Juvénal
André Malraux : pilleur de temple, mythomane… et pourtant ministre
Voleur de trésors khmers, menteur compulsif, bourré de tics… Rien n’aura empêché le célèbre écrivain de devenir ministre !
Malraux un ministre de la culture qui n’a pas son baccalauréat
Il récite Hamlet en anglais, connaît Victor Hugo par cœur et pourtant : André Malraux, prix Goncourt 1933, n’a pas son bac ! Il ne l’a même jamais passé, trop vexé d’avoir été rejeté, à 17 ans, du réputé lycée Condorcet de Paris… Qu’importe, ce jeune sans le sou, né le 3 novembre 1901 dans le XVIIIe arrondissement, se passera d’études parce qu’après tout, chez lui, on a toujours fait sans.
Son père, Fernand-Georges, vient d’une famille de tonneliers de Dunkerque tandis que Berthe, la maman, ne connaît que l’épicerie familiale de banlieue parisienne. C’est d’ailleurs là, après le divorce de ses parents en 1905, que le petit Georges André va grandir entre sa mère, sa grand-mère et sa tante… Ce qui va l’aider à s’en sortir ? Sa soif de culture ! Dès 14 ans, il court les bouquinistes, les expos, les théâtres et bientôt, fréquente l’avant-garde artistique de Montmartre.
Un autodidacte pur jus
Ruiné, André Malraux pille un temple sacré au Cambodge
Le père de la loi Malraux, protectrice du patrimoine français depuis 1962, est aussi… un pilleur de ruines repenti ! L’histoire, rocambolesque, remonte à 1923. L’écrivain, qui a subi des revers de fortune en Bourse, a une idée aussi fantasque qu’illégale pour se refaire une santé financière : voler des statues khmères dans la jungle cambodgienne et les revendre à de riches collectionneurs !
Ni une, ni deux, en octobre, il met le cap sur l’Asie, embarquant avec lui son épouse Clara et un vieil ami, Louis Chevasson. Il leur faudra attendre mi-décembre pour atteindre le temple de Banteay Srei, à 25 kilomètres d’Angkor. Là, les trois aventuriers découpent à la scie sept bas-reliefs de ces ruines sacrées puis les emportent. Mais voilà, à Phnom Penh, les escrocs sont arrêtés puis condamnés, le 21 juillet 1924, à trois ans ferme pour Malraux et un an et demi ferme pour Chevasson. Clara, libre, regagne la France, d’où elle mobilise tout le gratin des intellectuels d’André Gide à François Mauriac. Et ça marche : les peines des deux hommes sont réduites à du sursis.
André Malraux s’ improvise chef d’escadrille pendant la guerre d’Espagne
Il n’a jamais conduit une voiture, alors piloter un avion… Il n’empêche : Malraux a bien dirigé une escadrille internationale pendant la guerre d’Espagne. À peine le conflit a-t-il commencé que cet antifasciste farouche s’engage aux côtés des Républicains et met sur pied « España », une brigade aérienne.
Dès l’été 1936, il recrute 130 volontaires grassement payés, prend le commandement du groupe et participe à 65 missions jusqu’à février 1937. Mais si les hommes du colonel Malraux louent son courage face aux franquistes, ses supérieurs ne voient en lui qu’un chef de mercenaires, incompétent et désorganisé. Antonio Camacho Benitez, le patron de l’aviation républicaine, dira même : « Il faut le réduire à la discipline, l’expulser ou le fusiller. »
André Malraux adore se déguiser pour amuser la galerie
Avec son ton grave et son regard intense, difficile d’imaginer ce grand penseur affublé d’un déguisement… Et pourtant, se costumer, c’est son truc ! Ses lubies ? Les tenues exotiques faites d’étoffes ramenées d’Orient ou les sabres japonais pour jouer au samouraï. Cet homme flamboyant adore se mettre en scène devant ses proches car ça renforce son aura d’écrivain aventurier et ça fait rire tout le monde !
Malraux, un résistant de la dernière heure !
Il a souvent raconté cette histoire : lui, André Malraux, aurait résisté dès décembre 1940… Que nenni ! Il ne s’est mis à combattre l’occupant que quelques mois avant la Libération. Qu’a-t-il fait avant ? D’abord le soldat, comme deuxième classe dans les chars d’assaut, avant d’être fait prisonnier puis de s’échapper. Ensuite l’écrivain qui, pendant trois ans, vit à l’écart de la guerre.
