Sur le plan économique, l’Afrique reste un terrain d’action privilégié des multinationales ayant leur siège en France, qui la considèrent comme un marché à conquérir. L’entreprise Orange domine ainsi le marché de la téléphonie mobile et de la banque à distance dans plusieurs États francophones. La France avait également gardé un rôle monétaire avec le franc CFA, monnaie qui a perduré en Afrique occidentale et centrale jusqu’à l’annonce, en 2020, de son remplacement à brève échéance par une monnaie unique complètement indépendante de l’euro. Alors que cette sortie tarde, en 2024, le Burkina Faso, le Niger et le Mali, trois États sahéliens ayant quitté la Cédéao pour former un nouveau groupe, l’Alliance des États du Sahel, ont réaffirmé leur intension de sortir de la zone CFA pour fonder une nouvelle monnaie commune.
Par ailleurs les liens avec l’Afrique francophone ont longtemps été un domaine réservé du président de la République française, avec des conseillers spéciaux aux compétences étendues, parfois aux frontières entre diplomatie souterraine, espionnage et affairisme.
Cette présence est depuis les indépendances l’objet de critiques, en France comme en Afrique, mais sa remise en cause ne s’est faite que très lentement et très récemment. Les termes de Chinafrique et de Russafrique, nés par analogie avec celui de Françafrique, témoignent de cette évolution, du recul de la France, et de l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène africaine. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/france-afrique-francafrique-afrique-france. (mise à jour O1/2024).
Avec Macron, la France n’est plus en Afrique qu’un Eldorado fantasmé et une pompe à fric pour les migrants ! Y’a bon la France ! Miam, Miam ! C’est bientôt la fin…
Publié: 23 septembre 2026, par Doctorant en histoire contemporaine, CY Cergy Paris Université
L’arrestation de deux journalistes français au Togo, fin juillet 2026, révèle les difficultés persistantes auxquelles sont confrontés les médias dans un pays dirigé depuis près de soixante ans par la famille Gnassingbé.
- Des décennies durant, le Togo a été un élément important du « pré carré » français en Afrique.
Dernièrement, le rapprochement de Lomé avec Moscou et la volonté de jouer les intermédiaires entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) fragilisent le partenariat franco-togolais, sans pour autant entraîner sa rupture.
Détenus en prison depuis le 27 juillet 2026 au Togo, les deux journalistes français Gaël Mocaër et Perez Pezzani ont pu regagner le sol français le 3 septembre 2026. Venus dans le cadre d’un tournage pour l’émission de France Télévisions les Routes de l’impossible, ils avaient été arrêtés dans le nord du Togo, région qui connaît depuis fin 2021 de graves incursions djihadistes en provenance du Burkina Faso.
«Il faut souligner que le Togo est un régime autoritaire, dirigé d’une main de fer par la famille Gnassingbé depuis 1967»
– d’abord par Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir de 1967 à 2005,
– puis par son fils Faure Gnassingbé, à la tête du pays depuis 2005. Cette longue domination politique familiale impose de nombreux obstacles aux journalistes, qu’ils soient togolais ou étrangers. Intimidations, arrestations et restrictions de la liberté de la presse sont ainsi devenues monnaie courante.
Le cas du journaliste togolais
Ferdinand Ayité, directeur du média indépendant
l’Alternative et contraint à l’exil politique en France depuis 2024, est à cet égard révélateur des difficultés rencontrées par les journalistes au Togo.
« L’arrestation des deux journalistes français s’inscrit en réalité dans un contexte plus large, celui de la dégradation des relations diplomatiques entre Lomé et Paris ».
Il faut rappeler que, depuis la fin des années 1960, le Togo constitue un pilier de l’influence française en Afrique de l’Ouest. Cependant, depuis quelques années, Lomé semble chercher à diversifier ses partenariats et à renforcer ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Le Togo a ainsi présenté une nouvelle stratégie visant à se positionner comme un « pont » entre les pays de l’AES, en rupture avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la
communauté internationale. Le ministre des affaires étrangères Robert Dussey a d’ailleurs confirmé que Lomé envisageait sérieusement
d’intégrer l’AES. Ce repositionnement diplomatique intervient alors que le pays traverse une période de tensions politiques, notamment autour de réformes constitutionnelles très controversées. Autant d’éléments qui viennent compliquer les relations historiquement étroites entre la France et le Togo.
Le Togo des Gnassingbé, un allié privilégié de la France
Le Togo est un petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest d’environ 10 millions d’habitants situé dans le golfe de Guinée, entre le Bénin à l’est, le Ghana à l’ouest et le Burkina Faso au nord.
C’est un État que l’on évoque rarement et qui reste relativement discret dans les médias.
Ancienne colonie allemande, anglaise, puis française, le pays accède à l’indépendance le 27 avril 1960 et fait ainsi son entrée dans la communauté internationale. Sylvanus Olympio devient le premier président du Togo indépendant en 1961.
Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, Olympio est assassiné à Lomé par un commando militaire, au sein duquel se trouve le lieutenant Étienne Gnassingbé. Il est alors remplacé par Nicolas Grunitzky, lui-même renversé quatre ans plus tard, le 13 janvier 1967, lors d’un coup d’État mené par Étienne Eyadéma, qui prend ensuite les commandes du pays. Devenu Gnassingbé Eyadéma, il dirige fermement le Togo, empêche toute tentative de changement et instaure un parti unique : le Rassemblement du peuple togolais (RPT).
Il ne lâche un peu de liberté qu’au début des années 1990 en accordant le multipartisme, sous les pressions françaises. Il décède en 2005 mais cela ne signifie pas pour autant la fin de
l’époque Eyadéma : son fils, Faure Gnassingbé, est désigné président par les militaires. À la suite des conseils de Jacques Chirac et aux pressions des États voisins, il est contraint d’organiser des élections « démocratiques », qui seront toutefois, comme les suivantes, très contestées par l’opposition. Élu en 2005 puis réélu en 2010, en 2015, en 2020 et en 2025, Faure Gnassingbé, âgé aujourd’hui de 60 ans, est toujours à la tête de l’État togolais.
«Jusqu’à sa mort, Gnassingbé Eyadéma a été l’un des principaux alliés de la France dans la région».
Une figure de ce que les historiens et les journalistes politiques ont appelé la «Françafrique ».
Le général Eyadéma a tissé des liens personnels étroits avec plusieurs dirigeants français, notamment Valéry Giscard d’Estaing. La pérennité du régime d’Eyadéma
repose en bonne partie sur les accords militaires franco-togolais qui permettaient à Paris d’intervenir militairement lorsque le pouvoir est menacé, contribuant ainsi à sa stabilité et à sa survie politique. La tentative de coup d’État contre Eyadéma à Lomé, en 1986, en constitue une illustration : des soldats français furent alors déployés dans la capitale afin d’assurer la
protection du président togolais.
Gnassingbé Eyadéma s’est imposé progressivement en Afrique de l’Ouest comme un médiateur régional incontournable dans la gestion des crises. Fin stratège et habile diplomate, il participe activement à la création de la Cédéao aux côtés du Nigeria. Il développe avec ses voisins une diplomatie du « bon voisinage », malgré des tensions
persistantes avec le Ghana. Cette position lui permet de devenir un relais privilégié de la politique française en Afrique de l’Ouest.
Une relation franco-togolaise en déclin
Lorsque son fils Faure Gnassingbé reprend les rênes du pays en 2005, rien ne laisse présager une remise en cause de cette relation privilégiée. La France demeure le partenaire principal du pouvoir togolais, et Faure Gnassingbé entretient des relations cordiales avec les présidents français successifs. Les liens entre les deux États se renforcent encore un peu plus sur le plan sécuritaire avec la montée de la menace terroriste dans le nord du pays depuis 2021.
La France intervient dans ce domaine, notamment à travers le renforcement des capacités des forces armées togolaises engagées dans la lutte contre les groupes djihadistes. Cette proximité se retrouve également sur le plan économique, notamment avec le groupe français Bolloré,
soupçonné d’avoir sous-facturé, via Havas, des prestations de communication pour favoriser la réélection de Faure Gnassingbé en 2010, en contrepartie de la concession du port de Lomé.
Le déclin des relations entre Paris et Lomé est relativement récent. Il intervient dans un contexte plus large : celui du recul de l’influence française dans la région du Sahel au profit notamment de la puissance russe. La politique d’Emmanuel Macron dans cette région s’est soldée par un échec marqué par le retrait militaire de la France et la
dégradation durable de ses relations diplomatiques avec les pays de la région.
Vladimir Putin’s meeting with the President of the Council of Ministers of Togo Faure Gnassingbé, Moscow, November 2025
C’est dans ce contexte que Lomé adopte une diplomatie plus multilatérale en cherchant à diversifier ses alliances de défense face aux pressions sécuritaires au Sahel. Ainsi, Lomé s’est considérablement rapproché de Moscou, ce rapprochement étant marqué par la signature d’un accord de coopération militaire et une rencontre officielle entre Faure Gnassingbé et Vladimir Poutine à Moscou, en novembre 2025. De plus, le Togo, pays membre de la Cédéao, est très proche des militaires au pouvoir dans les trois pays membres de l’AES, pro-russe. Fidèle à sa diplomatie du « bon voisinage », Lomé essaie de rapprocher ces deux organisations dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. C’est la nouvelle stratégie
« Togo-Sahel 2026-2028 ».
Ces évolutions ne marquent pas pour autant la fin des relations entre Paris et Lomé, mais elles ont contribué à fragiliser leur partenariat historique. Une situation qui préoccupe Paris, d’autant plus que la Russie cherche à étendre son influence dans la région en essayant de faire du Togo l’un de ses principaux alliés dans le golfe de Guinée.
La visite de Jean-Noël Barrot à Lomé, les 23 et 24 avril 2026, témoigne ainsi de la volonté française de réaffirmer son partenariat avec le Togo et de défendre une offre de coopération face à la concurrence de nouveaux acteurs.
source Pcc
Juvénal de Lyono
Même le slogan « Y’A BON » à été ôté des boîtes de BANANIA.