l’immensité de ce grand tout permet aux humains de se libérer de la peur de la mort
Bref, les choses sont simples quand on lit Lucrèce : L’univers est une immensité infinie qui est. Tout simplement.Il n’a été créé par rien ni par personne, rien ne retourne au néant. Tout ce qui existe repose sur la combinaison de deux éléments uniques : les atomes (et oui, bien avant Einstein on parlait déjà d’atomes (a-tomos : qui ne peut être coupé) et le vide, un espace invisible dans lequel se déplacent les atomes qui dont en mouvement perpétuel.
L’âme ? Elle existe mais elle est mortelle, comme le reste, faite d’atomes. Après la mort les atomes se séparent pour former autre chose, il n’y a donc pas d’enfer à craindre.
Comprendre le fonctionnement physique du monde libère l’homme, il n’a plus à craindre la mort, les punitions, bref ce que l’on appelle l’enfer après la mort. La science libère donc l’homme des superstitions.Et l’homme trouve la paix, la tranquillité : l’ataraxie, la paix de l’esprit.
Complément : le « clinamen », le grain de sable qui crée la liberté
Avant Epicure les scientifiques grecs croyaient que les atomes tombaient à l’infini en ligne droite dans le vide, comme des gouttes de pluie, ce qui posait problème car si les atomes ne se rencontrent pas aucun monde ne peut naître, tout est déterminé à l’avance, il ne peut y avoir de liberté… Alors est arrivé, grâce à Epicure et à Lucrèce qui l’a fait connaître, le clinamen « le grain de sable qui crée la liberté ».
Lucrèce propose alors la solution, il y aurait une déviation infiniment petite et imprévisible de la trajectoire de l’atome, qui se produirait on ne sait. ni où ni quand…Cette déviation provoquerait donc des carambolages d’atomes… qui finissent par former de la matière (planètes arbres, êtres humains....).
En supprimant l’idée de fatalité géométrique, Lucrèce introduit le hasard dans la physique… grâce à cela l’homme a le libre arbitre. Nous ne sommes pas programmés, nous sommes libres d’aller où nous voulons, aucun sujet ne nous est interdit , nous avons la liberté de dévier…
Quid des Dieux ? Pour Lucrèce, ils existent mais se fichent des hommes comme de leur avenir. Ils vivent dans des espèces d’intermondes, des espaces vides entre 2 mondes, ..C’est une des choses qui sera reprochée quelques siècles plus tard à Lucrèce, évidemment… Les prières, les sacrifices.. ne servent strictement à rien. Les tempêtes et autres soucis liés au temps ne sont pas des punitions des Dieux, les dieux n’ont pas créé les hommes ni l’univers. Bref, la fin de la culpabilité !
Lucrèce a tout dit avec simplicité
Les nations croissent, d’autres décroissent, et en un court espace les générations des êtres se renouvellent. Elles se transmettent la vie comme les coureurs se passent le flambeau.
La mort n’est donc pas une tragédie… juste un fonctionnement du monde, un renouvellement… Les générations se transmettent la vie tout simplement.
Christine Tasin
Demain la seconde partie, le manuscrit disparu de Lucrèce qui réapparaît au XVème siècle…
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