
On reproche aux femmes d’avoir un sac trop lourd. On en rit, on s’en moque, on questionne, surtout les maris: » Le sac pèse », tire l’épaule, fait glisser la bretelle, donne l’impression qu’on transporte la vie entière.
Par Soumaya Naamane Guessous
Mais dans les moments de crise, quand la panique s’installe et que quelque chose manque, c’est ce même mari qui finit par s’exclamer, admiratif: «T’ as TOUT dans ton sac!» Moment tragiquement rare. Mais il se produit une fois par décennie! Il faudra attendre l’an 2036 pour que cela se reproduise. Le reste du temps, tous ces objets servent surtout à calmer l’angoisse ancestrale de manquer de quelque chose. Un rouge à lèvres, un chargeur, un mouchoir: on ne sait jamais!
Et puis il y a les objets traumatiques: ceux qui n’ont jamais quitté le sac depuis un incident mémorable. Sophie: «Un jour, je suis sortie des toilettes et j’ai laissé derrière moi de puissantes émanations toxiques. Mon patron est entré juste après… Il a dû me maudire! J’ai cru mourir de honte. Depuis, une mini-bombe désodorisante ne quitte plus mon sac. Avant de sortir des toilettes, je vaporise un nuage.»
Henriette : «Un jour, mon ourlet a craqué en pleine rue. Ma jupe pendait. Depuis, j’ai dix épingles à nourrice dans mon sac, du fil et une aiguille.» Un atelier de couture ambulant!
Huguette : «Un jour, je me suis sali les mains en changeant mon pneu. Depuis, mon sac traîne une boîte de lingettes humides.»
Jasmine : «Mon téléphone s’est éteint en plein milieu d’une dispute amoureuse sur WhatsApp. Le message final n’a jamais été envoyé. Depuis, j’ai un chargeur et un deuxième câble… Au cas où…»
Katherine : «J’ai failli m’évanouir dans le tram. Depuis, mon sac contient une boulangerie miniature: biscuits, dattes, amandes… Toujours prête pour l’apocalypse.»
Salima : «Avant un entretien, un ongle s’est cassé. Mini-kit de manucure obligatoire. Je suis désormais armée pour toutes les catastrophes esthétiques.»
«Le sac des femmes contient plus que des objets: il raconte le quotidien, les urgences, les traumatismes, la prévoyance et… un peu du monde entier»
Céline : «En été, dans une boîte de nuit bondée, j’ai oublié mon déo. Catastrophe humanitaire. Depuis, le déodorant est mon meilleur ami. Même pour aller acheter le pain.»
Isabelle : «Un bouton géant sur ma joue juste avant un mariage. Depuis, j’ai un arsenal de maquillage d’urgence. Je pourrais maquiller toute une tribu.»
Lucette : «Le coffre de ma voiture ne fermait plus alors que j’étais sur l’autoroute. Depuis, j’ai toujours des ciseaux et une ficelle. Au cas où…»
Et attention! Le sac des femmes est un espace sacré. Ne t’avise surtout pas d’y mettre la main sans autorisation. Tu entendras alors un hurlement: «Touche pas à mon sac! Ne fouille pas dedans!» Même si l’intérieur semble chaotique, la femme sait exactement ce qu’il contient. Elle ne regarde même pas: ses doigts, équipés d’un GPS tactile, explorent et identifient chaque objet à l’aveugle.
Et l’hiver, le sac se renforce: collants de rechange, chaussettes, parapluie pliable. Sinon, on y trouve du chocolat, des bonbons, des biscuits, un couteau pliable, une brosse à cheveux, des barrettes et des bandeaux, un spray mentholé ou des pastilles contre la mauvaise haleine, un parfum miniature ou un échantillon de cosmétiques, des mini-ciseaux ou un coupe-ongles, des agrafes, une petite lampe de poche, une clé USB, des écouteurs emmêlés, un ticket de pressing datant de 2022, une trousse de maquillage, du ruban adhésif ou du scotch, des lingettes désinfectantes, une tétine, un mini-biberon pour l’enfant, un élastique, une ficelle, des chewing-gums, des médicaments, du gel nettoyant depuis le Covid, des protège-slips, des serviettes hygiéniques, des trousseaux de clés et des clés appartenant à une serrure désormais oubliée, des médicaments pour tous les scénarios: maux de tête, indigestion, vertige, nervosité, allergies, diarrhée, cœur brisé… Il y a aussi l’objet souvenir ou le porte-bonheur: coquillage, pierre, breloque… Des photos, même si le téléphone en contient déjà…
Rachida, elle, a un petit Coran, glissé dedans comme un talisman de protection. Des tonnes de mouchoirs, de chargeurs et de mini-bombes désodorisantes, preuve que le sac est un univers à part entière.
De temps en temps, certaines prennent une ferme résolution: «Je vais alléger ce sac.» Elle l’ouvre, renverse tout le contenu sur la table, trié par thème, pose certains articles loin d’elle, décide de supprimer des objets… et puis elle finit par tout remettre dans le sac. Aucun objet n’est inutile, après tout. On ne sait jamais… Au cas où…
Le sac des femmes contient plus que des objets: il raconte le quotidien, les urgences, les traumatismes, la prévoyance et… un peu du monde entier. Il ne pèse pas seulement 4 kilos: il porte toutes ces histoires qui nous rendent stratégiques, fortes et prêtes à tout. Alors oui, nos sacs sont lourds. Mais souvenez-vous: ce n’est pas un sac, c’est un coffre-fort ambulant. Un jour, quand la crise survient et que la solution miracle se trouve au fond du sac, elles se disent: «Voilà pourquoi j’ai trimballé toute ma vie 10 épingles, 3 chargeurs de batterie et une ficelle!»……
Ne vous moquez pas. Messieurs, admirez, respectez… et ne touchez pas au sac des femmes. Jamais. Et respectez notre «au cas où», même quand il ne se produit jamais! (1)
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_F%C3%A9dida et https://carnetpsy.fr/a-pierre-fedida-mon-ami/
Juvénal de Lyon
291 total views, 291 views today

Chez nous on appelle ça la musette,nom qui a plusieurs significations je vous laisse imaginer.on voit meme,certains sacs à mains posés sur une table,bouger,voir vibrer d’une façon étrange,mais ce n’est peut etre que le fruit de mon imagination fantasmée.Vous avez dit bizarre…C’est à ce moment la,plutot genant qu’on voit certaines joues rougir,honte ou plaisir non dissimulé,je vous laisse le choix de la déduction.bien pratique quand meme ces sacs à mains,heureusement qu’ils ne sont pas transparents.Désolé mesdames c’était trop tentant,et puis il n’y a pas de mal,un petit trait d’humour,meme si il n’est de bon gout,au vu de l’ambiance actuelle rions un peu.
Joli ! Merci Jean-Christophe. Quand j’étais enfant, mon grand-père ne se déplaçait jamais sans sa « musette » une espèce de sac à dos où il mettait les courses et sa « chopine » pour la route.