François Hollande manœuvre pour s’imposer comme le candidat de la gauche en 2027

 

« Il laisse Raphaël Glucksmann se crasher » : comment François Hollande manœuvre pour s’imposer comme le candidat de la gauche à la présidentielle 2027

Un livre, une association de financement, des rencontres à tout-va… Neuf ans après son départ de l’Elysée, l’ancien chef de l’Etat s’active pour apparaître comme le recours de la gauche social-démocrate, au détriment de Raphaël Glucksmann.

Le revoilà, face à celui qui est devenu son rival au cœur de la social-démocratie. François Hollande est à l’affiche d’une journée de débat au Mans (Sarthe), samedi 27 juin, à l’initiative du maire de la ville et ancien ministre de son quinquennat, Stéphane Le Foll. L’ex-chef de l’Etat va y côtoyer Raphaël Glucksmann, lancé à l’assaut de l’Elysée sans le formuler officiellement pour le moment. Troisième invité, Bernard Cazeneuve est lui aussi intéressé par l’idée de briguer l’investiture suprême, pour compléter un programme aux airs de tour de chauffe pour la présidentielle.

François Hollande n’a pas affirmé, lui non plus, qu’il était candidat pour 2027. Mais il a fait savoir qu’il se « préparait », comme il l’a confié à Marianne(Nouvelle fenêtre) mi-avril. Les spéculations ont alors repris : le Corrézien serait-il de nouveau sur la ligne de départ ? Une décennie et demie après avoir accédé à l’Elysée, il semble encore y croire, comme s’il existait un petit trou de souris qui puisse faire de lui à la fois le prédécesseur et le successeur d’Emmanuel Macron, qui fut son secrétaire général adjoint de 2012 à 2014 et son ministre de l’Economie de 2014 à 2016. « Ce n’est pas un trou de souris, c’est un trou de fourmi », recadre en riant l’un de ses amis, qui croit malgré tout à la bonne étoile de cette « bête politique ».

« François Hollande, il est au bord du marigot qui se remplit de candidats. Il connaît le job et le pays sur le bout des doigts. »

Un cadre du PS, soutien de François Hollande

à franceinfo

La tentation est là, la prudence aussi. « Il faut prendre le temps de se préparer. L’élection présidentielle, je sais par expérience ce que c’est, ce n’est pas une improvisation ou un concours, où on vient se présenter au dernier moment. (…) Être candidat, c’est décider, à un moment, de pouvoir être président. Je ne suis pas encore prêt, je serai prêt le moment où je me déclarerai », a précisé François Hollande dans le podcast du journaliste Jean-Jacques Bourdin(Nouvelle fenêtre), fin mai.

« Une ruche » autour de lui

Celui qui est redevenu député de Corrèze en 2024, sous la bannière du Nouveau Front populaire, a même fixé un horizon pour savoir s’il serait ou non candidat à la prochaine élection présidentielle. « Le mois de décembre est le mois de la candidature », a-t-il expliqué au micro de l’ancien animateur de RMC, en listant les qualités qu’il aurait pour retrouver cette fonction : « J’ai un rapport rationnel au pouvoir, pas un rapport obsessionnel (…) Il faut être un président grave, un président lourd, capable de parler fort à ces dirigeants du monde. »

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A la rentrée, il y aura un livre, Il est minuit moins le quart. Mais l’ancien président de la République n’attend pas la sortie en librairies de son 17e ouvrage, le neuvième depuis son départ de l’Elysée, pour accélérer sa préparation. « Il bouge beaucoup, c’est une force de la nature, il est en pleine forme. Je peux vous dire qu’il travaille ! », appuie le cadre socialiste cité plus haut. Une association de financement a par exemple été lancée au printemps, pour lever des fonds.

Dans ses bureaux parisiens, à deux pas de la place de la Concorde, François Hollande consulte énormément. « Des gens s’occupent de sa stratégie, d’autres de sa communication, d’autres du programme… », énumère un autre ami, qui parle d’un fonctionnement « en étoile » autour de l’ex-président de la République. « Au 242 rue de Rivoli, c’est une ruche », confirme Wilfrid Pailhès, conseiller municipal de Bourg-lès-Valence (Drôme) et très proche du socialiste.

« Beaucoup de gens viennent le voir, mais à part lui, personne ne sait qui le voit dans sa totalité, c’est assez cloisonné. »

Wilfrid Pailhès, proche de François Hollande

à franceinfo

A l’Assemblée nationale, l’activité autour de l’ancien chef de l’Etat se perçoit jusque dans les rangs des autres groupes. « François Hollande, c’est la reine des abeilles : officiellement, les députés socialistes ne sont pas tous avec lui, mais tout le monde lui fait de la lèche », ose un cadre du Rassemblement national.

« Contrairement à Laurent Wauquiez qui ne peut pas s’empêcher de se pavaner, François Hollande reste en retrait, mais il manœuvre en coulisses. Il est très fort. »

Un cadre du Rassemblement national

à franceinfo

Une popularité retrouvée au sein du groupe PS, mais aussi dans l’opinion publique ? Dans le baromètre Ifop-Paris Match(Nouvelle fenêtre) des personnalités politiques pour le mois de juin, François Hollande arrive en huitième position, avec 44% de bonnes opinions de la part des sondés, devant Raphaël Glucksmann (39%, 25e) et Jean-Luc Mélenchon (34%, 37e).

