Aux Etats-Unis, oui, en France, non ! Pourtant notre pays n’est pas en guerre.
Mais parler comme Pierre de Gaulle n’est pas recommandé.
Les déboires de Xenia Fedorova, journaliste russe menacée d’expulsion pour propagation du narratif du Kremlin, et récemment frappée du gel de ses avoirs, dépassent largement le cadre de la liberté d’expression. Ils dévoilent en fait une tendance du régime macronien à devenir de plus en plus répressif à l’encontre de tous ceux qui ne partagent pas la vision de l’Elysée. La dérive autocratique est nette.
C’est d’autant plus fâcheux que Macron gouverne seul, s’affranchissant de l’aval du peuple ou du Parlement, comme c’est le cas en ce qui concerne son soutien massif à l’Ukraine ou sa décision d’un « partage » de notre dissuasion nucléaire avec nos partenaires européens.
Non seulement le Général doit se retourner dans sa tombe, mais il est clair que notre Président n’a que faire de la célèbre formule d’Abraham Lincoln, « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». La France, c’est lui.
Et si les narratifs otanien et russe s’opposent, on notera qu’aux Etats-Unis le débat est de rigueur avec les arguments de chacun. L’amendement n°1 veille au grain. Il appartient à chaque citoyen de se faire sa propre idée. On n’imagine pas les officiers McGregor ou Scott Ritter, farouches opposants à la politique de Trump, être soudain harcelés par la Maison-Blanche.
Mais avec Macron, le débat contradictoire est tout simplement impossible, comme le prouve le cas de Xenia Fedorova. Le système ne combat pas la journaliste en lui opposant un discours argumenté, mais en l’expulsant pour la faire taire. C’est donc lui donner raison faute d’arguments crédibles !
1 . Accuser la Russie de menacer l’Europe, c’est oublier que Gorbatchev réclamait la paix.
Mikhaïl Gorbatchev rêvait d’une « Maison commune européenne ». Ce projet visait à dépasser la logique des blocs, à dissoudre progressivement l’OTAN et le Pacte de Varsovie, et à bâtir un système de sécurité collective inclusif.
La vision de la « Maison commune européenne » (IA)
- Dépassement des blocs : Gorbatchev proposait de remplacer la confrontation Est-Ouest par une structure de sécurité pan-européenne.
- Fin des alliances militaires : Son objectif à long terme était de voir disparaître simultanément l’OTAN et le Pacte de Varsovie au profit d’un organisme politique de sécurité globale.
- Rapprochement économique : S’il souhaitait intensifier les liens économiques et politiques avec l’Europe de l’Ouest pour sauver l’économie soviétique (la perestroïka), l’intégration de l’URSS dans les structures occidentales existantes n’était pas à l’ordre du jour.
2 . Par conséquent, élargir l’Otan à l’Est a été une faute majeure, mal vécue par Moscou
Il y aura toujours débat sur cette affaire, puisque l’Otan se retranche derrière l’absence de traité écrit. En effet, ce ne sont que des promesses orales faites à Gorbatchev de ne pas élargir l’Alliance à l’Est. Mais les archives des ambassades attestent de la réalité de ces promesses, ainsi que les témoignages des ministres des Affaires étrangères de l’époque (1990).
De plus, l’Occident joue sur l’ambiguïté de la phrase de James Baker « pas d’un pouce vers l’Est ». Dans l’esprit des Russes, cet élargissement se concevait au sens large dans les années futures. Pour les Occidentaux, il ne concernait que l’Allemagne de l’Est, ce qui est un monument d’hypocrisie.
Soyons sérieux. Qui peut imaginer un Gorbatchev assez crétin pour accepter la réunification de l’Allemagne sous réserve de laisser uniquement l’ex-RDA hors Otan ? Et comme la RFA était dans l’Alliance depuis 1955, elle n’allait certainement pas en sortir.
Par conséquent, Baker évoquait bien tous les élargissements futurs vers l’Est. Le deal était donc bien : oui à la réunification allemande, à condition que l’Otan ne s’élargisse jamais à l’Est, quel que soit le pays concerné. Mais l’Otan est passée de 16 à 32 membres depuis la fin de l’URSS. Qui menace qui ?