Le résistant Malraux ne viendra qu’au printemps 1944… Ce qui le décide, lui qui ne voyait dans l’Armée de l’ombre que des amateurs « sans armes ni chars » ?
L’arrestation, en mars 1944, de ses demi-frères, Claude et Roland, combattants de la première heure. Il rejoint les maquis du Sud-Ouest, se fait appeler « colonel Berger » et finit, le 22 juillet 1944, par être pris par les Allemands. Emprisonné à Toulouse, il en sortira un mois après et prendra part à la Libération.
André Malraux épouse sa belle-sœur
« On ne s’en désintoxique jamais. » L’auteur de La Condition humaine est mort depuis des années quand Clara Goldschmidt en parle ainsi. Celle qui fut son épouse de 1921 à 1947 n’a jamais pu l’oublier. Cette riche héritière qui donna à Malraux une fille, Florence, n’a pas été la seule à succomber au charme de ce grand séducteur.
La consolation, Malraux la trouvera dans les bras de Madeleine Lioux, la veuve de son demi-frère Roland, mort en 1945 dans un bombardement.
Mais au printemps 1966, second divorce pour le romancier et une passion de jeunesse retrouvée, Louise de Vilmorin. Las ! La mort frappe à nouveau : le 26 décembre 1969, la femme de lettres décède d’une crise cardiaque. Pour ultime réconfort, Malraux aura la tendresse d’une autre Vilmorin, Sophie, la nièce de Louise.
André Malraux, un mythomane qui s’assume
« Je fabule mais le monde commence à ressembler à mes fables. » Malraux l’assume, il a toujours menti, mais comme il l’assure dans son roman La Voie royale, « la mystification est éminemment créatrice » ! Clara, sa première femme, dit de lui qu’il était « un escroc génial » prêt à tous les mensonges pour mettre en scène sa vie. Ses plus gros bobards ? Un passé de résistant qu’il enjolive en s’inventant des parachutages, des blessures de guerre et l’arrestation, presque à lui seul, de la sanguinaire division SS Das Reich.
André Malraux perd ses deux fils dans un accident de voiture
Surtout, ne rien montrer de ses chagrins, jamais. Alors, ce soir du 1er juin 1961, André et Madeleine Malraux sont à Versailles pour accueillir comme prévu le président américain Kennedy et sa femme Jackie en visite en France. Neuf jours seulement après le cataclysme : la mort, le 23 mai, des fils d’André, que Madeleine avait élevés comme les siens…
Depuis tout petit, l’auteur souffre du syndrome de Gilles de la Tourette qui, s’il ne lui fait pas dire des grossiéretés, provoque chez lui tout un tas de tics. Malraux sursaute, renifle, cligne des yeux… C’est même à cause de cela qu’il a été exempté du service militaire ! La maladie ne l’empêchera pourtant pas d’être un orateur d’exception : lors de ses discours, il surpasse ses tics, transcendé par le pouvoir des mots.
Malraux échappe de peu à un attentat !
Le 7 février 1962, avenue Victor-Hugo, une déflagration. Au numéro 19 bis de cette artère cossue de Boulogne-Billancourt, une charge de plastic vient d’exploser au rez-de-chaussée, soufflant les vitres d’une chambre où une fillette lisait. C’est Delphine Renard, 4 ans et demi, l’enfant des propriétaires. La petite se met à hurler : des éclats de verre ont atteint ses yeux. Elle perdra un œil puis la vue une fois adulte.
Ce n’est pourtant ni elle, ni sa famille qui étaient visées par cet attentat de l’Organisation de l’armée secrète, des terroristes d’extrême-droite qui refusent l’indépendance de l’Algérie, mais le locataire du dessus, un certain André Malraux. En réunion à l’Élysée, le ministre de la Culture échappe à la bombe.
Hospitalisé en 1972, Malraux lutte contre l’ alcool et la dépression
« Il a sa crise de palu. » Au ministère de la Culture, tout le monde connaît ce code qui signifie : « Le patron a encore trop bu… ». C’est un secret de polichinelle, Malraux a un problème avec l’alcool et ça ne s’arrange pas. Ses dernières années au gouvernement, il s’enfile whisky sur whisky, titube aux réunions, bafouille.
