Pourquoi les migrants tendent à rendre leur pays d’accueil semblable à celui qu’ils ont quitté (2)

Première partie ici 

 

Deuxième partie
Pauvreté ou prospérité. Les racines profondes de la culture.

Pourquoi certains pays sont riches, bien que souvent forts endettés, et d’autres sont pauvres ?

Depuis des siècles, les économistes tentent de comprendre pourquoi certains pays sont riches tandis que d’autres sont pauvres. De nombreuses explications ont été proposées: la géographie, les institutions inclusives et le savoir. Aucune ne semble parvenir à expliquer la réalité empirique. L’Islande, la Corée du Sud, la Suisse et Israël sont prospères malgré leur géographie et leur manque de ressources naturelles. La Chine et la Russie affichent des performances supérieures à la plupart des pays malgré des institutions extractives, consacrées à l’extraction des richesses naturelles du sous-sol (comme les minerais, le charbon, le gaz ou le pétrole). Le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la France et l’Allemagne, sont depuis peu en stagnation économique, malgré leurs institutions inclusives, soit des structures politiques et économiques qui sont sensées garantir la participation d’une large part de la société et protéger l’égalité des droits et des chances des citoyens.

Les pays pauvres ont tendance à le rester malgré des décennies de « bons » conseils d’économistes et de bien trop généreux dons de pays occidentaux technologiquement plus avancés et plus cultivés. En Europe, peu de sujets sont aussi tabous que celui de l’Aide publique au développement, cela à tort. Mettre en cause le bien-fondé des 0,5 % du PNB suisse soit plus de 3,8 milliards de CHF est sacrilège pour beaucoup d’élus et évidemment pour les 1’877 salariés équivalents plein temps du DDC, lesquels défendent leur fond de commerce et son fiers de leur générosité avec l’argent des autres, soit des contribuables. Pourtant, le Dr. Dambisa Moyo a publié un excellent ouvrage dénonçant l’inefficacité de l’aide publique internationale au développement, ses effets pervers et ses conséquences néfastes en Afrique. (Dambisa Moyo: L’aide fatale: Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique. Editions JC Lattès. 2009). Elle est une économiste zambienne diplômée d’Oxford et de Harvard, qui a travaillé à la Banque mondiale avant d’entrer dans la banque d’affaires Goldmann Sachs. 

Une autre explication plus solide réside dans le capital humain. Depuis 1’500, les populations avancées ont apporté la prospérité partout où elles ont migré. Comme l’a formulé l’économiste Tyler Cowen (2026) : « Se pourrait-il que l’appartenance ethnique soit un facteur déterminant pour l’adoption de politiques efficaces ? » Le macroéconomiste Garett Jones résume la littérature scientifique sur cette question dans son ouvrage The Culture Transplant: How Migrants Make the Economies They Move To a Lot Like the Ones They Left (2022). Il identifie une tendance constante: les migrants s’assimilent culturellement et économiquement à leur pays d’accueil, mais jamais complètement, même après quatre générations ou plus, ni même après des siècles pour certains. Leurs forces et leurs faiblesses tendent à persister d’une génération à l’autre. C’est pourquoi, pour le meilleur ou pour le pire, les migrants ont tendance à façonner les pays où ils s’installent à l’image de ceux qu’ils ont quittés. La question qui demeure: pourquoi leur culture persiste-t-elle ?

Les racines profondes de la culture.

