Capitulation américaine

C’est avec tristesse que j’écris ces mots. Je dois parler de capitulation. J’aurais aussi pu parler de débâcle. Je ne m’attendais pas, je dois le dire, à de telles décisions de la part de Donald Trump.

Je sais que les élections de mi-mandat approchent et que Trump voudrait sauver ce qui peut l’être, je crains que ce qu’il vient d’accepter ne sauve rien du tout, mais je peux me tromper. Le prix de l’essence à la pompe va baisser aux Etats-Unis, et il baisse déjà (moins de 4$ le gallon de sans plomb à Las Vegas aujourd’hui). Le prix du baril au moment où j’écris est tombé à 75$ et va tomber encore. L’économie américaine se porte bien. Si Donald Trump gagne son pari, il parviendra peut-être à limiter les risques de victoire démocrate.

Je sais que la guerre contre le régime iranien, en ayant duré trop longtemps sans conduire à une victoire décisive, était devenue impopulaire au sein de la population américaine au sein de laquelle ceux qui voulaient qu’elle prenne fin étaient plus de 70%. Je sais aussi, et je l’ajoute, qu’une victoire décisive (les Américains aiment les victoires décisives) aurait été possible, ce qui rend la situation actuelle absolument lamentable. Comme le général Keane l’a répété, il aurait fallu quinze jours de plus, pas davantage, et il aurait fallu quelques frappes décisives. Trump a refusé de toucher aux ponts, aux voies ferrées, et à l’île de Kharg. En 1944-45, les Etats-Unis voulaient gagner et ont bien moins épargné l’Allemagne nazie : quand on veut gagner, on s’en donne les moyens et les Etats-Unis avaient tous les moyens.

Je sais que l’économie mondiale commençait sérieusement à souffrir, ce qui aurait été évité si les Etats-Unis s’étaient donné les moyens et si Trump n’avait pas retenu l’armée américaine.

Et ce doit être dit, oui : Trump a très mal géré la guerre. Il a effectivement retenu l’armée américaine, mais aussi l’armée israélienne. Saura-t-on un jour pourquoi ? La volonté qu’il n’y ait aucun Américain mort au combat est une explication souvent donnée. Elle n’explique pas tout. La volonté de laisser des infrastructures intactes dans l’éventualité d’un changement de régime qui n’a pas eu lieu ? Je n’ai pas la réponse.

Trump a décidé un cessez-le-feu le 8 avril dernier, pour deux semaines. C’était beaucoup trop tôt. Les deux semaines sont devenues deux mois. Et ces deux mois ont été utilisés à leur profit par les membres du régime iranien. Ils ont pu recevoir des aides russes et chinoises. Ils ont pu gagner du temps, laisser s’approcher les échéances américaines : coupe du monde de football, 250ème anniversaire, midterms.

Trump avait dit que l’Iran n’a jamais gagné une guerre, mais n’a jamais perdu une négociation. Phrase exacte. Trump a tenu à négocier, et l’Iran n’a pas perdu. C’est Trump qui a perdu, et les Etats-Unis avec lui.

Trump n’a pas voulu publier le memorandum of agreement dès dimanche dernier. Il l’a fait le 17 juin, et on peut comprendre que Trump ne l’ait pas fait avant. C’est un texte honteux pour Trump et pour les Etats-Unis. Cela ne l’a pas empêché de le signer à Versailles, sous les applaudissements.

Trump, montre le memorandum, a cédé sur tous les points. Le régime iranien a obtenu tout ce qu’il souhaitait. Et je dois le dire : c’est pire encore que ce à quoi je m’attendais, et j’étais pourtant pessimiste.

L’arrêt des combats est « total et permanent ».

Le memorandum garantit « l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban » : ce qui signifie qu’Israël se voit demander de quitter le territoire libanais sous peine d’être traité de pays fauteur de guerre, et que le Hezbollah peut continuer à occuper le territoire libanais.

Les Etats-Unis vont se replier. Ils ont commencé à le faire, et ils mettront fin à leur présence à proximité de l’Iran et à toute forme de blocus du détroit d’Ormuz dans un délai maximum de trente jours. Le régime iranien laissera, lui, un libre passage à tous les bateaux présents dans le golfe arabo-persique pendant soixante jours. Il a fait savoir qu’ensuite, il demandera un péage.

Le régime iranien obtiendra un financement de 300 milliards de dollars pour se reconstruire : l’argent viendra essentiellement des émirats du Golfe, qui feront donc acte d’allégeance, comme je l’avais prévu. Pour le Qatar, ce ne sera pas difficile : l’allégeance était déjà là avant la guerre.

