Ils ont voté la mort de notre vie privée et de la démocratie


Chère lectrice, cher lecteur,

Le 9 juillet dernier, alors que la moitié de l’Europe avait les yeux rivés sur le match France-Maroc, plus personne ne regardait nos politiciens.

Et c’est peut-être bien ce qu’ils espéraient…

Car ce jour-là, le Parlement européen faisait passer en force une loi de surveillance de masse… qu’il avait pourtant rejetée trois mois plus tôt.

276 voix pour, et 314 contre… Mais adoptée quand même.

Oui, vous avez bien lu.

Après le covid, beaucoup ont pris conscience que notre système politique n’a de démocratique que son nom…

Et que l’État, avant de veiller sur son peuple, cherche surtout à le contrôler.

Si vous en doutiez encore, ce qu’il s’est passé ce mois de juillet risque de vous choquer.

Pendant que vous étiez en vacances à la plage ou devant le mondial de foot… le gouvernement en a profité pour passer en douce une série de mesures qui mettent fin à votre vie privée…

En moins de deux semaines, ils ont expédié cinq nouvelles lois polémiques dont vous n’avez peut-être pas entendu parler au journal de 20 heures.

Ce qui aurait provoqué un tollé il y a deux ans passe aujourd’hui dans un silence presque total, noyé sous les résultats sportifs et les départs en congés.

Une loi rejetée peut passer quand même
Le 9 juillet, pendant que la France retenait son souffle devant France-Maroc, le Parlement européen adoptait la loi dite « Chat Control ».

Cette loi, je vous en avais déjà parlé sur PureSanté. J’avais même lancé une pétition, qui avait été signée par plus de 30’000 personnes.

Officiellement, ce projet de loi défend une noble cause : il s’agit de surveiller et identifier la publication d’éventuels contenus pédopornographiques sur les réseaux et dans les communications en ligne…

Un logiciel pourra ainsi lire, copier, et transmettre aux autorités tout contenu (texte, vidéo, audio…) qui lui paraîtra suspect.

Vous comprenez bien que cela ouvre la porte à un contrôle massif et excessif de nos discussions privées.

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que cette loi avait déjà été rejetée.En mars dernier, les eurodéputés avaient dit non.

Alors le Conseil de l’Union l’a représenté, quasi identique, repeint en « nouveau règlement ». Puis, le 7 juillet, une procédure d’urgence a été dégainée. Et on a revoté.

Résultat du 9 juillet : 276 voix pour, 314 voix contre[1].

Oui, les opposants étaient plus nombreux que les partisans.

Et pourtant, le texte est adopté.

Pourquoi ?

Parce qu’en seconde lecture, pour rejeter une loi, il ne suffit pas d’être majoritaire : il faut réunir 361 voix.

Bref, on fait revoter jusqu’à obtenir le bon résultat, et si le « non » l’emporte sans être assez massif, il compte pour un « oui ».

C’est ça, notre démocratie européenne en 2026.

Même à l’intérieur du Parlement européen, ça a grincé. L’eurodéputé allemand Svenja Hahn a résumé la chose en deux mots : « une honte »[2].

Seul point positif, un amendement exclut de la loi, pour le moment, une surveillance de nos messageries chiffrées, comme WhatsApp ou Telegram.

Je dis « pour le moment », car l’affaire n’est pas terminée…

« Chat Control 2.0 » est déjà dans les tuyaux, avec des négociations prévues cet automne pour pouvoir scanner nos contenus échangés sur nos messageries privées[3].

Mais ce n’est pas tout.

Pour « protéger les enfants », on vous demande vos papiers
Le 21 juillet, au beau milieu des vacances, le Parlement adoptait l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans[4].

Le but est de les protéger des méfaits des réseaux sociaux.

Encore une fois, c’est une belle intention sur le papier… mais qui cache une nouvelle atteinte à notre vie privée.

Car pour empêcher un mineur de se connecter, les plateformes devront vérifier l’âge de tous ses utilisateurs…

Pour vous connecter, vous devrez donc présenter une pièce d’identité ou une carte bancaire.

Vous l’aurez compris, pour tenir les enfants à l’écart, on va demander à chacun d’entre nous de décliner son identité pour avoir le droit de s’exprimer en ligne.

