Il y a deux catégories d’OQTF en France. Celles qui ne servent à rien, et celles qui s’appliquent trop bien.
Catégorie 1: les OQTF de papier.
On les connaît. On les a vus dans les dossiers qui font la Une et qui glacent le sang. Des individus dangereux, multirécidivistes, parfois sortis de prison, sous OQTF depuis des mois, parfois des années. Ils sont censés avoir quitté le territoire. Dans les faits, ils traînent toujours. Et un jour, ils tuent. Philippine, Lola, et tant d’autres noms que la France n’oubliera pas. A chaque fois, le même communiqué: « l’auteur était sous OQTF ». A chaque fois, la même question : pourquoi était-il encore là?
Le taux d’exécution des OQTF tourne autour de 7 à 10%. C’est un secret de polichinelle. Sans laissez-passer consulaire, sans coopération du pays d’origine, sans place en CRA, l’OQTF devient une lettre de recommandation pour rester.
Catégorie 2 : les OQTF qui fonctionnent, et vite.
C’est l’exemple de Vassiriki.
21 ans, arrivé seul à 16 ans en France après une enfance marquée par la mort de sa mère en 2011, la rue à Abidjan, la violence familiale. Recueilli, il apprend le français, intègre le lycée agricole de Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine).
Résultat : CAP de jardinier-paysagiste, mention très Bien, meilleure note de la région à l’oral. Bac Pro en cours. Promesse de CDI chez iD Verde, dans un métier en tension où on manque de bras. Ses profs disent « un élève comme on en rencontre rarement ».
Et pourtant, OQTF. Recours rejetés. Départ volontaire avant le 24 novembre. Pour lui, la machine est parfaitement huilée. Pas de problème de laissez-passer, pas de problème de coopération. Là, l’administration sait faire.
Alors son lycée se bloque depuis le 5 octobre, voté à l’unanimité. Élèves, profs, parents. Course de soutien jusqu’à Rennes. Pétition à 15 000 signatures.
Le paradoxe est total et il est au coeur de la colère des Français : d’un côté, on est incapable d’expulser des profils dangereux qui n’ont rien à faire ici, de l’autre, on déploie une énergie folle pour expulser manu militari un gamin qui coche toutes les cases de l’intégration – langue, diplôme, travail, volonté.
Ce n’est pas un problème de sévérité. C’est un problème de bon sens.
Si l’OQTF doit servir à quelque chose, qu’elle serve d’abord à protéger. Et si l’intégration doit avoir un sens, qu’elle permette à ceux qui veulent travailler et qui sont attendus de rester.
Sinon, on continuera à avoir le pire des deux mondes : l’insécurité qui reste, et le courage qui s’en va.
Moi, je préfère avoir un Président noir comme l’était l’agrégé de lettres francophile Léopold Senghor plutôt qu’un pourri qui hait les Blancs (tous alcooliques si on l’écoute) comme Mélenchon…
Christine Tasin
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