Regain (1937) : le chef-d’œuvre de Pagnol ou le sacre de la terre retrouvée

Adapté du roman de Jean Giono, ce chef-d’œuvre du cinéma français met en scène le quotidien rude de la Provence rurale et met en vedette l’acteur Fernandel.

À l’heure où notre époque subit une déconnexion croissante avec ses racines et où nos campagnes font face à de nouveaux défis existentiels, il est salutaire de replonger dans les trésors de notre patrimoine cinématographique. Sorti en 1937, Regain, réalisé par Marcel Pagnol d’après l’œuvre magistrale de Jean Giono, n’est pas seulement un classique du cinéma provençal : c’est une ode vibrante à l’enracinement, à la transmission et à la renaissance de la souveraineté paysanne.

Lien de visionnage en ligne ici

Coupure presse TV ici

Article 1  sur Giono ici                    Article 2 sur Giono ici                           Article sur Giono 3 ici

L’histoire : mourir ou renaître au cœur de la Haute-Provence

Le décor est posé à Aubignane, un petit village perché de Haute-Provence qui se meurt. Les maisons s’écroulent, les puits se tarissent, et la jeunesse a fui vers la ville. Il ne reste plus que trois habitants : la vieille Mamèche, le vieux forgeron Gaubert (interprété avec une infinie tendresse par Édouard Delmont) qui finit par partir rejoindre son fils, et Panturle (colossal Gabriel Gabrio).

Panturle est un homme des bois, farouche, solitaire, dernier gardien de ce morceau de France rocheux. Mais un homme seul ne peut pas faire revivre un village. C’est là que la providence intervient sous les traits d’Arsule (Orane Demazis), une femme brisée par la vie qui voyage avec Urbain la Pipe, un rémouleur un peu lâche mais profondément humain, incarné par un Fernandel à contre-emploi, magistral de sobriété et de vérité dramatique.

De la rencontre entre cet homme de la terre et cette femme errante va naître le miracle : le « regain », ce renouveau de l’herbe après la fauche, la renaissance de la vie.

Le refus du déracinement

Contrairement aux fables larmoyantes ou au misérabilisme urbain de l’époque, Pagnol et Giono célèbrent le travail de la terre non comme un esclavage, mais comme une libération. Quand Panturle enfonce sa charrue dans le sol d’Aubignane, ce n’est pas de la simple agriculture : c’est un acte de reconquête territoriale et spirituelle. Le blé qu’il fait pousser est le symbole universel de la subsistance, de l’autonomie et de la fierté d’un peuple.

Le film dresse un constat prophétique sur l’exode rural. Quitter sa terre pour la ville, c’est perdre son âme et sa liberté. Regain nous montre que la véritable résistance face au déclin réside dans le courage de rester, de restaurer ce que les anciens ont bâti et de refuser la fatalité de la désertification.

Le village ne renaît pas par des décrets administratifs ou des aides extérieures, mais par la cellule familiale. C’est l’amour pudique entre Panturle et Arsule, puis l’annonce d’un enfant à naître dans la dernière scène, qui redonnent un avenir à Aubignane. Sans transmission biologique et culturelle, les pierres restent mortes.

Une réalisation au plus près du réel

Tourné en grande partie en extérieurs dans les paysages grandioses du pays de Manosque, Regain frappe par son authenticité. Pagnol capte le vent, la poussière, le bruit du grain que l’on vante et la sueur des fronts.

La musique d’Arthur Honegger vient magnifier la dureté et la beauté de cette nature souveraine. Les dialogues de Pagnol, s’ils conservent cette verve locale que l’on aime tant, abandonnent ici l’opérette pour atteindre une dimension quasi biblique ou homérique. Chaque mot pèse le poids du bon sens paysan.

Extrait : 

 299 total views,  297 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


1 Commentaire

  1. Bonjour Jules, J’aime beaucoup la musique d’A. Honnegger, mais beaucoup moins pagnol! Ces films sont toujours gonflé d’orgueil régional, de patriarcat misogyne et de morale à deux sous. Mais si on arrive à occulter tout cela un instant, il est vrai que l’on passe souvent un bon moment, quelque soit le film. Autre reproche, la famille Pagnol qui exploite le filon à fond ! Les films ont été restauré grâce à nos impôts, mais la famille garde l’exclusivité des ventes! De vrais escrocs ! Résultat 30 euro le bluray présenté sur l’illustration de l’article, alors je boycotte ! Qu’ils se le mettent dans la fente de leurs mange disques. Bonne journée