Le prétexte pour mon étude sur l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), ex-DDASS nommée encore avant Assistance Publique, a été la mort du jeune Louis qui justement était placé dans l’un de ces foyers.
Sincèrement en me penchant sur ce sujet, je ne pensais pas faire de pareilles découvertes et je ne cache pas ma stupéfaction et mon dégoût. Pour le dire en une seule phrase, c’est un sujet qui est un authentique scandale d’État. Devant de pareils faits, il n’est pas possible que des responsables ne soient pas identifiés, que des procédures disciplinaires et des procès n’aient pas lieu et que des têtes ne tombent. Oui, il faut qu’il y ait des sanctions exemplaires afin de bien faire passer le message : avoir laissé la situation devenir ce qu’elle est dans ces foyers et dans certaines familles est juste inacceptable et les responsables doivent être durement châtiés pour tout le mal qu’ils ont fait à tant de gamins en laissant la situation devenir ce qu’elle est.
Première question : qui est responsable de ces foyers ? Auparavant c’était l’État, mais avec la décentralisation, c’est maintenant les départements. Donc dans chaque département, LE responsable c’est le président du département. Bien sûr le directeur de chaque foyer et les éducateurs et tous les personnels qui y travaillent ont une part de responsabilité, mais LE responsable c’est le président du département.
Seconde question : Quel est le budget – réparti par département – dont disposent globalement au plan national ces foyers ? Tenez-vous bien, il est de… 10 milliards d’€ (9,7 milliards pour être précis), c’est à dire presque le budget de la justice (12 milliards en 2025). Donc une somme colossale. Impossible dans ces conditions de prétexter, comme le font les juges actuellement pour l’affaire Lyhanna, qu’ils n’ont pas assez de moyens et que c’est pour cela que l’affaire du viol de cette fillette a été si mal gérée et a conduit en plus à sa mort.
Troisième question : Comment fonctionne ce système qui prend en charge les enfants maltraités, en danger ou abandonnés ? Ils sont confiés à un département qui les place dans un foyer ou dans des familles d’accueil. Ces familles d’accueil sont payées 150€ par jour et par enfant. Évidemment des éducateurs, des psychologues, des puéricultrices, etc. encadrent ces gamins. Le tout sous la surveillance d’un juge des enfants, chargé de suivre X dossiers relevant de son territoire.
Quatrième question : Combien de jeunes sont concernés pas l’ASE ? Il y a 400.000 enfants de moins de 15 ans sous la « protection » de l’ASE, dont environ 250.000 sont des enfants placés. C’est aussi au sein des ASE que sont placés les fameux MNA (mineurs non accompagnés) dont certains sont autant mineurs que je suis évêque. En 2024, il y en avait 46.803.
Cinquième question : Que constate-t-on dans ces foyers ? Lorsqu’on s’intéresse à ce qui se passe dans ces foyers on découvre l’horreur, et ce n’est pas un mot exagéré, juste pour dramatiser mon propos. Non, c’est l’horreur absolue dans ces foyers.
Claude Ardid a parcouru la France pour enquêter sur les graves dysfonctionnements de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), à la suite que quoi, il a publié un livre « La fabrique du malheur ». Le constat qu’il dresse est accablant : suicides d’adolescents, prostitution de mineurs dans les foyers, placements impossibles faute de structures adaptées, violences et abus sexuels au sein de certaines familles d’accueil, mineurs non accompagnés livrés à eux-mêmes…
Cette machine, qui brasse quasiment 10 milliards d’euros par an gérés par les conseils départementaux est devenue une usine à fabriquer du malheur. Lorsque Claude Ardid a souhaité rencontrer les présidents des départements dans lesquels il a enquêté, toutes les portes se sont fermées. Selon lui, la classe politique se fout complètement de l’ASE dans les départements et d’ailleurs au plan national il n’y a pas de ministère de l’Enfance. Seulement un haut commissariat qui montre bien le désintérêt complet pour la question de l’enfance, tout spécialement celle en souffrance, abandonnée ou maltraitée. C’est tellement vrai que devant le tollé provoqué par certains faits, le 28 avril 2026, le garde des Sceaux – Gérald Darmanin – a demandé à chaque préfet d’effectuer avant la fin du mois de juin, un recensement de l’ensemble des structures existantes sur son ressort, en lien avec les juges des enfants et les services de l’ASE.
Sixième question : peut-on prendre un exemple de dysfonctionnement grave ? Oui, parlons de la prostitution des mineurs. C’est l’avocat Michel Amas (du barreau de Marseille) qui a expliqué la chose au Figaro le 31 mai 2025. Il prend l’exemple d’une mère qui fait une dépression. Le mari n’est pas très présent donc ses deux fillettes sont placées à l’ASE. La mère et le mari ont un droit de visite restreint (une fois par mois pendant 45 minutes). Au bout de 2 ou 3 mois, la mère apprend par les services sociaux que sa fille de 13 ans a du sexe. Elle a des rapports sexuels avec plein de gens dans le foyer. L’avocat alerte le magistrat en charge du suivi… pas de réponse. Un peu plus tard, la mère apprend par les services sociaux qu’elle est toxico. Nouvelle lettre de l’avocat au magistrat… pas de réponse. Ensuite, l’enfant fugue pendant plusieurs mois. Personne ne sait où elle est. Au bout de plusieurs mois, la gamine appelle sa mère et lui dit qu’elle est dans un réseau de prostitution à Toulon, alors qu’elle est originaire d’Évry (donc à l’autre bout de la France). Elle dit à sa mère « au secours, viens me chercher ». La mère appelle l’avocat qui contacte la police. Les services de police arrivent à récupérer la gamine en géolocalisant son téléphone. Elle revient à Évry. Mais au bout de quelques semaines, le mac qui l’utilisait la récupère à Évry et la ramène à Toulon. La gamine est à nouveau récupérée. L’avocat saisit à nouveau le magistrat et demande une nouvelle fois une audience. Toujours pas d’audience. Et cet avocat de conclure que pour ce magistrat ce n’est pas de l’absence de travail, c’est du mépris. Quand le père a appris que sa gosse se prostituait, il s’est pendu.
