Madame se meurt, Madame est morte…

Henriette d’Angleterre, Bossuet, la nécropole royale de Saint-Denis

Le dernier Croc-en-Jambe de notre contributeur Messin Issa, déchaîné contre Charles d’Angleterre -et il y a de quoi- m’a donné l’idée du sujet du “coup de coeur culturel dominical” et notamment sa fin :

Cette cérémonie aura quand même coûté pas moins de 115 millions d’euros au contribuable. Le rejeton des Windsor, couronné officiellement monarque, pourra se réjouir que c’est le peuple qui paie. Tu paieras, aussi, un jour, Charles.Allez, on espère que tes funérailles seront plus joyeuses.

Je sais que d’aucuns, en France, aiment rêver et suivent les aventures des Windsor, ce  n’est pas trop notre tasse de thé à RR. D’abord parce que notre nom Résistance républicaine et nos fondamentaux, attachement à la res publica, attachement à 1789, refus de voir des gens avoir le pouvoir parce qu’ils sont nés quelque part… est notre credo Alors inutile de vous expliquer pourquoi nous méprisons la foire outre-Manche de samedi dernier. https://resistancerepublicaine.com/2023/05/04/le-couronnement-de-charles-iii-on-sen-fout-royalement/.

Nous respectons les choix des Anglais  qui continuent d’avoir un roi d’opérette qui leur coûte très cher  si ça leur plaît mais quand il s’agit d’un Charles qui adore l’islam, vous conviendrez que nous ne pouvons pas, quant à nous, nous émerveiller que ce Jean-Foutre taré soit à la tête du Royaume-Uni, pays qui verse de plus en plus du côté obscur de l’Europe, avec de plus en plus d’élus musulmans ravis d’avoir un Charles-Eddine 1er.

Alors, bien sûr,  l’évocation des funérailles de Charles-Eddine qui viendront un jour m’a fait penser à la langue et au discours prodigieux de Bossuet lors des funérailles d’Henriette d’Angleterre,  dite Madame (1644-1670). Fille d’Henriette de France (elle-même fille de Henri IV) et du  roi d’Angleterre Charles I, petit-fils de Marie Stuart, qui fut destitué et exécuté  en 1649. Henriette de France s’était réfugiée en France après  la mort de son époux anglais avec sa fille Henriette d’Angleterre qui fut la première épouse de Monsieur, le frère de Louis XIV. Sa mère Henriette de France avait eu un destin tragique et une vie rocambolesque entre l’assassinat de son père Henri IV qu’elle n’a pas connu, la naissance de sa fille dans des circonstances tragiques, la fuite de l’Angleterre avec sa fille.

C’est que L’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre est à la fois un exercice de style (quelle langue, bon sang, quelle vigueur !) et une leçon de philosophie conforme à la “mode” des “Vanités “de l’époque (voir note 1). La peinture de “Vanités” est un genre particulier de nature morte à valeur symbolique qui se développe au XVIIe siècle, particulièrement dans la peinture hollandaise à l’époque baroque. Dans les vanités, les objets représentés sont tous symboliques du vide de l’existence terrestre, parce que de toutes manières la mort est au bout et nous invitent donc à ne pas trop nous attacher aux objets, à la richesse, au pouvoir…

 

Dans son discours, Bossuet dénonce qui s’attache au matériel, aux miroirs aux alouettes, et développe ce qui, pour lui, a une vraie valeur, la vertu, la morale au travers des qualités d’Henriette d’Angleterre Elle était Considérée comme la plus brillante princesse de la Cour, et l’une des plus belles femmes de son temps et pourtant elle est morte, subitement, à vingt-six ans.

 

Oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre,  prononcée le  par Bossuet, en la basilique Saint-Denis

Vanitas vanitatum, dixit Ecclesiastes (Vanité des vanités, a dit l’Ecclésiaste

L’oraison étant très très longue, on n’en lira qu’un tout petit extrait, le plus connu.

 

Extrait le plus connu

 

[…] Considérez, Messieurs, ces grandes puissances que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause ; et il les épargne si peu, qu’il ne craint pas de les sacrifier à l’instruction du reste des hommes. Chrétiens, ne murmurez pas si Madame a été choisie pour nous donner une telle instruction. Il n’y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vous le verrez dans la suite, Dieu la sauve par le même coup qui nous instruit. Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s’il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l’amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l’accomplissement de cette parole du prophète : Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d’étonnement.[…]

 

Pour lire toute l’oraison, c’est ici : https://fr.wikisource.org/wiki/Oraisons_fun%C3%A8bres_(Bossuet)/Henriette_Anne_d%E2%80%99Angleterre,_Duchesse_d%E2%80%99Orl%C3%A9ans

Si on écoute/lit bien, on peut voir des éléments qui peuvent/pourraient concerner notre époque, ce que nous vivons… Oui nous tremblons sous la main de grandes puissances mais oui elles peuvent être frappées sans avertir…

C’est aussi, bien sûr et c’est de l’époque de Bossuet, un appel à la résignation devant les coups du destin, devant la condition humaine, tout simplement.

