Il y a 54 ans, un certain 21 septembre, j’étais en Terminale, en cours de latin et j’ai vu mon professeur, les larmes aux yeux sortir des photos de statues grecques, de corridas et une photo ressemblant à l’illustration ci-dessus, celle de Henry de Montherlant, qui venait de mettre fin à ses jours par hédonisme, par amour de la vie. « Je deviens aveugle, je me tue. »
Cet amoureux fou de la beauté, des livres, de l’Antiquité gréco-romaine, des ruines, de la peinture, des êtres qui le rendaient heureux avait compris qu’il devenait aveugle et qu’il ne pourrait bientôt plus profiter de ce qui le rendait heureux, lui donnait une raison de vivre. Il s’est suicidé en prenant moult précautions pour ne pas rater son coup. (cyanure et au cas où le cyanure n’aurait pas marché, balle dans la bouche) Chapeau bas. C’est mon modèle, avec Socrate, et je rêve de pouvoir faire la même chose que lui si ma santé se dégrade et que je ne peux plus vivre une vie digne.
Alors, un petit hommage à l’hédoniste, l’esprit libre, l’amateur de corridas… l’écrivain Henry de Montherlant qui est mort le 21 septembre 1972 car il ne voyait plus clair et qu’il n’envisageait pas de ne plus pouvoir voir la beauté, préférant mourir. J’avais encore un point commun avec lui, notre amour commun pour nos berceaux antiques, Athènes et Rome. Ses cendres sont dispersées à Rome, sur le Forum, entre les pierres du temple de Portunus (ou temple de la Fortune virile), et dans le Tibre
C’était un esprit libre au sens le plus romain du terme. Un homme du soleil, de la pierre et du corps en mouvement.
Amateur de corridas, pas pour le sang mais pour la forme – le geste juste, l’épaule qui efface, la muleta qui dessine une parabole parfaite. Il voyait dans l’arène ce qu’il cherchait dans la phrase: le courage sans emphase, la beauté qui tient en équilibre au-dessus du vide.
La Littérature ? Il l’a vécue comme un sport de haut niveau. Les Célibataires, Les Garçons, Le Songe, La Reine morte ( ah ! Divine Reine Morte découverte à l’adolescence et qui m’a hantée et rendue heurense si longtemps) toujours la même obsession: la qualité contre le nombre, le style contre le bavardage, l’exigence contre la facilité.
Et puis les statuettes, les marbres, les éphèbes antiques dans son appartement du quai Voltaire (voir illustration ci-dessus) ; habiter « Quai Voltaire » quand on est écrivain, passionné par le beau et libre, tellement libre… c’est une belle coquetterie ! Un musée intime. Il ne collectionnait pas des objets, il collectionnait des regards. Il disait qu’il ne comprenait le monde qu’à travers la beauté visible.
Hier, 21 septembre, on s’est souvenus de cet homme qui aima trop la lumière pour supporter l’idée de ne plus la voir. Un païen chrétien, un soldat sans armée, qui a préféré l’exigence jusqu’au bout.
Pour la beauté. Toujours pour la beauté.
Et tant pis pour les culs serrés qui lui reprochent d’avoir vécu à la romaine, avec des relations homosxeuxelles, notamment avec de jeunes ados, qu’il ne violait pas mais qui vivaient de belles histoires avec lui. On ne dira jamais assez le mal que le christianisme a fait à la liberté, à la beauté, à la sexualité en faisant de l’amour, hététo ou homo, un péché. Et le pire est que rien dans le message de Jésus ne va dans ce sens, au contraire ; son amitié pour la pécheresse Marie-Madelaine en témoigne. Mais des siècles d’un christianisme triomphant voulant gouverner le monde avec des interdits, des malédictions ayant conduit à la frigidité, à la condamnation des prostituées, à enterrer le grand Molière de nuit, en catimini car maudit par les prêtres cathos opposés au théâtre… ont laissé des traces. Terrifiantes.
P.S. Corrida, une des passions de Montherlant. J’invite ceux que la corrida intéresse, (qu’ils soient pour ou contre) à lire cet article sur le sujet que nous avons écrit il y a 5 ans, Raoul Girodet et moi.
https://resistancerepublicaine.com/2021/06/29/les-cons-ils-veulent-a-present-interdire-la-corrida/
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» et dire qu’il va falloir quitter tout cela » ( le cardinal de Mazarin). La vie est ainsi faite, mais c’est un choix, certains, apres avoir été esclave de leur vie veulent etre le maitre de leur mort,
Bonjour,
Merci Christine pour ce texte …
Tu devrais écrire, pour nous, d’autres articles sur tes passions littéraires !
Tu me fais rougir, il est vrai qu’il y a tant de choses à dire, à faire.. la vie passe trop vite ! Mais j’essaierai d’y penser de temps en temps
Admirable « Reine morte », en effet. J’ajouterais l’aussi admirable « Maître de Santiago » avec son stoïcisme hautain. Montherlant voyait en toute chose le pour et le contre, la plénitude et le néant. Il aimait profondément la vie, mais il restait conscient qu’elle n’est qu’un jeu éphémère et que ce monde où Malraux voulait laisser une trace (une « cicatrice », dit-il dans « La Voie royale ») n’est lui-même que poussière. Ses titres parlent pour lui : « Va jouer avec cette poussière », ou « La marée du soir » qui chaque jour vient détruire le château de sable construit pendant la journée. Il a choisi pour son suicide le jour de l’équinoxe, quand le jour et la nuit, le pour et le contre, se font exactement équilibre.
Immense merci Jean pour cet hommage amoureux et érudit tellement mérité. Une grosse boule de joie dans le coeur pour la journée grâce à vous
Je ne sais pas où vous avez lu que le Christ a dit que l’amour est un pêché ? J’avoue que je n’ai pas lu toutes les publications chrétiennes.
Par contre les actes pedophiles sont sanctionnés par la loi française (sauf à Amiens) et je ne comprendrais jamais les gens qui approuvent ces actes.
Non pas le Christ justement je le dis d’ailleurs mais quelques centaines d’années de prélats, prêtres curés…
Il n’est pas question de pédophilie approuvée, c’est monstrueux car c’est de l’abus sur des enfants, ce qu’on évoque avec Montherlant comme avec l’amour homo chez les Grecs et les Romains c’est l’amour avec de jeunes hommes et des ados qui n »a rien de répréhensible à partir du moment où il n’y a ni viol ni chantage
Il a laissé des lettres pour le commissaire de police et le procureur de la République pour expliquer son geste afin que ses proches ne fussent pas inquiétés. Quand je pense que certains affirment que les suicidés sont des lâches qui refusent d’affronter les difficultés : je pense exactement le contraire, il faut beaucoup de courage.
Merci Argo pour ce complément nécessaire. Oui il faut un sacré courage à saluer.
Bonjour Argo, merci de le rappeler. En ce qui me concerne je partage la vision qu’en avait G.Corneau célèbre psychanalyste québécois disparu de maladie prématurément. Belle soirée à vous.