Quand George Sand racontait la canicule

«Cette chaleur d’Afrique qui prenait un aspect de fin du monde !» : quand George Sand décrivait la canicule

Du  au De la mi-septembre 1870 au 10 février 1871, George Sand [1804-1876], qui n’a alors plus rien à prouver, décide de tenir une chronique des événements tels qu’elle les vit depuis sa résidence à Nohant, petite commune rurale située dans le Berry.

Le texte paraît en 1871 sous le titre Journal d’un voyageur pendant la guerreElle raconte la perception des événements, leur répercussion dans les campagnes, les difficultés de disposer d’une information fiable, mais aussi la peur et la propagation des rumeurs et des fausses nouvelles.

Ce journal marque aussi la sensibilité de George Sand pour son environnement naturel et patrimonial, comme le montre le passage choisi. L’été 1870 est marqué par une canicule (concomitante du début de la guerre), ce que confirment les relevés de température de l’époque : 41° à Poitiers, 38° à Toulouse, et selon George Sand, 45° à Nohant !


Nohant, 15 septembre 1870

[…] Une grande fatigue, le travail en retard, un effort désespéré pour reprendre ma tâche au milieu d’un été que je n’ai jamais vu, que je ne croyais pas possible dans nos climats tempérés : des journées où le thermomètre à l’ombre montait à 45 degrés, plus un brin d’herbe, plus une fleur au 1ᵉʳ juillet, les arbres jaunis perdant leurs feuilles, la terre fendue s’ouvrant comme pour nous ensevelir, l’effroi de manquer d’eau d’un jour à l’autre, l’effroi des maladies et de la misère pour tout ce pauvre monde découragé de demander à la terre ce qu’elle refusait obstinément à son travail, la consternation de sa fauchaison à peu près nulle, la consternation de sa moisson misérable, terrible sous cette chaleur d’Afrique qui prenait un aspect de fin du monde ! Et puis des fléaux que la science croyait avoir conjurés et devant lesquels elle se déclare impuissante, des varioles foudroyantes, horribles, l’incendie des bois environnants élevant ses fanaux sinistres autour de l’horizon, des loups effarés venant se réfugier le soir dans nos maisons ! Et puis des orages furieux brisant tout, et la grêle meurtrière achevant l’œuvre de la sécheresse ! Et tout cela n’était rien, rien en vérité ! Nous regrettons ce temps si près de nous dont il semble qu’un siècle de désastres nous sépare déjà. La guerre est venue, la guerre au cœur de la France, et aujourd’hui Paris investi ! Demain peut-être, pas plus de nouvelles de Paris que de Metz ! Je ne sais pas comment nos cœurs ne sont pas encore brisés. On ne se parle plus dans la crainte de se décourager les uns les autres.

George Sand, Journal d’un voyageur pendant la guerre, Paris, Michel-Lévy frères (Paris), 1871, extrait pp. 4-6

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10 Commentaires

  1. Le CO2 ? Inoffensif. le petit peuple donc avec ses poëles à bois, ses voitures à essence n’y est pour rien.
    Je crois à une cause anthropique (qui vient de la superclasse mondiale) : la déforestation de l’Amazonie (mercosur) qui est euro-compatible.
    Les forêts créent de la fraicheur, par captation du rayonnement et elles font venir la pluie qui humidifie le sol et lui donne une capacité à amortir les variations de température comme les murs épais d’une vieille maison en pierre.
    Autre cause anthropique possible si on ne craint pas l’étiquette complotiste : la géo-ingénierie (peut-être par les chem trails…). Le pouvoir français et européen la pratique peut-être pour enfoncer un peu plus notre monde agricole et valider les accords avec le mercosur. Ou nos adversaires la pratiquent : Chine, Russie, Trump lui-même ?

  2. Faut envoyer ce constat de George SAND aux Zécolos pour les instruire afin qu’ils arrêtent de nous les casser !

  3. Encore ce matin, j’ai croisé une dame qui croyait fermement que nous avons une canicule unique dans l’histoire et que tout cela est dû au CO2. Elle pensait que nous étions responsables d’une quantité astronomique de CO2. Et pourtant, cette dame est instruite!

  4. pour tous ces médias et d »‘autres: politiques, écolos etc encore une occasion de vouloir faire peur au peuple, leur tasse de thé est: gouverner par la peur

  5. « une guerre qui se termine par la capitulation de la première, la chute du Second Empire et l’abdication de Napoléon III. »
    Et l’annexion de l’Alsace-Moselle, ce n’est pas rien.
    Quant à la canicule, on peut remonter jusqu’à l’an 0, il y en a toujours eu et il y en aura encore. Avec ou sans activité humaine.

  6. La France était alors une France rurale, on parlait de sécheresse. Le mot curieux de canicule (d’origine latine et astronomique) avait un rapport avec les étoiles : constellation du Grand Chien, crois-je me souvenir. Quant au cynisme… demandons à Christine de nous conter Don histoire… 🙋‍♀️
    La France de Raymond Barre, encore branchée sur la paysannerie avait inventé « L’impôt sécheresse ». Nous échammons, pour le moment à l’impôt urbain canicule, mais….

  7. Merci Jules de toutes ces précisions et références. (j’avais entendu un écho à la radio dans ma voiture). Et encore merci pour votre travail constant pour toutes vos chroniques. C’est un bonheur pour vos lecteurs..

  8. Bonjour, Jules, il est vrai que la littérature est un des meilleurs moyens pour se renseigner sur le climat des époques qui nous ont précédées. Les relevés de températures n’etant fiables que depuis 1947, les témoignages littéraires restent les plus fiables plutôt que les affabulation pseudo-scientifiques. On n’en apprend sur le climat depuis les romains, avec par exemple, Le Tasse, la littérature du xvii/xviii siècle en est féconde, un exemple : une averse de neige en plein mois de juillet pendant le règne de Louis xiv… Bonne journée et bon dimanche.