Deux éléments accompagnent les familles migrantes à travers les générations, les frontières géographiques, les institutions, leur environnement familial et leurs gènes. Tout le reste, des écoles aux lois, en passant par les groupes de pairs, les assistants sociaux et les gouvernements, change généralement. Ce qui suit démontre que l’environnement familial est insuffisant pour expliquer la persistance culturelle, par conséquent, la génétique contribue aux différences culturelles raciales observées. Les données suggèrent que la culture a des racines profondes: elle est en partie ancrée dans la psychologie, elle-même en partie ancrée dans la biologie. Du fait de leur malléabilité variable, les traits culturels ne s’assimilent pas uniformément. Les traits façonnés principalement par l’environnement social immédiat tendent à évoluer relativement facilement, tandis que ceux plus profondément ancrés dans des dispositions biopsychologiques ont tendance à persister fort longtemps. La culture se comprend donc mieux comme une hiérarchie de traits que comme un ensemble de pratiques également malléables: le modèle de l’iceberg culturel organise cette hiérarchie en quatre domaines, allant du plus profond, du plus génétique et le moins malléable au plus visible et sensible à l’environnement.

Modèle de l’iceberg culturel de William Meijer

Aptitudes (Abilities)

Les aptitudes déterminent les capacités des individus. Elles constituent le niveau le plus profond du modèle et, en général, le plus résistant au changement. Parce qu’elles influencent la façon dont les individus pensent, apprennent et interagissent, elles ont d’importantes implications culturelles, éthiques, institutionnelles, technologiques et économiques.

1. Aptitudes cognitives (Cognitive Abilities)

Les aptitudes cognitives sont probablement l’aptitude humaine la plus déterminante. Difficiles à observer directement, elles sont très stables dans le temps, modérément corrélées aux résultats individuels et fortement corrélées aux résultats collectifs. Les capacités cognitives ont des implications importantes, car les individus dotés de capacités cognitives plus élevées ont tendance à coopérer plus efficacement avec des inconnus, de manière mutuellement avantageuse (Drouvelis & Pearce, 2025). Au niveau individuel, chaque point de QI supplémentaire prédit une augmentation de salaire d’environ 1 %. Au niveau national, chaque point de QI supplémentaire prédit une augmentation du PIB par travailleur d’environ 6 à 7 % (Jones, 2011). Grâce à l’effet cumulatif des interactions sociales, de relativement faibles différences dans les caractéristiques individuelles produisent d’importantes différences dans les résultats collectifs d’une nation.

Les résultats en mathématiques du PISA (Jones, 2011), un indicateur pertinent des capacités cognitives au niveau de la population, révèlent que les Américains de troisième génération et suivantes continuent de présenter d’importantes disparités raciales qui reflètent globalement celles observées dans leurs pays d’origine (Crémieux, 2023 ; OCDE, 2023). La persistance multigénérationnelle des différences raciales en matière de capacités cognitives chez les migrants suggère que l’environnement familial contribue à leur continuité. Cependant, des études sur l’adoption transraciale aux États-Unis suggèrent que la ressemblance familiale en matière de capacités cognitives est essentiellement d’origine génétique, l’influence de l’environnement partagé devenant relativement modeste à la fin de l’adolescence (Scarr et al., 1993). De même, une méta-analyse portant sur 16 échantillons indépendants, soit 139’735 participants (âge moyen des échantillons = 15 ans), a révélé que la ressemblance familiale en matière de capacités cognitives est bien plus attribuable à des facteurs génétiques qu’à l’environnement partagé chez les Blancs, les Noirs et les Hispaniques aux États-Unis (Pesta et al., 2020). Les groupes ayant obtenu des scores plus faibles n’ont pas non plus présenté la plus faible héritabilité attendue si le désavantage environnemental était fortement corrélé à ces facteurs. Les groupes ayant obtenu des scores plus faibles n’ont pas non plus montré la plus faible héritabilité attendue si un désavantage environnemental réduisait considérablement leur potentiel génétique. Plus généralement, l’effet de l’environnement partagé sur le QI tend à être faible, voire nul à l’âge adulte (Knopik et al., 2017 ; Willoughby et al., 2021).