Le socialiste est également testé dans les sondages portant sur la présidentielle, à prendre avec des précautions à dix mois du scrutin. Dans la dernière enquête d’Ipsos(Nouvelle fenêtre), fin mai, il oscille entre 7% et 8% d’intentions de vote, selon les différentes configurations du premier tour. Insuffisant pour se qualifier au second tour, si les chiffres en restent là, mais l’ancien patron du PS le répète : la cristallisation, à savoir le moment où l’électorat choisit son candidat pour la présidentielle, intervient véritablement à partir du mois de janvier.

« De lourds handicaps qu’on ne voit pas encore »

Pour certains à gauche, en revanche, il lui est impossible de prétendre à l’Elysée, après son renoncement à briguer un second mandat en 2017. C’était le 1er décembre 2016, et l’image de cette allocution aux allures d’abdication n’a jamais quitté les esprits de gauche, près de dix ans plus tard. « Dans quel univers vivent ces gens ? On en a marre d’avoir les mêmes figures du PS depuis des décennies, des gens qui n’ont pas été en mesure de se représenter », cingle une figure du Nouveau Front populaire.

La lecture des soutiens de François Hollande est bien différente. « Il pense qu’il ne s’est pas présenté, donc qu’il n’a pas été battu », relate l’un d’eux. « Il a montré qu’il n’était pas accroché au pouvoir, qu’il savait passer son tour, et c’est ce qu’il a fait. Il ne s’est pas acharné au pouvoir, il a su céder la place », salue son ancien conseiller en communication à l’Elysée, Gaspard Gantzer, qui le voit « aussi souvent que possible » car « c’est le meilleur à gauche ».

« Il ferait un excellent président de la République dans le moment que connaîtra la France l’année prochaine. Ce n’était sans doute pas le cas en 2017 et en 2022, mais ça pourrait être le cas en 2027. »

Gaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande

à franceinfo

Laudateurs, les proches de François Hollande n’en restent pas moins prudents sur les chances de celui qui avait profité de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, en mai 2011, pour pleinement entrer dans la course à la présidentielle. « Je pense qu’il a de lourds handicaps qu’on ne voit pas encore parce qu’il n’est pas encore en campagne », alerte l’un de ses anciens ministres, rallié à Emmanuel Macron comme tant d’autres à partir de 2017. « Notre marque de fabrique a été très abîmée lors du quinquennat Hollande », tacle une membre du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Surtout, que proposerait l’ancien chef de l’Etat pour tenter de revenir à l’Elysée ? « Il y a le préjugé qu’il ne propose rien de nouveau. Toute la difficulté, c’est d’être novateur et rassurant à la fois », mesure l’un de ses amis. « Je lui ai dit qu’il fallait qu’il parle à ceux qui ont voté pour lui en 2012, des gens qui ne votent plus pour le PS, raconte un de ses interlocuteurs réguliers. Sa seule chance, c’est qu’il soit offensif, qu’il donne envie, qu’il propose un truc… Par défaut, on ne vote pas pour quelqu’un comme lui. »

« Il ne fait que ça, se lancer, se préparer… Le problème, c’est qu’est-ce qu’il a à proposer ? Là, il est en mode gourmandise. C’est agréable et c’est sympa, mais tu n’existes pas ! »

Un interlocuteur régulier de François Hollande

à franceinfo

François Hollande doit dessiner les contours de son projet à la rentrée. « On est un petit groupe à travailler pour lui rendre une première copie de dix propositions pour la France, dans tous les domaines. Le rendu de la copie est fixé au 1er septembre », précise Wilfrid Pailhès. « L’idée est d’avoir un projet 2027 totalement nouveau, car il ne faut pas faire du Hollande 2012. »

« Il faut un méchant, et Hollande est un tueur »

En attendant, tout le monde regarde cette possible candidature comme une épine dans le pied de Raphaël Glucksmann, qui a dit qu’il annoncerait ou non sa candidature à la fin de l’été. « Pour l’instant, Raphaël Glucksmann n’imprime pas dans l’opinion, et il n’est pas équipé pour aller à la guerre », fustige-t-on dans les rangs des hollandais. « François Hollande est extrêmement malin, c’est l’un de ceux qui ont la meilleure stratégie à gauche. Il n’apparaît pas, mais il est présent, il laisse Raphaël Glucksmann se crasher », analyse une députée écologiste.

L’activité de l’ancien chef de l’Etat perturbe aussi les desseins d’autres responsables. A en croire cette députée écologiste, le retour de François Hollande « tue » Olivier Faure, le patron du Parti socialiste. « Il a tué la gauche après son premier quinquennat, et maintenant il tue l’espoir de la gauche de s’unir », regrette l’élue. Le premier secrétaire du parti à la rose tente ainsi de faire adopter son principe de double primaire(Nouvelle fenêtre) en vue de l’élection présidentielle : la première dans le périmètre du PS et la seconde avec le reste de la gauche non mélenchoniste.

Pour l’heure, François Hollande n’a pas l’air inquiet des soubresauts de ce processus au devenir très incertain. Il continue ses déambulations à travers le pays, au Mans comme au Salon du livre de Toul (Meurthe-et-Moselle) ou à la Fête de la musique, à Paris.

Il a aussi été aperçu en humoriste d’un soir dans le programme satirique Dans la sauce, sur Netflix, en piquant les Bleus champions du monde en 1998 et 2018 de blagues corrosives. Avec, comme souvent, une allusion à sa propre situation : « Certains d’entre vous sont encore candidats pour 2026. Alors, il faut du panache pour revenir huit ans après pour être candidat ! » « Il est drôle, mais il est méchant », nuance une figure de la gauche, hostile à l’ancien chef de l’Etat. « Il faut un méchant, et Hollande est un tueur », conclut l’un de ses soutiens, sourire en coin.

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