Il existe aujourd’hui une étrange maladie française. Elle ne porte pas de nom officiel. Elle ne figure dans aucun manuel de médecine. Elle n’a pas de traitement connu.
Elle consiste à regarder son propre pays avec méfiance, à considérer son histoire avec suspicion, sa culture avec embarras, ses traditions avec précaution et son identité avec culpabilité.
Être français, désormais, ne serait plus tout à fait une fierté.
Ce serait presque une faute qu’il faudrait apprendre à présenter avec modestie.
Attention : il ne s’agit évidemment pas de prétendre que la France aurait toujours été exemplaire. Aucun pays ne l’a été. La France a connu les guerres de religion, les persécutions, l’esclavage, la colonisation, les discriminations, Vichy et bien d’autres pages sombres. Les reconnaître n’est ni une honte ni une faiblesse. C’est simplement regarder l’histoire en face.
Mais regarder son histoire en face n’est pas la même chose que demander à une nation entière de s’en repentir indéfiniment.
C’est là que commence le problème.
Une nation n’est pas un accusé permanent
La France a une histoire. Elle est faite de gloires et de tragédies, de conquêtes et de défaites, de Lumières et d’obscurités.
Comme toutes les grandes nations.
Mais depuis quelques années s’est développée une curieuse manière de raconter cette histoire : on sélectionne prioritairement ce qui doit nous culpabiliser.
On ne raconte plus seulement ce que la France a fait.
On explique ce dont elle devrait avoir honte.
Et surtout, on finit par transmettre cette honte à ceux qui n’ont évidemment aucune responsabilité personnelle dans les événements du passé.
Un jeune Français né en 2005 n’a pas colonisé l’Algérie.
Un étudiant français de 20 ans n’a pas participé à la traite négrière.
Un instituteur de province n’est pas responsable des décisions prises par un gouvernement français il y a un siècle.
Pourquoi devrait-il pour autant considérer qu’il appartient à une nation dont il faudrait constamment s’excuser ?
L’histoire n’est pas un tribunal où les générations se succèdent sur le banc des accusés.
Elle est une transmission.
La République ne demande pas d’aimer ses défauts.
Il faut être précis.
Défendre la France ne signifie pas nier les crimes commis en son nom.
Défendre la France ne signifie pas considérer que tout ce qui vient d’elle est admirable.
Défendre la France signifie simplement refuser l’idée qu’une nation puisse être réduite à ses fautes.
La République française affirme quelque chose de beaucoup plus ambitieux : elle ne définit pas les citoyens selon leur origine ou leur religion.
Elle les considère comme égaux devant la loi.
La Constitution elle-même définit la France comme une République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » et garantit l’égalité des citoyens sans distinction de religion. Le Conseil d’État rappelle de son côté que la laïcité protège la liberté de conscience et que les convictions religieuses ne permettent pas de s’affranchir des règles communes.
Voilà précisément ce qui devrait nous rendre fiers. La France n’est pas parfaite.
Mais son modèle politique porte une idée extraordinairement forte : l’individu vaut d’abord comme citoyen. Pas comme membre d’une communauté. Pas comme descendant d’une origine. Pas comme représentant d’une religion. Comme citoyen.
Le piège de la repentance permanente
Il existe une différence fondamentale entre la mémoire et la repentance. La mémoire cherche à comprendre. La repentance cherche à expier. La mémoire appartient aux historiens. La repentance permanente finit par devenir une politique. Et une politique de repentance permanente produit fatalement une question : qui doit être coupable, et qui peut se présenter comme victime ?
C’est là que le débat devient dangereux.
Parce qu’une République universaliste ne peut pas fonctionner durablement sur une compétition des mémoires.
Si chaque groupe réclame la reconnaissance particulière de ses souffrances, si chaque génération est sommée de répondre des actes de ses ancêtres, si chacun doit être assigné à une histoire particulière en fonction de son origine, alors nous détruisons précisément ce que la République française avait construit : une communauté de citoyens.
La France n’a pas besoin de citoyens qui se regardent les uns les autres comme les héritiers de coupables ou de victimes.
Elle a besoin de citoyens qui se regardent comme des égaux.
Oui, le racisme existe. Et alors ?
Il faut également se garder d’une autre facilité : répondre à ceux qui défendent la France en affirmant que le racisme n’existerait pas.
Il existe.
Les chiffres officiels le démontrent.
La CNCDH vient de publier son rapport sur l’année 2025. Elle relève 9 737 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux recensés par le ministère de l’Intérieur, soit une hausse de 5 % en un an. Les faits antisémites restent à un niveau particulièrement inquiétant, tandis que les faits antimusulmans ont également fortement augmenté.
Il faut donc combattre le racisme.
