Barbara Lefebvre face à la justice : dénoncer le Hamas devient un délit d’opinion

 

Le 23 septembre dernier devant la 17e chambre (que je ne connais que trop bien) le parquet a requis huit mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende contre Barbara Lefebvre. Les chefs d’accusation : provocation à la haine et apologie de crime contre l’humanité . Rien que ça !

La décision sera rendue le 13 novembre. Les propos incriminés datent de février 2025, tenus sur i24 News, dans le contexte de la restitution des corps d’otages israéliens par le Hamas. Mais c’est celle qui dénonce les horreurs du Hamas que les juges veulent condamner. C’est à devenir fou, c’est à vouloir faire la révolution, non ? 

Qu’avait-elle dit de si terrible ? « Les civils à Gaza sont autant responsables que les membres du Hamas et du djihad islamique. […] Cela devra être payé au prix fort. » Et, à propos du plan Trump : « On ne peut que soutenir [ce] plan et décider une bonne fois pour toutes que la bande de Gaza doit devenir une zone vierge. Il faut que ces gens-là aillent vivre ailleurs. »

Ces phrases, brutales, peuvent choquer sorties de leur contexte. Elles le doivent, car le contexte est vraiment une abomination qui nécessite que les choses soient dites. Mais les transformer en délit passible de prison, même avec sursis, pose une question de fond qui dépasse largement le cas de Barbara Lefebvre ! Jusqu’où la justice française peut-elle aller dans la criminalisation d’une opinion politique sur un conflit armé…(armé oui car l’Intifida qui dure depuis des lustres ne se fait pas à coups de figues offertes sur un plateau ! )?

Les juges auraient-ils souffert d’un oubli soudain, à savoir le contexte que l’on préfère souvent omettre :

Le 7 octobre 2023, le Hamas et le Jihad islamique ont lancé une attaque d’une sauvagerie planifiée contre des civils israéliens : massacres dans des kibboutzim, viols, mutilations, enlèvements de bébés, de personnes âgées, de jeunes gens en festival… Des vidéos et des témoignages, y compris de Palestiniens, ont documenté la participation active de civils gazaouis à certains de ces actes : pillages, enlèvements, exultation, violences… Barbara Lefebvre a rappelé devant le tribunal qu’elle visait précisément ceux-là, et non l’ensemble de la population de Gaza. Elle a reconnu un manque de précision dans la formulation, dû à l’émotion et au rythme de l’antenne. Cela change-t-il tout ? Non. Mais cela change l’intention.

Quant à « vider Gaza », elle s’est défendue d’appeler à un nettoyage ethnique. Elle a expliqué parler d’une évacuation permettant de neutraliser le Hamas — cette douce et tendre  organisation qui a transformé la bande de Gaza en base de lancement de roquettes et en réseau de tunnels sous les hôpitaux et les écoles — et de reconstruire. Le plan Trump, quel que soit le jugement qu’on porte sur lui, proposait précisément un redéploiement de population vers l’Égypte et la Jordanie, avec des garanties de reconstruction. Soutenir une proposition diplomatique américaine n’est pas un crime contre l’humanité !!!!!!! 

Bref, une fois de plus, c’est le 2 poids, deux mesures !

En France, on peut, dans certaines émissions ou sur certaines tribunes, relativiser, voire justifier, le 7 octobre comme un  » acte de résistance » (j’ai envie de vomir et de traîner les locuteurs bien en cours au tribunal mais je sais que ce serait en vain). On peut traiter Israël de régime génocidaire (alors qu’il y a bien plus de liberté et de démocratie que dans la France de Macron et l’Europe de Der Leyen) sans risquer systématiquement les mêmes poursuites. On peut appeler à la destruction de l’État sioniste (rien que ça !!!)  sous couvert de slogans. Mais dire que des civils qui ont participé aux massacres ou qui soutiennent massivement (selon de nombreux sondages d’opinion gazaouis) une organisation qui se sert d’eux comme boucliers humains portent une part de responsabilité, cela devient une apologie de crime contre l’humanité . Ça me rend positivement enragée de bon matin…Et cela alors que je n’apprécie pas vraiment Barbara Lefebvre pour sa suffisance, c’est un comble

Barbara Lefebvre n’a pas appelé à tuer des Palestiniens. Elle n’a même pas nié les souffrances des civils gazaouis (il suffirait pourtant qu’ils aillent dans l’un des 57 pays musulmans de la planète.  Que font-ils donc sur le territoire israélien alors qu’ils haïssent Israël ?).

Elle a refusé de les présenter comme des victimes purement passives d’une guerre qu’ils n’auraient en rien contribué à créer. C’est une position politique dure, discutable, choquante pour certains, admettons. Ce n’est pas un appel au génocide.

La liberté d’expression, en démocratie, n’existe que pour les propos qui dérangent. Elle ne consiste pas à protéger uniquement les opinions consensuelles ou les formulations policées. Les associations qui ont porté plainte (Europalestine, SOS Racisme) ont parfaitement le droit de contester ces propos avec force. Elles n’ont pas le droit de transformer le débat public en prétoire pour faire taire une voix adverse, et en tout cas il est monstrueux qu’elles soient suivies par des juges !!!!

Là où on en est, on voit trop souvent une justice qui risque de se discréditer, la France en sort diminuée. sur ce plan-là aussi.

Barbara Lefebvre a déjà été condamnée en avril 2026 à 1 000 euros d’amende pour des propos sur les gens du voyage. Elle a fait appel. On peut juger ces propos excessifs ou insultants. On peut aussi constater qu’ils s’inscrivent dans une longue série de déclarations polémiques qui lui ont valu menaces et protection policière. Mais multiplier les poursuites pour des opinions politiques sur un conflit international, c’est glisser vers une justice d’opinion.

Le Hamas a volontairement ancré sa stratégie dans la population civile gazaouie. Il l’a dit, écrit, filmé. Il a utilisé les hôpitaux, les écoles, les mosquées. Il a célébré le 7 octobre. Refuser de regarder cette réalité en face, sous prétexte de « ne pas stigmatiser », c’est refuser de comprendre la nature de ce conflit. Barbara Lefebvre a choisi de la regarder sans filtre. Elle en paie le prix.

Huit mois de prison avec sursis, même s’ils ne sont pas fermes, restent une condamnation pénale. Une tache. Un signal. Le signal que, en France, certaines vérités sur le terrorisme islamiste et sur les responsabilités collectives dans un conflit peuvent désormais vous valoir d’être traînée devant un tribunal. C’est terrifiant. Sommes-nous passés sous dictature islamiste à l’insu de notre plein gré ?

La démocratie n’a pas besoin de tribunaux pour arbitrer les opinions sur Gaza. Elle a besoin de débats francs, durs, parfois choquants. Si Barbara Lefebvre a manqué de nuance, le remède n’est pas la prison. C’est la contradiction. Et la contradiction, en démocratie, se fait par les mots, pas par le Code pénal. Dois-je dire « se faisait », dans l’ancien temps, avant… Avant quoi ? Dois-je  préciser ? 

Christine Tasin

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