Toutes les sanctions pesant sur le régime seront levées dans un délai de soixante jours. Et je le précise : le régime est nommé dans le memorandum « république islamique d’Iran », et c’est avec la « république islamique d’Iran » que les Etats-Unis signent le memorandum, ce qui signifie que les Etats-Unis reconnaissent le régime et entérinent son maintien.

L’uranium enrichi sera non pas détruit ou envoyé à l’étranger, mais dilué, comme le régime le demandait, ce qui signifie que l’uranium restera en Iran, et que le régime pourra plus tard l’enrichir à nouveau.

Le régime iranien, dit le texte, pourra satisfaire ses « besoins nucléaires », donc enrichir de l’uranium à des fins civiles. Que ceux qui croient que le régime s’arrêtera à un bas niveau d’enrichissement gardent leur sérieux et leur aveuglement, les autres ont le droit de ricaner.

Tous les fonds iraniens gelés seront mis à la disposition du régime.

Et pour finir, tout cela sera soumis au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui votera le texte.

Tout cela signifie que le peuple iranien restera sous le joug des Gardiens de la Révolution et que la féroce répression qui s’abat sur lui en ce moment pourra continuer. Le peuple iranien est trahi, oui.

Tout cela signifie que le Liban restera sous la coupe du Hezbollah, et les Libanais qui voulaient la fin du Hezbollah sont trahis eux aussi, oui encore.

Tout cela signifie que si Israël veut se défendre contre le régime iranien, le Hezbollah et les milices Houthi, il sera seul, n’aura aucun appui de l’administration Trump et sera traité de pays fauteur de guerre, comme je l’ai écrit plus haut. Israël est trahi, oui encore et toujours. Et Netanyahou est abandonné par celui qu’il prenait pour un allié. Pour faire bonne mesure, Netanyahu est aussi insulté et traité avec condescendance par Trump.

Ceux qui pensent que le régime iranien va faire une faute qui servira de prétexte à Trump pour reprendre le combat, à mes yeux, se trompent lourdement. Le régime iranien va profiter de la situation pour se reconstruire et se consolider et ne fera aucune erreur. Il est composé de fanatiques, pas d’imbéciles. Je crains aussi que ceux qui disent que Trump jettera le memorandum à la poubelle sitôt les midterms passées se trompent aussi.

Le régime iranien va redevenir sans doute la puissance dominante de la région. Il lui faudra quelques années pour cela.

Son alliance avec la Chine et la Russie va persister et permettre que se renforce un axe anti-occidental. L’islam radical et le terrorisme islamique vont se trouver galvanisés.

Macron, toujours aussi crétin, a dit qu’il se réjouissait de l’accord. La bande de crétins européens dont il fait partie vont sans doute se réjouir aussi.

Aux Etats-Unis, J.D. Vance, toujours ami de l’antisémite anti-israélien Tucker Carlson, fait le tour des plateaux de télévision. Il est toujours très froid dès qu’il parle d’Israël, et profère des inepties concernant l’histoire du monde : il dit que toutes les guerres se sont achevées par des négociations, y compris la Deuxième Guerre mondiale. Cela signifierait donc qu’Eisenhower a négocié avec Hitler la fin de la guerre. Comment peut-on proférer de semblables monstruosités ? J.D. Vance est un homme cultivé : il ment et il le sait. Il menace aussi Israël en disant que les dirigeants israéliens doivent prendre garde à ne pas perdre leur seul ami sur terre.

Ce qui se passe est d’une gravité extrême. Mon amour des Etats-Unis est intact et je célèbrerai le 250ème anniversaire de la Déclaration d’indépendance de mon pays le 4 juillet prochain. Mais jusqu’à nouvel ordre, je considère que Trump est impardonnable.

Il a cru pouvoir faire un deal. Il a imaginé trouver une Delcy Rodriguez iranienne. Il ne l’a pas trouvée. Il n’a pas ordonné de frappes décisives sur l’Iran alors qu’il l’aurait pu. Face aux échéances qui s’annonçaient, il a capitulé.

Sa crédibilité et celle des Etats-Unis sont détériorées.

Il avait été jusque-là un grand président et un ami d’Israël. Et c’est grâce à lui que le régime iranien n’a pas l’arme atomique. C’est grâce à lui que les accords d’Abraham ont été signés et que l’armée iranienne est largement détruite : militairement, la guerre avait été gagnée.

S’il veut avoir la place dans l’histoire du monde qu’il méritait jusque-là, il va devoir effacer le memorandum, son contenu et ses conséquences. Il lui reste un peu plus de deux ans.

© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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