L’ensemble des données a conduit 83 % des experts interrogés (N = 86) sur l’écart de QI entre Noirs et Blancs aux États-Unis à penser que la génétique contribue à la différence observée (Rindermann et al., 2020). Des données plus récentes confortent l’hypothèse de la contribution génétique. Les variants génétiques désormais associés à des scores plus élevés aux tests de QI sont devenus plus fréquents chez les populations d’Eurasie Occidentale au cours des 10’000 dernières années (Akbari et al., 2026). Cette étude montre que l’évolution génétique se fait plus rapidement que l’on avait estimé et que même sur juste les 10’000 derniers années, il y a une tendance haussière au QI des Ouest Eurasiens.

L’absence de données pour l’Afrique subsaharienne est principalement due à un problème de disponibilité des données, et non à l’absence de sélection naturelle dans cette région. Voilà pourquoi Akbari et ses collègues ont limité leur étude à l’Eurasie occidentale. Ils ont été très clairs à ce sujet. Comme l’a déclaré Ali Akbari au New York Times : « Si nous n’avons pas mené d’étude dans d’autres parties du monde, c’est parce que nous ne disposons pas de suffisamment de données pour répondre à cette question.» L’ADN ancien est beaucoup plus difficile à extraire  du climat plus chaud et plus humide de l’Afrique, et le nombre de génomes anciens provenant d’Afrique subsaharienne ne représente qu’une infime fraction des données disponibles pour l’Eurasie Occidentale. David Reich a formulé la question comme une question ouverte: « Dans quelle mesure observerons-nous des schémas similaires en Afrique de l’Est ou chez les Amérindiens de Mésoamérique et des Andes centrales ?» L’environnement subsaharien était-il « plus stable » ? Pas au sens strict. L’Afrique subsaharienne a connu d’importantes transformations environnementales et démographiques au cours des 10’000 dernières années, notamment :

La période humide africaine une phase climatique majeure qui a transformé une grande partie de l’Afrique du Nord et du Sahara en un paysage verdoyant, parsemé de lacs et de savanes, entre 14’500 et 5’500 ans avant notre ère. Elle a été suivie d’une dessiccation brutale.
L’expansion bantoue, l’une des plus importantes transitions démographiques de l’histoire de l’humanité. Ce fut une vaste migration de populations locutrices de langues bantoues qui s’est étendue sur plusieurs millénaires, depuis l’Afrique de l’Ouest et Centrale jusqu’en Afrique Australe. Il s’agit du plus grand événement démographique de la préhistoire africaine
De multiples transitions pastorales et agricoles en Afrique de l’Est, de l’Ouest et Australe.

La principale différence réside dans la continuité démographique, et non dans la stabilité environnementale. Le contraste fondamental n’est pas la stabilité environnementale, mais la continuité démographique. L’ADN ancien des populations de chasseurs-cueilleurs d’Afrique subsaharienne révèle une remarquable continuité génétique sur des milliers d’années. Par exemple l’étude de l’abri sous roche d’Oakhurst (2024) a documenté environ 9’000 ans de continuité génétique en Afrique australe, sans flux génique détectable en provenance de l’extérieur de la région, jusqu’à il y a environ 1’300 ans. Une étude de 2022 sur la structure profonde des populations de chasseurs-cueilleurs d’Afrique subsaharienne a révélé que le cline ancestral à trois voies « est resté très stable, avec un flux génique à longue distance limité » pendant des milliers d’années. Un article de 2025 publié dans Nature sur les génomes anciens d’Afrique australe a mis en évidence « une faible stratification spatio-temporelle sur 9’000 ans, compatible avec une population holocène importante et stable ».

À l’inverse, l’Eurasie Occidentale a connu de multiples vagues de remplacement de population : les agriculteurs néolithiques ont remplacé les chasseurs-cueilleurs, puis les pasteurs des steppes ont remplacé les agriculteurs. Chaque vague a engendré d’intenses pressions de sélection dues à de nouveaux régimes alimentaires, maladies et structures sociales.