Et cela pourrait bien être un moyen supplémentaire de mettre la pression sur l’opinion publique, en dissuadant de parler tous ceux qui oseraient critiquer nos autorités.

En Corée, le projet vire à la catastrophe…
Sur X, la journaliste citoyenne Amélie Ismaïli, a récemment alerté[5] sur ce risque d’auto-censure : le simple fait de savoir qu’il faudra décliner son identité pour s’exprimer suffirait à décourager de continuer de critiquer le pouvoir.

Et ce n’est pas une hypothèse en l’air.

Dès 2007, la Corée du Sud a testé l’identité réelle obligatoire sur internet avant nous.

Le résultat a été mesuré par une étude universitaire sur les forums en ligne : les chercheurs ont constaté une baisse nette et durable des commentaires, dès l’entrée en vigueur de la loi[6], évoquant son « effet dissuasif ».

Pire encore, des failles de sécurité ont aussi entraîné des fuites de données personnelles concernant des millions de Sud-Coréens sur les sites web soumis à l’obligation d’utiliser les noms réels[7].

En 2012, la Cour constitutionnelle sud-coréenne a d’ailleurs fini par reconnaître à l’unanimité que la loi violait la liberté d’expression. Selon les juges, celle-ci dissuadait les gens d’exprimer des positions dissidentes par crainte de sanctions[8].

Le pire, c’est que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs ne fonctionne pas : cela a été démontré en Australie, où plus de 85 % des moins de 16 ans utilisaient encore les réseaux sociaux trois mois après l’interdiction[9].

Bientôt, un label pour les « vrais » médias ?
Une fois qu’on sait qui vous êtes et ce que vous dites, il ne manque plus qu’une chose : décider qui a le droit d’être entendu.

En novembre dernier, Emmanuel Macron a évoqué son souhait d’un « label » pour les médias en ligne.

Volontaire, et géré par des professionnels, pas par l’État, nous promet-on.

Sauf que le Sénat, dans son propre rapport, dit tout haut ce que ce label produirait : ni plus ni moins qu’une hiérarchie entre les médias[10].

Non pas pour la qualité de ce qu’ils écrivent, mais faute de subventions et de visibilité sur Internet.

Et le rapport va plus loin. Il admet que le débat porte déjà sur le fait de conditionner les aides publiques à ce label, et qu’une partie des Français y verrait « une censure qui ne dit pas son nom ».

Cette phrase n’est pas de moi. Elle est écrite noir sur blanc dans le rapport officiel du Sénat.

Or une lettre comme celle que vous lisez en ce moment, libre, à contre-courant, financée par ses seuls lecteurs, est exactement le genre de voix qui se retrouverait du mauvais côté de ce label.

Pas interdite, juste… déréférencée, invisible dans les algorithmes.

Ce qui, aujourd’hui, revient pratiquement au même.

Voilà comment on éteint une voix sans jamais avoir à la censurer officiellement.

Et dans la rue, qui vous regarde ?
Le même jour, ce fameux 21 juillet, le Parlement adoptait également une autre loi : la loi RIPOST[11].

Officiellement, c’est un texte de bon sens contre les nuisances du quotidien : le protoxyde d’azote, les rodéos urbains, les rave-parties sauvages.

Difficile d’être contre, là encore.

Sauf que, glissé au milieu de ces mesures consensuelles, se cache tout autre chose.

RIPOST prolonge et généralise la vidéosurveillance algorithmique. Ces caméras « augmentées » qui, grâce à l’intelligence artificielle, analysent en temps réel vos déplacements et vos comportements.

Je suis sûr que vous avez déjà croisé l’une de ces caméras « intelligentes », sans trop savoir ce qu’elle enregistrait de vous.

Souvenez-vous : ces caméras avaient été autorisées à titre exceptionnel, juste pour les Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024.

C’était juste pour le temps des Jeux, nous disait-on…

L’expérimentation devait s’arrêter en mars 2025. On l’a prolongée jusqu’en 2027. Et cet été, sans débat, on l’a repoussée jusqu’en 2030, tout en l’étendant aux bâtiments publics, à leurs abords, aux gares et à la voie publique[12].

