Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue chargée de recherches au CNRS et Présidente du CERIF ( Centre d’études, de recherches et d’information sur le frérisme) nous affirme dans cette rubrique du Figaro que le gouvernement se trompe lorsqu’ il ne prête aucune intention politique aux émeutiers et nous rappelle que dans les banlieues le système de normes promu par les islamistes encourage de tels agissements.
« Pour certains émeutiers, piller des « mécréants » ou des « colons » fait partie de leurs normes culturelles ».
Juvénal
Florence Bergeaud-Blackler. Piller des mécréants fait partie des normes culturelles de certains émeutiers.
(Invité de France Inter ce lundi 19 octobre 2026, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu avoir « perdu le contrôle dans certaines grandes villes » et admis « en partie un manque d’anticipation sur les forces disponibles ».)
Pourquoi les autorités se sont-elles laissées déborder ?
Je crois qu’elles ont sous-estimé une composante de la mobilisation. Elles ont certes bien identifié les black blocs, cette ultra-gauche alliée de La France insoumise, mais pas cette population que l’on n’ose nommer autrement que par les termes méprisants de « racaille » ou de « voyous », par peur d’être taxé de racisme et d’islamophobie.
Le mépris tient lieu d’analyse. Or, si l’on ne nomme pas cette population, on ne peut pas comprendre ses motivations ni évaluer sa capacité de mobilisation, ses méthodes et les dangers encourus.
Qui sont les protagonistes de ces manifestations, qui constituent au départ un mouvement social ?
Des lycéens et des gens qui travaillent, mais n’arrivent plus à vivre de leur salaire. Ce mouvement social a été utilisé de façon opportuniste par un parti en campagne présidentielle. LFI est un parti d’extrême gauche révolutionnaire qui entretient, d’un côté, des liens avec l’ultragauche violente, black blocs, anarchistes et antifas aux méthodes violentes, et, de l’autre, « des relations avec la mouvance des Frères musulmans » (1), y compris du Hamas. Il veut conserver le vote musulman, car selon l’Ifop, « 69 % des électeurs musulmans ont voté Jean-Luc Mélenchon » au premier tour de la présidentielle de 2022.
Sans ce vote, LFI a peu de chances de gagner une élection.
Une lecture domine dans les médias.
Celle de Jérôme Fourquet, qui propose d’excellentes analyses. Dans Le Parisien du 19 octobre, il explique que pour les casseurs, « la rue devient un gigantesque défouloir pulsionnel, où la rage s’exprime, mais de façon festive et ludique.On vient chercher l’adrénaline, le grand frisson et la manifestation de sa toute-puissance, le tout pour un risque minime ».
En somme une horde insouciante et violente de « racailles » et de « barbares » ?
Je conteste cette interprétation qui refuse à ces « hordes » une conscience politique. Quand on travaille, comme moi, en anthropologue sur ces questions, on ne peut pas ignorer ce que ces jeunes font et disent. Selon l’Ifop (novembre 2025), « 57 % des jeunes musulmans placent la charia au-dessus des lois de la République ».
Je ne pense pas que ces jeunes vivent dans des hordes anomiques qui les pousseraient à voler et à piller.
« Mais je crois plutôt qu’ils se donnent le « droit » de piller parce que, dans leur système de normes, il n’est pas si grave de s’en prendre à des « mécréants » ou à des « colons ».
Pour qui écoute les prédicateurs, pour qui a enquêté pendant des décennies auprès de ces populations et en a rendu compte dans des livres, ces dimensions culturelles, religieuses et symboliques sont essentielles : elles structurent leur pensée. Ce n’est pas parce qu’elles nous échappent, ou qu’on ne les comprend pas, qu’elles n’existent pas.
Venons-en aux symboles mobilisés.
-Le premier est le drapeau palestinien, agité constamment dans les manifestations depuis le 7 octobre 2023, date d’un massacre perpétré contre des Israéliens par le Hamas, une branche palestinienne des Frères musulmans.
Ce massacre a été suivi, dès le soir du 7 Octobre, d’immenses mobilisations pro-palestiniennes et pro-Hamas sur tous les continents.