Tous les racismes.
Sans exception.
Mais combattre le racisme ne signifie pas apprendre aux Français à détester leur propre pays.
C’est même exactement l’inverse.
Une société qui veut combattre le racisme doit rappeler que chaque citoyen possède les mêmes droits, quelle que soit son origine.
Et cette idée-là n’est pas une invention américaine, ni une importation récente.
Elle appartient à l’histoire politique française.
La France n’a pas à s’excuser d’être la France
Il est devenu difficile, dans certains milieux, de prononcer les mots « identité française » sans provoquer immédiatement une suspicion.
Comme si aimer la langue française était nécessairement suspect.
Comme si transmettre une histoire nationale était forcément réactionnaire.
Comme si admirer Victor Hugo, Molière, Camus, Renoir ou Brassens exigeait désormais une note de bas de page expliquant que la France avait aussi ses défauts.
Mais une civilisation n’est pas un dossier à charge.
Elle est un héritage.
Et un héritage n’est pas nécessairement parfait pour être précieux.
Nous avons reçu une langue.
Des paysages. Une littérature. Une musique. Une architecture. Une gastronomie. Une conception de l’État. Une tradition juridique. Une certaine idée de la liberté.Et surtout, une République qui proclame que les citoyens sont égaux devant la loi. Pourquoi faudrait-il avoir honte de tout cela ?
La vraie question
La question n’est donc pas de savoir si la Fr
Il existe aujourd’hui une étrange maladie française. Elle ne porte pas de nom officiel. Elle ne figure dans aucun manuel de médecine. Elle n’a pas de traitement connu.
Elle consiste à regarder son propre pays avec méfiance, à considérer son histoire avec suspicion, sa culture avec embarras, ses traditions avec précaution et son identité avec culpabilité.
Être français, désormais, ne serait plus tout à fait une fierté.
Ce serait presque une faute qu’il faudrait apprendre à présenter avec modestie.
Attention : il ne s’agit évidemment pas de prétendre que la France aurait toujours été exemplaire. Aucun pays ne l’a été. La France a connu les guerres de religion, les persécutions, l’esclavage, la colonisation, les discriminations, Vichy et bien d’autres pages sombres. Les reconnaître n’est ni une honte ni une faiblesse. C’est simplement regarder l’histoire en face.
Mais regarder son histoire en face n’est pas la même chose que demander à une nation entière de s’en repentir indéfiniment.
C’est là que commence le problème.
Une nation n’est pas un accusé permanent
La France a une histoire. Elle est faite de gloires et de tragédies, de conquêtes et de défaites, de Lumières et d’obscurités.
Comme toutes les grandes nations.
Mais depuis quelques années s’est développée une curieuse manière de raconter cette histoire : on sélectionne prioritairement ce qui doit nous culpabiliser.
On ne raconte plus seulement ce que la France a fait.
On explique ce dont elle devrait avoir honte.
Et surtout, on finit par transmettre cette honte à ceux qui n’ont évidemment aucune responsabilité personnelle dans les événements du passé.
Un jeune Français né en 2005 n’a pas colonisé l’Algérie.
Un étudiant français de 20 ans n’a pas participé à la traite négrière.
Un instituteur de province n’est pas responsable des décisions prises par un gouvernement français il y a un siècle.
Pourquoi devrait-il pour autant considérer qu’il appartient à une nation dont il faudrait constamment s’excuser ?
L’histoire n’est pas un tribunal où les générations se succèdent sur le banc des accusés.
Elle est une transmission.
La République ne demande pas d’aimer ses défauts.
Il faut être précis.
Défendre la France ne signifie pas nier les crimes commis en son nom.
Défendre la France ne signifie pas considérer que tout ce qui vient d’elle est admirable.
Défendre la France signifie simplement refuser l’idée qu’une nation puisse être réduite à ses fautes.
La République française affirme quelque chose de beaucoup plus ambitieux : elle ne définit pas les citoyens selon leur origine ou leur religion.
Elle les considère comme égaux devant la loi.
La Constitution elle-même définit la France comme une République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » et garantit l’égalité des citoyens sans distinction de religion. Le Conseil d’État rappelle de son côté que la laïcité protège la liberté de conscience et que les convictions religieuses ne permettent pas de s’affranchir des règles communes.
Voilà précisément ce qui devrait nous rendre fiers. La France n’est pas parfaite.
Mais son modèle politique porte une idée extraordinairement forte : l’individu vaut d’abord comme citoyen. Pas comme membre d’une communauté. Pas comme descendant d’une origine. Pas comme représentant d’une religion. Comme citoyen.