RIPOST muscle aussi la lecture automatisée des plaques d’immatriculation. Selon l’analyse qu’en fait La Quadrature du Net, la durée de conservation de vos plaques passerait de quinze jours à un an, avec une centralisation nationale et un accès des services de renseignement, capables d’y faire tourner des algorithmes pour repérer des « déplacements suspects »[13].

Vous allez voir votre mère le dimanche ? Vous vous rendez à une manifestation ou chez un médecin ?

Big Brother le saura.

Voilà où nous en sommes.

Vos messages, votre identité en ligne, vos déplacements… en plein mondial (et à moins d’un an des élections présidentielles), notre vie privée et notre liberté d’expression prennent un gros coup sur la tête.

Et je ne vous ai pas parlé de ce qu’ils ont encore voté, ce même 21 juillet. Cette fois, il ne s’agit plus de votre vie privée… mais de votre santé.

Un poison qu’on avait interdit, et qui revient
Ce 21 juillet était décidément chargé : le Parlement adoptait encore une autre loi : la loi dite « d’urgence agricole »[14].

Et là, on touche directement à votre assiette.

Rembobinons d’un an. En 2025, la loi Duplomb voulait réautoriser l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, interdit en France pour sa dangerosité.

À l’époque, le Conseil constitutionnel avait tranché : non.

Cette réautorisation était contraire à la Charte de l’environnement et au droit de vivre dans un environnement respectueux de la santé[15].

Le peuple, lui, avait dit non encore plus fort : la pétition contre cette loi a battu tous les records de l’histoire parlementaire française[16].

Vous croyez qu’ils en sont restés là ?

Un an plus tard, en plein été, ils remettent le couvert. Autre texte, même poison, à travers un mécanisme de dérogations qui rouvre la porte à ces pesticides.

Pourtant, le Conseil d’État lui-même, la plus haute juridiction administrative du pays, a prévenu noir sur blanc que l’usage de l’acétamipride présente « des incidences avérées pour l’environnement et des risques pour la santé humaine »[17].

Cet insecticide décimerait notamment les abeilles et les pollinisateurs, ceux-là mêmes dont dépend une bouchée sur trois de ce que nous mangeons.

Autrement dit, au nom de la « compétitivité », on s’apprête à réintroduire sous conditions dans vos champs, et donc dans votre corps, une substance que nos propres experts jugent dangereuse.

Retenez bien la logique. Une décision de justice vous protège. On la contourne par une nouvelle loi. Et on la fait voter quand vous avez la tête ailleurs.

C’est exactement, à la virgule près, ce qu’on a vu avec Chat Control.

Le Sénat dit non trois fois, on passe outre
Et si tout cela ne suffisait pas…

Quelques jours plus tôt, le 15 juillet, le jour du match Angleterre-Argentine, l’Assemblée nationale adoptait la loi polémique sur l’aide à mourir.

Je ne vais pas vous dire s’il faut être pour ou contre.

Ce que je veux vous montrer, c’est comment cette loi est passée.

Car sur un sujet aussi vertigineux, on serait en droit d’attendre un débat national et une réflexion apaisée.

Mais ce qui s’est passé est l’exact inverse.

Le Sénat a rejeté ce texte, une fois, deux fois, et même trois fois[18].

Alors le gouvernement a donné le dernier mot aux députés, qui l’ont adopté par 291 voix contre 241.

Une chambre du Parlement dit non, trois fois de suite… et on passe par-dessus.

Vous reconnaissez la méthode ? C’est la même que pour Chat Control ou la loi Duplomb. On revote, on contourne, jusqu’à obtenir le bon résultat.

Ne tombons pas dans le « piège » de l’été
En à peine 12 jours d’été, pendant que le pays vibrait pour un ballon ou se prélassait sur les plages, on a voté la surveillance de vos messages, le contrôle de votre identité en ligne, le fichage de vos déplacements, le retour d’un poison dans vos champs, et un bouleversement sur la fin de vie.

Avec comme dénominateur commun des méthodes très éloignées de l’idée qu’on peut se faire d’une démocratie : faire revoter jusqu’à obtenir le bon résultat, contourner une chambre qui dit non, prolonger les mesures exceptionnelles jusqu’à ce qu’elles deviennent la norme…

Et surtout, choisir le moment où vous regardez ailleurs.