Cependant une sélection a été détectée en Afrique. Une étude de 2025 portant sur d’anciens génomes d’Afrique Australe a révélé des variants spécifiques à Homo sapiens, enrichis en gènes associés à la protection contre les UV, suggérant une adaptation rapide au sein de la branche sud-africaine. La sélection a donc bien eu lieu, mais potentiellement sur des caractères différents et sous des pressions différentes.

En résumé, le signal ouest-eurasien est si fort en partie parce que cette région a connu les renouvellements de population les plus importants et les plus répétés et donc les chocs sélectifs les plus intenses pour leur évolution, et non parce que l’environnement de l’Afrique subsaharienne était simplement « plus stable ». L’existence de schémas comparables de sélection directionnelle généralisée en Afrique subsaharienne demeure une véritable inconnue; la communauté scientifique ne dispose tout simplement pas encore d’un nombre suffisant de génomes africains anciens pour le vérifier.

Score polygénique. Akbari 2016

 

Contrairement aux populations africaines, celles de l’Ouest eurasien ont évolué en acquérant une intelligence supérieure car leur environnement déjà difficile changeait plus rapidement et les populations ce sont mélangées plus fortement dans ces régions, alors qu’en Afrique le status-quo a prévalu. On sait très bien qu’un environnement difficile avec des saisons va sélectionner des individus curieux, perspicaces, inventifs, qui se préparent et qui tiennent compte et observent le présent et se souviennent du passé pour anticiper le futur et leurs besoins, pour survivre. Alors que ceux qui vivent dans un environnement sans saisons, à température quasi constante, où la nature pousse et fournit subsistance toute l’année presque sans efforts, n’ont pas besoin d’évoluer et de devenir plus intelligents. L’évolution génétique humaine peut donc être plus rapide pour certaines populations qu’on ne le pensait, façonnant les populations et leurs différences. Les données sont cohérentes avec l’hypothèse selon laquelle la génétique contribue aux différences raciales observées en matière de capacités cognitives.

2. Régulation émotionnelle (Emotional regulation).

Les capacités cognitives ne constituent qu’une composante de tout domaine culturel. La suppression émotionnelle, une stratégie de régulation émotionnelle, influence également la coopération à grande échelle, bien que par des mécanismes différents. La suppression émotionnelle, soit l’inhibition de l’expression des émotions fortes au profit d’un calme apparent et de l’harmonie sociale, pourrait être devenue plus fréquente chez les populations ayant évolué dans des environnements froids (Sun, 2025). Dans ces contextes, la promiscuité prolongée, les hivers rigoureux et une forte interdépendance rendaient les conflits ouverts particulièrement coûteux, l’exclusion sociale pouvant être fatale. En réduisant les frictions interpersonnelles et en préservant la cohésion du groupe, la suppression émotionnelle aurait pu faciliter la coopération. Ces tendances biopsychologiques pourraient avoir été conservées et culturellement renforcées chez les populations descendantes, contribuant à la plus grande suppression émotionnelle généralement observée chez les Asiatiques de l’Est, autochtones et migrants (Sun, 2025), ainsi que, dans une moindre mesure, chez les Européens du Nord. La persistance multigénérationnelle des différences raciales en matière de suppression émotionnelle chez les migrants laisse supposer que l’environnement familial contribue à leur continuité. Cependant, des études menées auprès de jumeaux aux États-Unis suggèrent que la ressemblance familiale en matière de répression émotionnelle est essentiellement génétique, l’influence de l’environnement partagé étant quasi nulle (McRae et al., 2017). Ces résultats corroborent l’hypothèse selon laquelle la génétique contribue aux différences raciales observées dans la régression émotionnelle.

Conclusion

Pris ensemble, ces exemples illustrent une tendance plus générale: l’assimilation culturelle ne semble avoir qu’un effet limité sur les aptitudes, car celles-ci sont contraintes par les gènes dont elles sont issues.

 

Demain la 3ème partie 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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