Il était là, face caméra, le regard sérieux, les mains qui dessinent dans le vide des concepts aussi consistants qu’un nuage de vapeur. On l’écoutait. Ou plutôt on regardait le spectacle d’un homme qui parlait. Longuement. Avec solennité. Avec cette façon particulière de remplir le temps d’antenne de mots soigneusement choisis pour ne rien dire.
Du creux. Du vide. Du « nous devons », du « il faut », du « ensemble » , du « responsabilité », du « avenir »… Des formules qui, mises bout à bout, forment une belle architecture sonore… et s’évaporent dès qu’on essaie d’en retenir une seule pierre. On sort de l’émission avec la vague impression d’avoir assisté à quelque chose d’important, puis on se rend compte, cinq minutes plus tard, qu’on est incapable de citer une seule mesure concrète, un seul chiffre, une seule décision. Juste une impression de gravité.
Fallait-il vraiment retenir quelque chose ?
Peut-être. Peut-être que le vrai message n’était pas dans les phrases, mais dans le simple fait d’être encore là, à la télé, à parler. Comme si l’important n’était plus de gouverner, mais de rappeler régulièrement qu’on existe encore. Un exercice de présence. Un « je suis toujours là » adressé à un pays qui, de plus en plus, répond par un silence poli ou un haussement d’épaules.
À moins que ce ne soit autre chose. À moins que ce creux soigneusement entretenu ne soit qu’une manière de préparer le terrain. De faire passer le temps. De remplir l’espace médiatique avant la prochaine salve. Car on commence à connaître la partition : d’abord le grand moment solennel où l’on parle beaucoup pour ne rien annoncer, puis, quelques semaines plus tard, les textes, les décrets, les ajustements et les « nécessaires efforts » qui, eux, ne sont jamais creux. Eux, ils ont du poids. Et ce poids, d’habitude, tombe toujours du même côté.
Alors on regarde Macron parler à la télé, on écoute le vide soigneusement emballé, et on se demande si le vrai contenu n’est pas encore à venir. Celui qu’on n’annonce pas le soir à 20 heures. Celui qu’on découvre le lendemain dans un journal officiel ou dans une facture.
En attendant, le spectacle continue. Les mots tournent. Le vide reste. Et le pays, lui, attend de voir ce qui, cette fois encore, va vraiment sortir du chapeau.
Jeanne La Pucelle
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C’est un acteur très satisfait de lui-même, qui fait son numéro, et qui derrière son sourire colgate, est très insensible, au malheur des gens.