Une société qui vous surveille, qui décide qui a le droit de parler et qui trie les « bonnes » informations des mauvaises, c’est une société où une lettre comme celle de PureSanté, un jour, ne pourra plus vous parler librement de ce qui vous soigne vraiment.

Votre liberté de vous informer et votre liberté de vous soigner sont un seul et même combat.

C’est pourquoi nous devons rester attentifs à l’actualité politique et sanitaire, et continuer de faire notre devoir citoyen en dénonçant les dérives qui affectent nos libertés, notre vie privée et notre santé.

Ce qui est passé « en douce » ne tient sa force que de notre silence.

Amicalement,

Florent Cavaler

PS : Retenez ceci, car c’est capital. Plusieurs de ces lois ne sont pas encore promulguées : elles sont en ce moment même examinées par le Conseil constitutionnel, saisi par des parlementaires[19]. Rien n’est donc joué. Vous pouvez écrire à vos élus, faire circuler cette lettre, en parler autour de vous, et signer notre pétition contre la loi Chat Control.

[1] Euronews, « Chat Control 1.0 adopté au Parlement européen par la petite porte », 10 juillet 2026.
[2] Propos de Svenja Hahn rapportés par Euronews, « Chat Control 1.0 adopté au Parlement européen par la petite porte », 10 juillet 2026.
[3] Les Surligneurs, « “Chat Control” : le Parlement européen a-t-il voté la surveillance de toutes les communications privées ? », juillet 2026.
[4] LCP – Assemblée nationale, « Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : ce que contient la loi qui vient d’être définitivement adoptée », 21 juillet 2026.
[5] https://x.com/ame_ism/status/2079584416527995392?s=46
[6] Moonjoo Lyou, « The Implementation and Effects of Real Name Verification Policy on Internet in Korea » (Refereed Studies), Socio-Informatics, vol. 2, n°1, 2013, p. 17 à 29.
[7] Whon-il Park Kyung Hee, Graham Greenleaf, Korea Rolls Back ‘Real Name’ and ID Number Surveillance, Privacy Laws & Business International Report, No. 119, pp. 20-1, October 2012.
[8] By Youkyung Lee, Real names no longer required online: South Korean court, NBC News, 23 août 2012.
[9] Samuel Cornell, En Australie, 85 % des enfants utilisent encore les réseaux sociaux malgré leur interdiction : est‑ce déjà un échec ?, The Conversation, 23 juillet 2026.
[10] Rapport d’information n° 875 du Sénat (L. Lafon, A. Evren, S. Robert), « La régulation de l’information dans l’espace numérique », 8 juillet 2026 ; propos d’Emmanuel Macron à Arras (La Voix du Nord), 19 novembre 2025.
[11] franceinfo, « Protoxyde d’azote, rodéos urbains, free parties… Le Parlement adopte définitivement le projet de loi Ripost », 21 juillet 2026.
[12] Public Sénat, « Loi RIPOST : le Sénat prolonge et étend le recours à la vidéosurveillance algorithmique », mai 2026.
[13] La Quadrature du Net, analyse du volet « lecture automatisée des plaques d’immatriculation » (LAPI) de la loi RIPOST, juin 2026.
[14] La Provence / AFP, adoption définitive de la loi d’urgence agricole, 21 juillet 2026 ; sur l’autorisation de l’acétamipride dans l’Union européenne jusqu’en 2033 : Echos Plus, 21 juillet 2026.
[15] LCP – Assemblée nationale, « Loi agricole Duplomb : le Conseil constitutionnel censure la réintroduction de l’acétamipride », 7 août 2025.
[16] https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6392
[17] Avis du Conseil d’État sur la proposition de loi dite « Duplomb 2 », 26 mars 2026 (« incidences avérées pour l’environnement et des risques pour la santé humaine »).
[18] Fin de vie : le Sénat rejette pour la troisième et dernière fois le droit à l’aide à mourir, le dernier mot va désormais à l’Assemblée nationale, Public Sénat, 7 juillet 2026.
[19] Sénat et Conseil constitutionnel : saisines déposées en juillet 2026 concernant la loi sur l’aide à mourir et la loi sur la « majorité numérique » (interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans).
Armand Lanlignel

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