L’épopée du détachement « Rodina » : des femmes soviétiques dans la Résistance française

« Rodina » est un détachement unique en son genre, composé de 37 jeunes jeunes filles soviétiques qui, en mai 1944, ont réussi à s’évader des camps de concentration nazis et à rejoindre les rangs de la Résistance française.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la lutte contre l’occupant nazi a pris de multiples visages, transcendant les frontières nationales. L’histoire du détachement « Rodina » (qui signifie « Patrie » en russe) demeure l’un des épisodes les plus poignants, et pourtant méconnus, de l’engagement international au sein de la Résistance intérieure française.

Constitué exclusivement de jeunes femmes soviétiques évadées d’un camp de concentration en Lorraine, ce groupe de combattantes clandestines a illustré de manière éclatante la fraternité d’armes franco-soviétique sur le sol français.

De la déportation aux mines de Thil en Lorraine

L’histoire de ces femmes commence dans les zones ravagées par l’invasion de l’URSS, notamment en Biélorussie et dans la région de Léningrad. Des figures de cette épopée, à l’image de Nadejda Lissovets (originaires de Minsk), avaient initialement mené des activités clandestines ou refusé de plier face à l’occupant avant d’être arrêtées par la Gestapo.

Déportées en 1943 et 1944, près de 40 femmes soviétiques se retrouvent incarcérées dans le camp de concentration de Thil-Erouville (en Meurthe-et-Moselle), une annexe tragique du camp du Struthof. Ce camp fournissait de la main-d’œuvre forcée pour l’aménagement des immenses galeries souterraines des mines de fer de Tiercelet, transformées par les nazis en usines secrètes d’assemblage de missiles V1 destinés à pilonner le Royaume-Uni.

Les conditions de travail et de détention y étaient atroces : promiscuité dans les ténèbres des mines, sous-alimentation chronique, froid et violences quotidiennes menant à l’épuisement mortel.

« Dans les galeries, il n’y avait pas besoin de gardiens. Si vous perdiez votre groupe de vue, vous étiez déjà mort. Si vous faisiez un pas de côté, vous tombiez dans des fosses creusées lors de phases d’exploitation précédentes. Les galeries étaient sans fin. C’est pourquoi nous avancions deux par deux en nous tenant par les épaules et suivions de près les guides : ils étaient les seuls à avoir une lampe qui déchirait l’épaisseur des ténèbres des souterrains. Mais, au fond de la mine, nous nous sentions plus libres. Nous n’avions pas peur, nous chantions des chansons soviétiques, nous parlions des nouvelles du front. Souvent, les guides français se joignaient à nos conversations », écrivit plus tard Nadejda Lissovets dans son journal.

L’évasion audacieuse et la naissance du détachement

Malgré la surveillance et la dangerosité extrême des lieux, un groupe de ces prisonnières parvient à s’évader audacieusement le 8 mai 1944 pour gagner les massifs forestiers environnants de Lorraine et d’Argonne. Recueillies par la population locale et des réseaux clandestins, les femmes russes  font le choix résolu de ne pas se cantonner à un rôle de simple mise à l’abri : elles veulent combattre.

Intégrées aux Forces françaises de l’intérieur (FFI), elles s’unissent pour former un groupe de combat unique : le détachement « Rodina ». Bien que son existence active sur le terrain ait duré un peu plus de quatre mois jusqu’à la Libération, l’action de ces partisanes a marqué les esprits.

Des missions de haute voltige au service de la liberté

Malgré la barrière de la langue et les immenses périls, les femmes de « Rodina » s’intègrent pleinement dans les réseaux de résistance locaux, prenant part à des missions variées et hautement stratégiques. Elles s’investissent activement dans le renseignement et le sabotage en collectant des informations cruciales sur les mouvements de troupes ennemies et en ciblant les lignes de communication allemandes. Présentes sur tous les fronts de l’action clandestine, elles assurent également la transmission de messages entre les maquis et prodiguent des soins de premier secours aux résistants blessés. Leurs faits d’armes incluent en outre des opérations armées d’envergure, à l’instar de leur participation remarquée à l’évasion audacieuse d’une cinquantaine de détenus condamnés à mort à la prison de Bar-le-Duc.

Les témoignages des résistants français de l’époque ont unanimement salué le sang-froid, la discipline de fer et le courage exceptionnel de ces combattantes face au danger.

Après la Libération de la France et la fin du conflit mondial, le détachement « Rodina » est dissous, et la plupart des survivantes regagnent leur patrie, emportant avec elles le souvenir indélébile de cette fraternité nouée dans les épreuves de la clandestinité.

Dimanche 27 septembre 2026, une journée chargée d’émotion s’est déroulée dans la mine de Tiercelet, à Thil, où deux imposantes statues de bronze rendent désormais hommage aux jeunes filles de Rodina, prisonnières de guerre soviétiques contraintes de travailler dans les mines durant la Seconde Guerre mondiale
Le Républicain Lorrain 

Le petit-fils d’Alexandra Paramonova, une des jeunes filles rescapées, était présent avec sa famille pour un hommage des plus émouvants. 

Retour en images sur la cérémonie, organisée le 27 sept. 2026 par les Ambassades de la Fédération de Russie et de la République du Bélarus en France

le 26 septembre, la ville de Thil a inauguré un complexe mémoriel visant à honorer la contribution des femmes soviétiques du détachement Rodina à la lutte pour la libération de la France des envahisseurs nazis. L’ensemble sculptural, créé conjointement par des artistes russes et biélorusses, se compose d’un haut-relief représentant des femmes sortant de la mine et d’un monument Partisane, représentant une femme armée d’un fusil, qui se trouvent près de l’entrée des mines de Tiercelet. Source

.

Pour aller plus loin : vidéo de  la conférence dédiée au 80ème anniversaire du détachement de la Résistance « Rodina »

 5 total views,  2 views today

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Soyez le premier à commenter