LFI présente les Palestiniens à son public de gauche comme des victimes du capitalisme (Israël en étant l’incarnation imaginaire), et aux musulmans comme la preuve d’une islamophobie structurelle de l’Occident, qui haïrait les musulmans. Mais, plus encore, c’est maintenant la cause palestinienne qui justifie le renversement des pouvoirs par la gauche radicale au nom de la solidarité entre les peuples.
Dans une vidéo publiée le 14 octobre 2026, Louis Boyard présentait le drapeau palestinien comme « le symbole des opprimés, le symbole de l’injustice ».
Il rapportait les mots d’un militant de Cisjordanie : « Si jamais (vos) peuples parviennent à renverser leur gouvernement, alors ils seront un bon point d’appui pour que les Palestiniens puissent libérer la Palestine. »
Renverser les gouvernements européens pour libérer la Palestine : LFI légitime son propre combat politique par le palestinisme.
Les appels à l’« Intifada » que « le prédicateur frériste Elias d’Imzalène » a lancés le 8 septembre 2024, place de la Nation à Paris, lors d’une manifestation organisée par Urgence Palestine, font écho à des appels similaires dans le monde. Ils renvoient aux révoltes palestiniennes contre »l’occupation » israélienne, dont la première a commencé en 1987. On l’appelle aussi « guerre des pierres » ; c’est un modèle pour ceux qui lancent des pavés aujourd’hui. La différence avec Mai 68, c’est le sacrifice de jeunes mineurs et l’intention de faire mal, voire de tuer.
« Depuis trois générations, les jeunes musulmans sont abreuvés par les mosquées et les médias des pays d’origine d’images d’enfants palestiniens morts, présentées comme des illustrations de l’injustice envers les musulmans, tandis que le 11 Septembre et le 7 Octobre sont dépeints comme des complots juifs« .
Quand ils frappent les policiers et pillent les richesses de l’Occident, les jeunes se vivent aussi en justiciers, ils peuvent éventuellement s’identifier aux razzias perpétrées par le prophète de l’islam (Mahomet, le beau modèle -J.d.L.), rapportées dans une sourate du Coran. « Ils sont hors la loi mais pas dans le droit musulman, du moins tel qu’ils le conçoivent ».
-Le second symbole est la date du 17 octobre.
LFI a choisi cette date pour instrumentaliser à la fois la population algérienne et la gauche décoloniale.
Le 17 octobre 1961, à Paris, la police du préfet Maurice Papon, ancien collaborateur de l’occupant nazi, réprimait violemment une manifestation d’Algériens organisée par le FLN, faisant des dizaines de morts.
Pour l’Algérie, ce massacre est le symbole de la répression coloniale.
« La chaîne qatarienne AJ+ a diffusé avant la journée du 17 des montages comparant la police de Papon à celle d’aujourd’hui, établissant ainsi un lien entre la répression des manifestations de la police et celle de Vichy ».
Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a publié sur Facebook une image titrée « Ici, on a noyé des Algériens » et relayé une affiche du FLN appelant à la « commémoration du carnage de la Seine de Paris ».
Lors de la commémoration du 17 octobre 2026, alors que les émeutes commençaient, on entonnait sur les rives de la Seine l’hymne algérien contenant cette phrase : « Ô France, voici venu le jour où tu devras rendre des comptes. »
Sur les réseaux sociaux, « pendant des semaines, des influenceurs ont annoncé que le 17 octobre sonnerait l’heure de la revanche » et certains ont même appelé à tuer.
Alors pourquoi les autorités ont-elles sous- estimé la situation ?
Parce qu’elles ne tiennent pas compte des symboles. Elles voient dans les émeutiers des « racailles » écervelées attirées par les richesses et ne leur prêtent aucune intention politique.
Pourtant, après Charlie Hebdo et la fureur provoquée par les caricatures de Mahomet, on devrait mieux comprendre l’importance des symboles et le fait que l’expression politique ne prend pas toujours la forme de manifestations encadrées par des partis et syndicats.
Casser et piller peuvent aussi être des actes politiques !
o source
(1)« Islamiser la planète : le projet des Frères musulmans » https://www.youtube.com/watch?v=5x8DsNlHnGI
Le Figaro du »21 octobre 2026
Juvénal de Lyon
Le Figaro du »21 octobre 2026
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