Mais quel travail sur la langue, les images, les figures de style  pour dire à la fois l’horreur et la stupéfaction devant la mort qui frappe tout le monde, puissants comme pauvres hères mais aussi l’espérance qui est la sienne, forcément. Bossuet, « l’Aigle de Meaux », prédicateur et orateur de génie, défenseur ardent du catholicisme face au protestantisme, aimait tant le labeur qu’il était surnommé en latin “le bœuf accoutumé à la charrue” ; amoureux des lettres, des mots, du théâtre (notamment celui de Corneille) il voue très vite sa vie à la religion puis devient le précepteur du dauphin, fils de Louis XIV. Un sacré personnage, haut en couleur, redouté car brillantissime dans les discussions. Et c’est un passionné d’histoire qui écrit une “histoire universelle”… Mais qui connaît encore Bossuet à notre époque ?

Rappelez-vous l’heureux temps où l’on découvrait la littérature dans le Lagarde et Michard, tout petit Français ayant mis les pieds au lycée connaissant le nom de Bossuet, comme celui de Pascal, comme celui de Molière…

Evitons la nostalgie et allons de l’avant, lisons, relisons, déclamons, faisons vivre la littérature, l’histoire, le passé grâce à la merveilleuse langue française.

Beau dimanche à tous !

 

Note 1 d’Alexia

Pour les Vanités : le sens vient de la parole de L’Ecclésiaste (Ecc. I, 2 et Ecc. XII, 8) : Vanitas vanitatum et omnia vanitas, et c’est surtout en lien avec le Concile de Trente, la Contre-Réforme et Les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, qui préconisait de méditer sur notre seule certitude, à savoir, notre disparition d’ici bas, et donc de méditer sur une image de mort pour nous le rappeler. La tulipe, comme toutes les fleurs coupées, se fanera et mourra ; de plus elle est le symbole même de la vanité en raison de la banqueroute financière en 1636 des spéculateurs de tulipe… ! Il y a d’ailleurs beaucoup de choses à dire à propos du premier tableau dont vous avez inséré une illustration, celui de Philippe de Champaigne (MBxA du Mans).

Référence sur le sujet : 

Dash (Mike), La Tulipomania. L’histoire d’une fleur qui valait plus cher qu’un Rembrandt, éd. angl. Mike Dash, 1999 ; trad. franç. par Arthur G.H. Ynchboat, Paris, Jean-Claude Lattès, 2000. 

 

 

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14 Commentaires

  1. “Bossuet dénonce qui s’attache au matériel”.
    Pur bouddhisme.
    De Thaïlande…

  2. On devrait envahir l’Elysée de photocopie du tableau “Vanités” avec le texte de Bossuet !

  3. Brillant article comme toujours, et c’est un moment de pur bonheur puisqu’en lisant ce texte, je crus, un instant, que j’étais devenu meilleur.
    Je me suis rappelé, alors, que le bonheur est fugace, et la vie, bien courte…
    Merci Christine.

  4. Merci Christine, il est certain qu’avec Bossuet, on maniait la la langue avec un art consommé. Le thème de la vanité était souvent mis en avant par les protestants, il existe son équivalent musical chez Claude Le jeune, Goudimel et plus précisément Paschal de l’Estocart avec ses “Octonaires de la vanité du monde” vous pouvez trouver des titres sur internet où mieux,ce qui fait vivre les interprètes et permet une écoute dans des conditions idéales, acheter les disques pour ceux qui le peuvent.

  5. Joie indicible que la lecture d’un tel article. Respect Dame Christine !

  6. Tout simplement , merci, Christine !
    PS j’ai gardé tous mes Lagarde et Michard avec le temps ils me sont devenus précieux !

  7. Quel hommage à notre histoire et à nos illustres écrivains , merci Mme TASIN

    • Merci à toi pour ce compliment qui me va droit au coeur

  8. Magnifique Coup de Cœur, qui nous élève ! Merci, Christine ! Pour le texte de Bossuet, pour les tableaux et leur présentation, pour les rappels historiques, pour les liens avec notre vie actuelle, pour les invites (”exhortations” !) à “aller de l’avant” ! Notre résistance et notre lutte d’aujourd’hui ne sont pas des caprices ni des actes irréfléchis. Elles sont enracinées dans la défense d’une identité bien réelle, d’une civilisation magnifique, que nous tenons à défendre contre un remplacement de pacotille. Merci pour la qualité de ce cadeau !

  9. Merci pour ce brillant rappel historique. Je me prends à rêver parfois. Un matin gris, pluvieux, triste a souhait, dans les couloirs de l’Elysée, un huissier, flambeau à la main, se lamente : Le président se meurt, le président est mort. Soudain le soleil apparaît et les nuages noirs se dissipent. Le peuple sort dans les rues pour manifester sa joie. Les cloches sonnent a toute volée. Le tyran est passé. Le gouvernement est en fuite, et tout Renaissance se terre. L’heure de rendre des comptes a sonné. Il n’y aura pas de funérailles nationales ni de drapeaux en berne. Le gouvernement provisoire s’y est opposé.

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