Je résiste, je paie cash !

 

Toutes nos excuses, pour une raison qui dépasse mon entendement, j’ai beau réduire cette photo, en mettre une autre, elle est toujours tronquée… Christine Tasin

Si l’argent liquide ne nous suffit pas, qu’est-ce qui convient ?
Pour la commodité, perdre encore une de nos libertés ?

 

Je déteste ne pas pouvoir payer en toute liberté avec notre monnaie nationale ou à l’étranger avec la monnaie du pays et être obligé de payer avec une carte de crédit, une carte de débit, un smartphone… soit en utilisant un voir plusieurs intermédiaires qui ne le font pas gratuitement ! J’ai donc beaucoup aimé ces réflexions ci-après de Mollie Engelhart, une agricultrice et éleveuse pratiquant l’agriculture régénératrice au Texas, qui s’engage en faveur de la souveraineté alimentaire et de la régénération des sols.

En plus de 80 ans, une seule fois on m’a renfilé une faux billet de banque c’était une grande banque qui m’a remis un faux billet dans une liasse de billets de 100 dollars !) par contre on a cherché à m’arnaquer tant de fois sur le web et avec mes cartes de crédit… malheureusement parfois avec succès.

Hier, j’ai emmené mes enfants manger une glace au yaourt. Tout le monde avait déjà passé commande. Ils étaient attablés et dégustaient joyeusement leur dessert lorsque la jeune femme derrière le comptoir m’a regardé et a dit : Nous n’acceptons pas les espèces. 

J’aimerais pouvoir dire que j’ai réagi avec courtoisie. Ce ne fut pas le cas. Je me suis montré brusque avec elle. Quelques minutes plus tard, je suis retourné m’excuser car, en vérité, ce n’était pas de sa faute. Elle ne faisait très certainement qu’appliquer les directives qu’on lui avait données. Ma frustration ne la visait pas elle. Elle venait du fait que ce genre de situation se reproduit sans cesse.

Il semble que de plus en plus d’entreprises refusent la seule forme de monnaie légale émise par nos gouvernements, exigeant plutôt que les clients paient par carte de crédit, carte de débit ou téléphone.

Cet échange m’est resté en tête, bien après que nous avons fini nos glaces. La Constitution fait référence aux pièces d’or et d’argent. Au fil du temps, notre Congrès a autorisé le papier-monnaie comme monnaie légale. Le papier-monnaie (sous forme de billets de banque et de pièces) est aussi la monnaie légale en Suisse et en France. Nous avons ensuite abandonné l’étalon-or et, aujourd’hui, notre monnaie n’est plus convertible en métaux précieux. Que l’on salue ces changements ou qu’on les critique, une chose reste vraie : la monnaie demeure la seule forme de monnaie légale émise par nos gouvernements démocratiques.

Que dire d’une société qui refuse de plus en plus d’accepter sa propre monnaie légale ?

Cet article ne traite pas vraiment de glaces. Il est question de confiance. Au cours des dernières décennies, les Américains tout comme les Européens ont vu des banques faire faillite, être renflouées, facturer des frais incessants, créer de l’argent virtuel et tirer profit d’un endettement des consommateurs en constante augmentation. Le vol d’identité est devenu monnaie courante. Les violations de données surviennent si souvent qu’elles font à peine la une de l’actualité. Les prestataires de services de paiement décident quelles transactions ils acceptent de traiter. Les réseaux numériques connaissent des pannes. Pourtant, nous en sommes arrivés au point où de nombreuses entreprises refusent le seul moyen de paiement ne nécessitant ni carte de crédit, ni smartphone, ni intermédiaires, ni réseau de paiement numérique opérationnel.

Cela me semble bien étrange. Chaque jour, mon téléphone sonne pour me proposer d’emprunter de l’argent. Ma boîte aux lettres se remplit d’offres de cartes de crédit. Des SMS me promettent des prêts pré-approuvés. Les publicités sont incessantes. Le système semble désespérément vouloir que je m’endette davantage. Au même moment, l’argent liquide disparaît discrètement de la vie quotidienne. La question de savoir si notre système monétaire est fondamentalement défaillant ou simplement en pleine évolution a alimenté d’ouvrages les bibliothèques. Certains voient dans la monnaie virtuelle moderne un moteur de croissance économique. D’autres y voient un système reposant sur une dette en constante expansion. Je ne cherche pas ici à trancher ce débat. Je constate simplement qu’une certaine gêne s’installe à ce sujet.