Le piège de la repentance permanente
Il existe une différence fondamentale entre la mémoire et la repentance. La mémoire cherche à comprendre. La repentance cherche à expier. La mémoire appartient aux historiens. La repentance permanente finit par devenir une politique. Et une politique de repentance permanente produit fatalement une question : qui doit être coupable, et qui peut se présenter comme victime ?
C’est là que le débat devient dangereux.
Parce qu’une République universaliste ne peut pas fonctionner durablement sur une compétition des mémoires.
Si chaque groupe réclame la reconnaissance particulière de ses souffrances, si chaque génération est sommée de répondre des actes de ses ancêtres, si chacun doit être assigné à une histoire particulière en fonction de son origine, alors nous détruisons précisément ce que la République française avait construit : une communauté de citoyens.
La France n’a pas besoin de citoyens qui se regardent les uns les autres comme les héritiers de coupables ou de victimes.
Elle a besoin de citoyens qui se regardent comme des égaux.
Oui, le racisme existe. Et alors ?
Il faut également se garder d’une autre facilité : répondre à ceux qui défendent la France en affirmant que le racisme n’existerait pas.
Il existe.
Les chiffres officiels le démontrent.
La CNCDH vient de publier son rapport sur l’année 2025. Elle relève 9 737 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux recensés par le ministère de l’Intérieur, soit une hausse de 5 % en un an. Les faits antisémites restent à un niveau particulièrement inquiétant, tandis que les faits antimusulmans ont également fortement augmenté.
Il faut donc combattre le racisme.
Tous les racismes.
Sans exception.
Mais combattre le racisme ne signifie pas apprendre aux Français à détester leur propre pays.
C’est même exactement l’inverse.
Une société qui veut combattre le racisme doit rappeler que chaque citoyen possède les mêmes droits, quelle que soit son origine.
Et cette idée-là n’est pas une invention américaine, ni une importation récente.
Elle appartient à l’histoire politique française.
La France n’a pas à s’excuser d’être la France
Il est devenu difficile, dans certains milieux, de prononcer les mots « identité française » sans provoquer immédiatement une suspicion.
Comme si aimer la langue française était nécessairement suspect.
Comme si transmettre une histoire nationale était forcément réactionnaire.
Comme si admirer Victor Hugo, Molière, Camus, Renoir ou Brassens exigeait désormais une note de bas de page expliquant que la France avait aussi ses défauts.
Mais une civilisation n’est pas un dossier à charge.
Elle est un héritage.
Et un héritage n’est pas nécessairement parfait pour être précieux.
Nous avons reçu une langue.
Des paysages. Une littérature. Une musique. Une architecture. Une gastronomie. Une conception de l’État. Une tradition juridique. Une certaine idée de la liberté.Et surtout, une République qui proclame que les citoyens sont égaux devant la loi. Pourquoi faudrait-il avoir honte de tout cela ?
La vraie question
La question n’est donc pas de savoir si la France doit reconnaître ses fautes.
Elle le doit.
La vraie question est de savoir si elle doit être condamnée à ne jamais pouvoir reconnaître ses mérites.
Parce qu’une nation qui ne transmet à ses enfants que ses fautes finit par leur transmettre une histoire mutilée.
Et une histoire mutilée produit une identité fragile.
Il faut enseigner l’esclavage.
Il faut enseigner la colonisation.
Il faut enseigner Vichy.
Il faut enseigner les persécutions.
Il faut enseigner les guerres et les crimes.
Mais il faut également enseigner la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’abolition de l’esclavage, la construction de la République, la laïcité, le suffrage universel, les combats pour les libertés, les écrivains, les scientifiques, les artistes, les soldats qui ont défendu le pays, les résistants qui ont refusé la défaite et tous ceux qui ont contribué à construire ce que nous sommes.
Ce n’est pas du nationalisme.
C’est de l’histoire.
Une dernière chose
Il existe une différence entre dire : « La France a commis des fautes. »
Et dire : « La France est une faute. »
La première phrase relève de l’histoire.
La seconde relève de l’idéologie.
Nous pouvons reconnaître toutes les pages noires de notre passé sans accepter que l’on transforme la France en coupable héréditaire.
Nous pouvons combattre le racisme sans renoncer à notre identité.
Nous pouvons respecter toutes les croyances sans renoncer à la laïcité.
Nous pouvons accueillir ceux qui deviennent français sans leur demander d’effacer leur histoire — mais sans demander non plus à la France d’effacer la sienne.
Et nous pouvons enfin transmettre à nos enfants autre chose que la culpabilité.
Une histoire.
Une langue.
Une République.
Un pays.
La France.
Une nation qui passe son temps à demander pardon finit par ne plus savoir ce qu’elle a le droit d’être.
Il serait peut-être temps de lui rappeler qu’elle a aussi le droit d’être fière.
Raphaël Delpard
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