Comme l’écrit ce matin Amit Segal, les résultats provisoires attestent de la défaite du “bloc du changement” et de la progression spectaculaire des partis arabes, qui sont les deux phénomènes marquants de ce scrutin. Analyse.
“Je n’ai jamais vu“, écrit Amit Segal, “un camp politique aussi organisé et préparé avec autant d’énergie à une élection que le ‘bloc du changement’ en vue de ces élections”. Il cite notamment, à l’appui de cette affirmation, les accords d’excédents (permettant aux partis d’opposition de ne pas perdre de voix), et l’organisation très efficace de vols depuis l’étranger, pour faire venir voter hier un maximum d’Israéliens installés en dehors du pays.
Mais “la démographie a triomphé de l’énergie”, explique Segal. Et le camp anti-Bibi, qui a fêté cette nuit sa “victoire” un peu trop tôt (à l’instar de Shimon Pérès en 1996, pour ceux qui s’en souviennent) doit aujourd’hui déchanter. Non seulement Benjamin Nétanyahou n’a pas été “puni” par les électeurs pour le 7-Octobre, et Eisenkot n’est pas “en route pour rencontrer le Président“ (pour former un gouvernement) comme l’annonce en “Une” le Yediot Aharonot ce matin, mais en réalité, c’est Nétanyahou qui réalise une fois de plus un score tout à fait honorable, en conservant au Likoud la première place sur l’échiquier politique israélien, même si le bloc de droite n’obtient (pour l’instant) que 54 sièges.
Démographie et mobilisation arabe
La deuxième leçon provisoire de ce scrutin très attendu concerne également la démographie et la mobilisation. Le score impressionnant des deux listes arabes (Liste unifiée et Ra’am) représente un succès inattendu et jamais atteint pour le secteur arabe israélien. Il constitue un signal inquiétant pour l’avenir, pour au moins deux raisons. La première est que l’engagement politique de l’électorat arabe israélien confirme la tendance à la radicalisation observée depuis plusieurs décennies, en amenant à la Knesset des voix extrémistes, qui non seulement ne reconnaissent pas le caractère juif et démocratique de l’Etat d’Israël (ce qui justifierait théoriquement leur exclusion de la vie politique selon les critères fixés par la loi), mais qui ont aussi pour beaucoup d’entre elles une attitude très ambiguë concernant le 7-Octobre et le Hamas.
Un gouvernement sioniste d’union nationale est-il possible ?
Ce qui nous amène aux conclusions concrètes de ce scrutin : quel gouvernement sera demain constitué ? L’hypothèse d’un gouvernement d’union entre la gauche et les partis arabes demeure théoriquement possible, malgré l’extrémisme des députés arabes, et on a peine à imaginer comment un tel gouvernement poursuivra la guerre contre le Hamas à Gaza et contre le Hezbollah et l’Iran au Liban.
L’autre hypothèse, celle d’un gouvernement sioniste d’union nationale excluant tant les partis arabes que les partis juifs orthodoxes (sans établir aucune équivalence morale entre eux), devrait ainsi être la préférence de tout Israélien attaché au caractère juif et démocratique de l’Etat, surtout après le 7-Octobre. On peut espérer que Nétanyahou montrera une fois de plus son talent politique et que le président Herzog oubliera ses préférences personnelles et s’engagera en faveur d’un tel gouvernement d’union, auquel une large partie de l’électorat juif est favorable.
Les jours et semaines à venir diront si ce scénario pourra être adopté en dépit du “boycott” anti-Nétanyahou du camp « tout sauf Bibi », dont nous n’avons pas fini de déplorer les conséquences désastreuses pour l’Etat d’Israël.
P. Lurçat
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