Il ne faut pas non plus oublier ce qui s’est passé durant la pandémie de COVID-19 et les années qui ont suivi. Des entreprises ont été contraintes de fermer. Des plateformes de collecte de fonds ont gelé les dons liés à des manifestations controversées. Des prestataires de services de paiement ont clôturé des comptes. Célébrités, organisations et simples citoyens ont signalé avoir été exclus du système bancaire ou avoir perdu l’accès à des services financiers en raison de propos impopulaires, de causes controversées ou de comportements que les institutions financières ont choisi de ne pas cautionner. Peu importe, ici, de savoir si chacune de ces décisions était justifiée. L’essentiel est que de nombreux citoyens ont entrevu ce qui se passe lorsque votre capacité à participer aux échanges commerciaux dépend entièrement de systèmes numériques contrôlés par des institutions qui ne vous appartiennent pas. L’accès au système financier moderne n’est pas toujours aussi pérenne qu’on le suppose.

Avant que l’on ne me rappelle que nos dollars sont des billets de la Réserve fédérale, nos CHF de notre Banque nationale, etc, je précise que je comprends parfaitement que notre système monétaire implique déjà une relation complexe entre le Trésor, la Réserve fédérale et les banques commerciales. Ce n’est pas là le cœur de mon propos. Mon argument est bien plus simple : l’argent liquide demeure l’un des rares moyens pour les citoyens ordinaires d’échanger de la valeur directement, sans dépendre simultanément d’une société de cartes de crédit, d’un prestataire de paiement ou d’un réseau de paiement numérique pour valider la transaction en temps réel.

Mais il ne s’agit pas vraiment ici d’une simple boutique de glaces au yaourt. Si hier, je n’avais pas pu acheter et payer en espèces notre dessert familial. la vie aurait continué. J’aurais trouvé une autre boutique de glaces. Ma préoccupation dépasse largement le cadre des glaces au yaourt. Il s’agit de ce qui se passe lorsqu’une société cesse peu à peu d’envisager l’utilisation de la monnaie légale, soit de bons billets de banque comme les suisses en CHF. Leur technologie de sécurité quasi inviolable découragent les faussaires qui préfèrent copier des dollars ou des Euros ! Les coupures helvétiques figurent parmi les plus sûres et techniquement avancées au monde. Les billets de la dernière génération intègrent pas moins de 18 éléments de sécurité majeurs dont un papier triple couche (Durasafe) : composé de deux couches de papier coton entourant un cœur en polymère.

Partout dans le monde, des pays étudient ou mettent déjà en place des monnaies numériques de banque centrale, et les formes programmables de monnaie numérique ne relèvent plus de la théorie. Certains gouvernements y voient d’immenses avantages : paiements plus rapides, réduction de la fraude et distribution plus efficace des fonds publics. D’autres s’inquiètent des conséquences lorsque chaque dollar peut être surveillé, restreint ou programmé et volé par des hackers infiltrés dans les réseaux informatiques.

Je ne prétends pas que cet avenir est inéluctable. Je me demande simplement si nous ne sommes pas en train de nous préparer, en silence, à l’accepter. Je vis dans une communauté rurale où la confiance existe encore. La confiance, tempérée par la conscience, que presque tout le monde possède une arme à feu, une façon originale d’encourager l’honnêteté. Notre ranch est fermé le lundi, mais il arrive que quelqu’un l’oublie et fasse le trajet jusqu’ici pour acheter des œufs, du lait, de la viande ou d’autres produits de notre ferme. Ils laissent un chèque ou de l’argent liquide sur le comptoir avec une note manuscrite nous indiquant ce qu’ils ont pris. J’arrive mardi matin, je lis la note, je souris et je sais exactement ce qui s’est passé. Ce genre de commerce existe toujours.

Vivre dans le Texas Hill Country m’a également rappelé que la technologie n’est pas infaillible. Nous comptons sur Starlink, et en période de fortes tempêtes, de vents violents ou d’épais nuages, notre Internet n’est pas toujours fiable. Il y a eu de nombreux jours où les cartes de crédit ne pouvaient pas être traitées, mais les familles ont tout de même profité du dîner, fait leurs courses et réglé la note en espèces. C’est important.

J’ai passé plus de 15 ans dans la restauration. Est-ce que quelqu’un d’autre se souvient des vieilles machines à imprimer des empreintes de cartes de crédit que nous appelions knuckle busters (casse-doigts) ?  Lorsque le réseau tombait en panne, vous pouviez toujours prendre une empreinte de la carte et traiter la transaction plus tard. Aujourd’hui, ces machines ont pratiquement disparu. Les cartes de crédit n’ont même plus de numéros en relief.