Selon cet avocat, il y a environ 20.000 enfants qui se prostituent. Pour lui les principaux lieux de prostitution de ces enfants sont principalement situés dans la couronne autour de Paris et à Marseille. Et 80 % des foyers sont proches des cités et quartiers, là où l’on trouve quantité de racailles. Par exemple proche des quartiers nord à Marseille. Et donc, les petits macs viennent au foyer y faire leur marché. Comment font-ils pour attraper les gamins ? Avec la toxicomanie. Les gamins se retrouvent très rapidement consommateurs de cocaïne. Certains sont même au crack ! Et pour payer leurs doses, ils se prostituent. Et l’avocat de citer l’exemple du lieu à Marseille nommé le « peps ». Un foyer, si l’on ose dire, où il n’y a aucun meuble. Seulement des lits, des lavabos et des toilettes. Avec un gardien. Tout le monde sait qu’un enfant placé là, en bordure des cités et dans ces conditions, va très vite basculer dans la drogue et la prostitution. Et c’est effectivement le cas.
Citant un autre exemple, l’avocat indique que plaidant à Rennes, il alerte sur le cas d’un enfant qui se prostitue. Bien sûr les services sociaux disent que c’est faux. L’avocat fait alors des recherches et trouve en 3 jours sur le dark web la gamine et les tarifs pour avoir des relations sexuelles avec elle.
Au final, certains enfants sont sauvés de cet enfer mais dans la quasi-totalité des cas, ils sont brisés et ont un mal fou à s’intégrer et avoir une vie sociale normale. Et ce qui est terrible, c’est qu’alors qu’on a une multitude d’exemples prouvant la gravité du problème, l’État ne fait rien.
Il n’y a aucune réponse globale de l’État au problème de ces 20.000 enfants obligés de se prostituer. Reste une question terrible que cet avocat pose : « Qui sont les clients ? Qui consomme une gamine ou un gamin de 11 ans ? Ce n’est pas de la prostitution, c’est de la pédophilie ! ». Mais le pire a été la réponse du procureur de Marseille qui interrogé sur ces éléments, a répondu « on sait tout cela, mais pour intervenir on attend que le gamin fasse une bêtise ». Donc qu’il soit dans une terrible galère, toxicomane et obligé de se prostituer cela ne suffit pas pour intervenir. Il faut attendre que le gosse commette un acte délictueux. On croit rêver. C’est de la folie.
C’est cela le milieu dans lequel vivait le pauvre Louis assassiné dans des conditions horribles. Et comme pour Lyhanna, c’est à qui ne sera pas responsable. Pourtant, juste un point : est-ce normal que le foyer de l’ASE où il était laisse sortir les mineurs la nuit à près de minuit ?
L’ASE, ses foyers et ce qui s’y passe, ainsi que le calvaire que vivent tant de jeunes qui y sont placés, est un scandale monstrueux. Malheureusement, il n’y a pas que les foyers qui posent problème. Certaines familles d’accueil sont également des lieux où les gosses placés connaissent l’enfer. Le récent procès de Châteauroux (2024 et 2025 en appel) est là pour le rappeler. Ce procès concernait l’ASE du Nord qui de 2010 à 2017 a placé plus de 60 enfants dans des familles qui n’avaient pas l’agrément et étaient en fait un réseau dont le but était de gagner de l’argent (150€ par jour et par enfant). Par ailleurs de nombreux enfants étaient traités de manière ignoble, mal logés et subissant des abus sexuels ou des obligations de travail au noir. Les auteurs de ces délits ont été condamnés mais pas l’ASE du Nord qui pourtant était responsable des gamins placés.
Enfin, dernier point, normalement les services de l’État devraient exercer des contrôles supposés empêcher ces dérives. Il faut savoir qu’à ce jour, les ASE qui accueillent de si nombreux gamins ne sont contrôlées par leurs services départementaux respectifs qu’une fois tous les 5 ans ! Comment voulez-vous empêcher les dérives dans ces conditions ?
Le dossier des ASE est vraiment le dossier de la honte. Ceux qui ont laissé se développer un pareil système en connaissant sa réalité et qui ont choisi de regarder ailleurs doivent payer pour cela. Si la France était un pays digne de ce nom, ces personnes devraient se voir retirer toute possibilité d’avoir une fonction élective doublée d’une interdiction de toute fonction rémunérée ou pas en relation avec les enfants.
Bernard GERMAIN
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bonjour tout le monde…
Magnifique merci à toi