Cet être tourmenté, à l’existence jalonnée de drames, fume trop, se bourre d’amphétamines et d’antidépresseurs, se tue à petit feu. « Le problème avec André, dit sa femme Madeleine, c’est qu’il ne se supporte pas lui-même. »
Le 19 octobre 1972, l’écrivain est hospitalisé pour dépression et alcoolisme. De son mois à La Salpêtrière, il tirera un livre, Lazare, et la promesse de ne plus jamais toucher une goutte d’alcool.
Au Panthéon, un chat de bronze veille sur sa tombe !
Il trône dans le tombeau des grands hommes. À l’intérieur du caveau numéro 6 du Panthéon, un chat de bronze veille sur le repos éternel d’André Malraux. Le romancier, décédé le 23 novembre 1976 d’une embolie pulmonaire, a toujours été fou des petits félins : du temps de sa vie au château de Louise de Vilmorin, Lustrée, Fourrure et Essuie-Plume avaient même eu droit à des chatières dans les lourdes portes de lambris dorés ! Alors, c’est tout naturellement qu’une statue égyptienne, sortie exprès du Louvre pour lui, siégeait à ses funérailles. Et quand, le 23 novembre 1996, ses cendres ont été transférées au Panthéon, elle l’a rejoint dans son caveau, fidèle à son maître pour toujours.
De Gaulle / Malraux : une amitié hors du commun
« À ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. » Cette phrase du général de Gaulle en dit long sur le lien indéfectible qui l’unit à l’écrivain. Tout, pourtant, semble opposer les deux hommes : l’un est militaire, fervent catholique et issu d’un milieu traditionaliste ; le second est agnostique et vient de la gauche antifasciste. Mais quand ces résistants se rencontrent à l’été 1945, le coup de foudre est immédiat ; l’admiration, mutuelle.
C’est pour de Gaulle que Malraux entre en politique, devenant ministre de l’Information de son gouvernement provisoire. Pour lui, encore, qu’il retourne dans l’arène en 1958. Le Général le lui rend bien : en 1959, il crée pour son « ami génial » le ministère des Affaires culturelles, l’un des premiers au monde.
Bien lui en a pris ! Malraux se fait défenseur du patrimoine grâce à la loi qui porte son nom, imagine les Maisons de la culture, ferme la grotte de Lascaux pour mieux la protéger… Il ne quittera son poste qu’en 1969, quand de Gaulle abandonnera le pouvoir. Deux destins liés.
La voix épique d’André Malraux : le secret de cet orateur inoubliable
« Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… »
Si l’on ne connaît qu’une chose d’André Malraux, ce sont ces mots, prononcés lors du transfert des cendres du résistant au Panthéon, le 19 décembre 1964. Les oraisons funèbres, l’homme d’État s’en sera fait une spécialité, de l’architecte Le Corbusier au peintre Georges Braque. Et si elles ont marqué leur époque, c’est grâce à ses textes, brillants… et à sa diction. Grave, vibrante, théâtrale, la voix de cet orateur hors pair fascinait son entourage, comme de Gaulle qui la jugeait « épique ». Maintes fois imitée mais jamais égalée, elle est passée à la postérité.
André Malraux : bio express
3 nov. 1901 Naît à Paris.
1924 Condamné pour vol et recel d’antiquités au Cambodge.
1933 Prix Goncourt pour La Condition humaine.
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Un sacré talent quand même l’autodidacte, comme quoi la culture et l’intelligence peuvent remplacer avantageusement les diplômes, notre transformiste fou ne lui arrive pas à la cheville, malgré son goût pour l’allure pilote je doute qu’il puisse piloter quoi que ce soit.
A cette époque nos dirigeants avaient une autre pointure que la clique de charlots actuels au service de la trahison françaises.
Un Rastignaac qui prit l’ascenseur social en autodidacte par des chemins de traverse. Un parcours rédempteur du personnage qu’il s’est créé pour devenir lui-même et finir en se dépassant. Les lettres françaises attendent en vain un mythique successeur… Qui ? BHL ? ÉCLATS DE RIRES…. un nain connu!