Nous avons construit une commodité incroyable. Nous avons également discrètement éliminé bon nombre de nos sauvegardes. Les systèmes résilients ont une redondance. Notre système financier possède de moins en moins les piliers fondamentaux des systèmes résilients: anticipation, redondance, modularité et décentralisation, répartition des contrôles et des pouvoirs, adaptabilité. À mesure que nous devenons plus dépendants d’un seul moyen de transaction, nous devenons également plus vulnérables lorsque ce système tombe en panne, lorsque l’accès à celui-ci est refusé ou lorsqu’un voyou s’infiltre dans ce système.

Comme le savent ceux d’entre vous qui lisent régulièrement ma chronique, je pense que nous avons besoin de davantage de transactions d’égalité à égal ( peer-to-peer). De plus en plus d’agriculteurs vendent directement aux familles au lieu de tout expédier via les marchés de matières premières. De plus en plus de personnes achètent dans la quincaillerie locale au lieu de cliquer automatiquement sur Acheter maintenant sur Amazon. Davantage de voisins soutiennent la petite librairie, le restaurant, le café ou la quincaillerie du coin de la rue, car les communautés ne restent dynamiques que lorsque les gens qui y vivent choisissent de les soutenir. L’argent n’est pas différent. La possibilité d’échanger directement de la valeur mérite d’être protégée.

Chaque fois qu’une autre institution se situe entre un acheteur et un vendeur, cette institution extrait de la valeur de la transaction. Parfois seulement, un tel service vaut la peine d’être payé. Mais chaque intermédiaire supplémentaire prend une petite partie de ce qui était autrefois un échange direct entre deux personnes. En tant que personne essayant de maintenir à flot un ranch, un restaurant, un magasin à la ferme et une famille, je ressens chaque dollar qui franchit notre porte. Chaque frais de traitement. Chaque frais de plateforme. Chaque abonnement. Chaque point de pourcentage compte. Ces coûts ne disparaissent pas simplement. Ils réduisent ce que gagne un agriculteur. Ils augmentent ce que paie une famille. Ils réduisent les marges qui permettent aux petites entreprises de survivre.

Peut-être plus important encore, ils portent atteinte à notre indépendance. L’argent liquide n’est pas parfait. Les paiements numériques non plus. Ce n’est pas mon propos. Ce que je veux dire, c’est que si nous perdons l’habitude d’effectuer des transactions directement, nous pourrions éventuellement perdre la capacité de le faire.

Les droits et nos libertés disparaissent souvent bien avant d’être supprimés. Ils disparaissent car ils ne sont plus exercés.

Cela ne ressemble qu’à un autre des centaines d’échanges discrets que nous avons effectués au fil des ans : la résilience pour la commodité, la vie privée pour la commodité, les relations locales pour la commodité, notre santé pour la commodité et, peut-être plus important encore, notre liberté pour la commodité.

L’argent liquide n’est plus roi. Ce n’est peut-être même pas l’avenir. Mais j’espère que nous ne laisserons pas la liberté que représente l’argent liquide disparaître tranquillement sans nous demander si c’est un échange que nous voulons vraiment faire. Parce que la liberté d’échanger de la valeur directement, sans demander la permission à quelqu’un d’autre, est peut-être l’une de ces libertés que nous n’apprécions pas pleinement, que jusqu’au jour où elle disparaît.
Pourquoi les citoyens contribuables ne réalisent-ils pas ce dangereux mécanisme central de l’économie moderne : l’inflation n’est pas seulement due à l’impression de billets physiques par nos banques centrales nationales, mais surtout à la création de monnaie scripturale (virtuelle) par les banques commerciales via le crédit. En réalité contrairement au passé, les billets de banque ne représentent qu’une infime partie de la monnaie en circulation, la grande majorité étant créée numériquement lorsque les banques accordent des prêts. Lorsqu’un citoyen utilise sa carte de crédit ou contracte un prêt immobilier ou autre, la banque inscrit simplement une somme sur son compte. Cet argent n’existait pas avant, la quantité d’argent en circulation augmente, cela plus vite que la production de biens et de services. Nous avons alors plus d’argent pour acheter la même quantité de choses, ce qui fait monter les prix (inflation). Puisque chaque création de monnaie virtuelle est adossée à un prêt, l’augmentation de la masse monétaire entraîne en outre automatiquement une hausse de la dette globale (l’engrenage des dettes privée set publiques).

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