La part de l’homme dans les incendies actuels est bien plus importante que celle des seuls pyromanes
En cet été 2026, la France brûle. La forêt de Fontainebleau a déjà perdu plus de 2000 hectares – le plus grand incendie jamais enregistré en Île-de-France –, tandis que la Gironde, le Var et les Landes subissent des feux massifs. Plus de 40 000 hectares sont partis en fumée depuis le début de la saison, dépassant déjà le total de 2025. Derrière ces chiffres, une réalité claire et documentée : l’être humain est de très loin le principal déclencheur.
90 % des feux sont d’origine humaine
Selon l’Observatoire des forêts françaises, en métropole, neuf départs de feu sur dix sont liés à l’activité humaine. La seule cause naturelle significative est la foudre (environ 10 %).
Parmi ces feux d’origine anthropique :
– Environ 70 %* résultent d’imprudences ou d’activités quotidiennes et économiques : mégots de cigarettes, barbecues mal éteints, feux de camp, travaux agricoles ou de BTP, réseaux électriques, incendies de véhicules ou de poubelles.
– Environ 30 %** sont des actes de malveillance (volontaires).
Ces proportions se retrouvent dans les données de la base BDIFF (sur les causes connues) : malveillance autour de 32 %, involontaire particulier 27 %, involontaire travaux 17,5 %, accidentelle 14 %, naturelle 9,5 %. La majorité des départs se produit près des habitations, routes ou infrastructures.
Dans le cas de Fontainebleau, les enquêteurs ont rapidement orienté leurs recherches vers une origine criminelle. Deux jeunes hommes de 18 ans (dont un pompier volontaire) ont été mis en examen après avoir reconnu leur implication volontaire dans des départs de feu distincts.
Attention néanmoins, « incendiaire » n’égale pas « pyromane »
Mettre le feu ne fait pas automatiquement de quelqu’un un pyromane. Les experts psychiatres insistent sur la distinction :
– Un incendiaire allume un feu pour des motifs variés (vengeance, vandalisme, profit, jeu, ou imprudence grave).
– Un pyromane, au sens clinique (trouble du contrôle des impulsions ), ressent une tension croissante, une fascination pour le feu, puis un soulagement ou un plaisir au moment de l’allumer. Ce trouble est rare : il ne concernerait que 3 à 5 % des incendiaires.
La plupart des actes volontaires relevés chaque année ne relèvent donc pas de cette pathologie. En 2026, le ministère de l’Intérieur a déjà annoncé des dizaines d’interpellations pour faits d’incendie, dont une majorité d’actes intentionnels.
Le contexte climatique amplifie, mais ne déclenche pas
La sécheresse et les vagues de chaleur rendent la végétation extrêmement inflammable (« comme de l’essence « , selon certains pompiers). Le changement climatique allonge les saisons à risque et élargit les zones concernées. Mais il ne crée pas les départs de feu : sans source d’allumage humaine, la plupart des incendies n’auraient pas lieu.
Que retenir ?
La responsabilité humaine est massive, mais elle n’est pas uniforme. L’immense majorité des feux pourrait être évitée par des gestes simples de prévention (ne pas jeter de mégots, respecter les interdictions de feu, entretenir les abords des habitations…). Les actes criminels, bien que minoritaires, restent particulièrement destructeurs car souvent allumés dans des conditions maximisant la propagation.
Face aux braseros de 2026, la leçon est double : renforcer la prévention et la vigilance citoyenne, tout en évitant de réduire le problème à la seule figure du pyromane. L’homme allume la plupart des feux ; c’est aussi lui qui peut, en grande partie, les empêcher.
Christine Tasin
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