
Les Misérables, sorti le mercredi 14 octobre 2026 : la grande déconstruction d’un monument littéraire
Il fallait s’y attendre. À l’instar de la récente vague d’adaptations à grand spectacle de notre patrimoine (Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo), le cinéma français contemporain s’est attaqué à l’un des plus majestueux sommets de notre littérature : Les Misérables de Victor Hugo. Portée par Vincent Lindon en Jean Valjean et Tahar Rahim en Javert, cette superproduction signée Fred Cavayé s’annonçait comme le succès de l’automne.
Le résultat ? Un désastre artistique, une coquille vide de trois heures qui sacrifie le souffle national et spirituel d’Hugo sur l’autel de la vitesse et des effets numériques.
L’avalanche de critiques : un « bof » général et une « catastrophe industrielle »
Sur le web et dans la presse spécialisée, la sentence est sans appel. De Télérama aux analystes du web, les critiques dénoncent un film plat, sans âme, étouffé par une esthétique numérique artificielle.
Une esthétique d’intelligence artificielle et de caméra virtuelle : Comme le déplore Télérama, le film souffre d’une réalisation lourde, noyée sous des teintes « marron-jaune passées au brou de noix » et des caméras virtuelles planant sur des décors entièrement générés par ordinateur. Les vidéastes spécialisés parlent ouvertement de « catastrophe industrielle », soulignant des plans si artificiels qu’on les croirait générés par IA, et des cadrages si maladroits que la production est réduite à forcer des zooms numériques en post-production.
Le sacrilège Gavroche et le saccage de la scène des barricades : C’est le point noir impardonnable de cette adaptation. En voulant caser tout le roman dans une cavalcade frénétique de trois heures, Fred Cavayé survole et maltraite les scènes emblématiques. La mort de Gavroche – pourtant l’une des plus belles, des plus poignantes et des plus immortelles pages de la littérature française – est littéralement bâclée. Privé du temps nécessaire à l’écran, le gamin de Paris n’a pas le temps d’exister et apparaît comme un personnage insignifiant et désagréable. Sa chute sur la barricade, filmée sans aucune vision ni âme, laisse le spectateur totalement de marbre.
Des personnages dénaturés : Vouloir transformer un drame moral, philosophique et chrétien en un vulgaire thriller d’action américain nuit gravement à la nuance du roman. Le Jean Valjean incarné par Vincent Lindon passe de jeune homme rageux à un vieillard monolithique, presque christique de façon caricaturale. La complexité des figures d’Hugo est effacée au profit d’un manichéisme hollywoodien simpliste.
La leçon des maîtres : Gabin et Ventura…
Face à ce calibrage moderne sans relief, le contraste avec nos grands chefs-d’œuvre historiques est saisissant.
1958 – La puissance de Jean Gabin (réalisé par Jean-Paul Le Chanois

Gabin n’avait pas besoin de caméras tournoyantes ni d’effets spéciaux pour imposer la stature de Jean Valjean. Massif, noble, profondément humain, il portait le poids de la rédemption avec une dignité souveraine. Face à un Bernard Blier glacial en Javert, la mise en scène laissait respirer la poésie du texte et rendait au peuple de Paris toute sa grandeur tragique. Partie 1 en ligne ici Partie 2 ici
« Les Misérables » avait déjà connu de nombreuses adaptations en France, en Italie ou aux USA. Celle de Raymond Bernard en 1933 apparaît insurpassable : réalisation magistrale, interprétation hors-pair (Harry Baur, Charles Vanel, Dullin et Moreno, Orane Demazis, Jean Servais), fidélité à l’œuvre grâce au découpage en trois parties. Jean-Paul Le Chanois relève le gant en 1957 pour une fresque en couleurs cette fois. Son film devait durer près de 5 heures mais les producteurs frileux imposèrent des coupes conséquentes : il reste deux parties d’une heure trente chacune. Les scènes de barricades dans la deuxième partie sont réussies, Serge Reggiani étant un excellent interprète d’Enjolras. Jean-Paul Briant, Décembre 2025
1982 – La pudeur de Lino Ventura (réalisé par Robert Hossein)

Amoureux du grand spectacle populaire et de la mémoire nationale, Robert Hossein avait su retranscrire le souffle épique du roman. Lino Ventura y prêtait sa force contenue et sa pudeur bouleversante, magnifiquement épaulé par un Jean Carmet monstrueux de vérité en Thénardier. Lien de visionnage en ligne ici
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