
Suppression de la redevance et -15 % de budget : la Tchéquie s’attaque au gaspillage de l’audiovisuel public .
À quand la même cure en France ?

Le Premier ministre Andrej Babiš
Le gouvernement de coalition conservateur tchèque, dirigé par le Premier ministre Andrej Babiš, concrétise sa promesse de campagne en supprimant la redevance obligatoire de télévision et de radio pour les ménages. Dans le même temps, les subventions allouées aux chaînes publiques du pays sont réduites d’environ 15 %. Cette annonce a déclenché de vives critiques de la part des employés des médias d’État, qui ont décrété une grève d’une journée entière pour protester contre ces coupes budgétaires.
Le projet de loi a été adopté en première lecture à la chambre basse du Parlement tchèque. Le vote a eu lieu à 04h36 à l’issue d’un débat nocturne de neuf heures, parfois houleux, au cours duquel l’opposition a tenté en vain d’arrêter le processus.
La réforme signifie que la redevance séparée de 205 couronnes tchèques par mois par foyer – soit environ 8,10 euros – sera totalement supprimée à compter de l’année prochaine. À la place, la chaîne de télévision Česká televize et la station de radio Český rozhlas seront financées directement par le budget de l’État.
Cette transition s’accompagne d’un plan d’économies clair pour les médias d’État. Globalement, les dotations annuelles sont réduites d’environ 15 % par rapport aux prévisions de recettes de la redevance pour cette année, ce qui représente une baisse de plus de 58 millions d’euros.
Les journalistes lancent un préavis de grève
Selon le projet de loi, la Cour des comptes du pays obtiendra également le droit de vérifier la gestion des ressources par les sociétés de service public. En outre, les subventions seront gelées à ce nouveau niveau et ne seront revalorisées que si l’inflation globale dépasse les 10 %.
Après le vote, le texte est transmis en commission parlementaire. Une deuxième et une troisième lecture auront ensuite lieu à la chambre basse, avant que la loi ne soit finalement examinée par le Sénat et le président.
Au sein des groupes audiovisuels financés par l’impôt, les projets de réforme du gouvernement ont provoqué une vive colère. Les syndicats et les salariés de la télévision et de la radio tchèques ont appelé à une grève d’une journée entière le mardi 3 novembre, affirmant que les restrictions budgétaires menacent l’indépendance du journalisme.
Pendant le week-end, des milliers de manifestants se sont également rassemblés sur la place de la Vieille-Ville à Prague sous le slogan « Bas les mains des médias », tandis qu’environ 4 000 personnes ont protesté dans la deuxième ville du pays, Brno. L’opposition accuse le gouvernement de vouloir faire taire les journalistes critiques et menace de porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle et la Commission européenne.
Babiš maintient sa position
Le Premier ministre Andrej Babiš et sa coalition gouvernementale critiquent depuis longtemps les chaînes publiques pour leur orientation politique et le gaspillage de l’argent des citoyens. Le chef du gouvernement a affirmé que l’exécutif ne retirerait pas le projet de loi malgré les manifestations.
M. Babiš souligne que le gouvernement concrétise une promesse claire faite aux électeurs en libérant les foyers de la redevance obligatoire, qui avait été augmentée l’année dernière seulement par le gouvernement précédent. Il fait également valoir que les sociétés de service public à travers l’Europe sont contraintes d’économiser, tandis que les médias d’État tchèques ont jusqu’ici échappé aux mesures d’austérité.
– « Toute l’Europe fait des économies, mais ces deux médias n’en font pas et personne ne les contrôle », a déclaré Andrej Babiš lors de la présentation du projet de loi.
Sur Facebook, le Premier ministre a rejeté les accusations selon lesquelles le gouvernement chercherait à contrôler le contenu des émissions, écrivant qu’« il n’y a pas de guerre pour des médias indépendants » et qu’« aucune nationalisation des médias n’est en préparation ».
– « Nous ne nous immiscerons jamais dans le travail rédactionnel ou les questions de personnel de la télévision et de la radio tchèques », a-t-il affirmé.
La situation explosive des médias publics en France

Le contraste est saisissant avec la France, où l’audiovisuel public engloutit des sommes colossales prélevées directement sur le budget de l’État : le financement public s’élève à environ 3,8 milliards d’euros par an, dont plus de 2,5 à 3 milliards d’euros accordés au seul groupe France Télévisions. Cette manne budgétaire fait régulièrement l’objet de vives polémiques sur le train de vie et la gestion interne des établissements publics.
Sous la présidence de Delphine Ernotte, le groupe est plongé dans plusieurs scandales liés à des dépenses jugées éhontées et à une gestion financière qualifiée de critique par la Cour des comptes. Les commissions d’enquête et audits ont mis en lumière une explosion des coûts de fonctionnement, marquée par des rémunérations hors norme — où des dizaines de cadres dirigeants perçoivent plus de 200 000 à 300 000 euros bruts par an —, mais aussi par des frais de réception, d’hôtels d’exception lors de grands festivals comme Cannes, et de déplacements somptueux pris en charge par le contribuable. Alors que la présidente fait face à des procédures et des plaintes visant ces dérives salariales et d’intendance, la contestation grandit face à un modèle audiovisuel français jugé extrêmement budgétivore et insuffisamment contrôlé.
Est-elle toujours en poste malgré cette gestion scandaleuse ?
Oui, absolument.
À la tête de France Télévisions : reconduite par l’Arcom pour un troisième mandat consécutif de 5 ans, elle est en poste jusqu’en 2030.
Au niveau européen : elle a également été réélue à la présidence de l’UER (Union européenne de radio-télévision / EBU).
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