Des assurances verbales très claires ont bien été données à Mikhaïl Gorbatchev en 1990 par plusieurs dirigeants occidentaux, un fait historique validé par des archives déclassifiées et commenté par des figures politiques comme Hubert Védrine ou Roland Dumas. La réalité de cette controverse historique se décline en plusieurs points clés :
- Les assurances verbales : En février 1990, lors des négociations sur la réunification de l’Allemagne, le secrétaire d’État américain James Baker prononce la phrase célèbre selon laquelle la juridiction de l’OTAN ne s’étendrait « pas d’un pouce vers l’Est ».
- Le périmètre initial : Ces discussions concernaient spécifiquement le statut de l’ancienne République démocratique allemande (RDA). À ce moment précis, le Pacte de Varsovie existait encore, et personne n’envisageait publiquement que les pays d’Europe centrale (Pologne, Hongrie, etc.) rejoindraient un jour l’OTAN.
- La position des ministres européens : Le ministre allemand des Affaires étrangères de l’époque, Hans-Dietrich Genscher, a lui aussi publiquement soutenu que l’OTAN devait exclure une extension de son territoire vers l’Est pour rassurer Moscou.
- Le temps gagné : Angela Merkel a indiqué en 2022 que l’accord de 2014 était une tentative de donner du temps à l’Ukraine pour qu’elle devienne plus forte.
- La position de François Hollande : L’ancien président français a abondé dans ce sens, soulignant que le répit obtenu a servi à consolider les capacités militaires ukrainiennes.
- L’exploitation politique : Pour le Kremlin et Dmitri Peskov, ces déclarations prouvent que l’Occident n’avait pas l’intention d’appliquer les clauses pacifiques, ce qui a motivé l’offensive de 2022
5 . Victoria Nuland a été claire. Ce sont bien les Américains qui ont fomenté le renversement en 2014 du régime prorusse en place à Kiev.
« Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, les États-Unis ont soutenu les Ukrainiens dans le développement de leurs compétences et institutions démocratiques, ainsi que dans la promotion de la participation citoyenne et de la bonne gouvernance, autant de conditions préalables à la réalisation des aspirations européennes de l’Ukraine. Nous avons investi plus de 5 milliards de dollars pour aider l’Ukraine à atteindre ces objectifs et d’autres encore, afin de garantir une Ukraine sûre, prospère et démocratique. »
C’est à cette époque qu’elle avait lancé son mot aimable : « Fuck the EU »
Au-delà de l’insulte envers l’UE, l’appel a révélé l’implication directe des diplomates américains dans les coulisses de la transition politique ukrainienne. Nuland et l’ambassadeur américain à Kiev, Pyatt, y évaluaient les figures de l’opposition qui devaient – ou non – entrer dans le futur gouvernement après le président prorusse Viktor Ianoukovitch.
Conclusion
Voilà comment l’Occident s’est lui-même enlisé dans la guerre, alors qu’après la chute de l’URSS une période historique de paix à long terme s’offrait à tous.
Cette paix n’aura duré que 32 ans, parce que l’Amérique dominatrice ne voulait pas entendre parler de rapprochement entre une Russie richissime de son trésor géologique et une puissance économique rivale des Etats-Unis, l’Europe. Un rapprochement jugé dangereux par ceux qui entendent préserver leur hégémonie mondiale par tous les moyens, y compris la guerre.
Il est beaucoup plus facile de faire de Poutine l’agresseur, en effaçant toutes les preuves des crimes de guerre perpétrés dans le Donbass entre 2014 et 2022 par les unités ukrainiennes, notamment des soldats nazifiés biberonnés à la haine des Russes et nostalgiques des exploits SS.
Xenia Fedorova sera peut-être expulsée, mais taire la vérité ou du moins interdire tout débat contradictoire ne fait pas les victoires.
La France s’est davantage honorée par le passé en accueillant les dissidents russes de la guerre froide, qu’en chassant une journaliste russe qui ne fait qu’animer un débat contradictoire autour du conflit ukrainien.
Chasser Xenia Fedorova, c’est assassiner le pluralisme.
« Le pluralisme est un système ou un principe qui reconnaît, accepte et garantit l’existence de la diversité au sein d’une société. Il s’oppose à l’idée d’une pensée unique ou d’un pouvoir centralisé absolu. »
Notre narcissique Président n’a que faire de ce genre de considérations.
Jamais de Gaulle n’aurait mené une politique russophobe et on ne peut que regretter que personne n’écoute son petit-fils Pierre de Gaulle, qui sait de quoi il parle quand il dénonce notre alignement aveugle sur Washington.
Jacques Guillemain
1 total views, 1 views today


Soyez le premier à commenter