Souvent citée comme exemple de pays riche, stable et généreux, la Norvège est pourtant en train de durcir nettement sa politique migratoire. Entre afflux ukrainien et montée de la droite anti-immigration, le pays de 5,6 millions d’habitants change de ton.
Les chiffres : une immigration record puis un reflux
Au 1er janvier 2025, la Norvège compte 5.594.340 habitants. La population d’origine immigrée (immigrés + enfants nés en Norvège de parents immigrés) représente 1.195.349 personnes, soit 21,4% de la population. Les seuls immigrés de première génération: 18,7%.
Le pic a été atteint en 2022-2023 avec la guerre en Ukraine:
90.000 entrées en 2022, 86.000 en 2023, puis 66.000 en 2024
Solde migratoire net: +58.000 en 2022, +52.000 en 2023, +34.000 en 2024
Qui sont-ils? Les Polonais restent de loin le premier groupe avec près de 129.000 personnes en 2025, devant les Ukrainiens qui sont passés de 7.555 en 2022 à 81.878 en 2025. Viennent ensuite Lituaniens, Syriens, Somaliens, Pakistanais et Suédois.
En 2024, 45% de l’immigration était de l’asile (dont Ukrainiens), 23% regroupement familial, 20% travail, 5% études.
Un tournant politique: le durcissement
Après l’invasion de l’Ukraine, la Norvège avait mis en place une protection collective temporaire calquée sur l’UE. Elle a été prolongée jusqu’à 5 ans et jusqu’au 1er juillet 2026, mais avec des restrictions inédites:
Interdiction de voyager en Ukraine sans motif légitime sous peine de perdre le statut. La Norvège est le seul pays d’Europe à l’appliquer.
Exclusion des binationaux possédant un passeport d’un pays tiers sûr
Zones de l’ouest de l’Ukraine déclarées « sûres » depuis octobre 2024, donc non éligibles
Pour l’immigration familiale, le gouvernement a relevé le seuil de revenus à 400.000 couronnes par an (environ 34.000€) pour pouvoir faire venir sa famille.
Pour la citoyenneté, un projet de loi discuté en juin 2026 prévoit:
Passer de 3 à 7 ans de résidence pour demander la nationalité
Niveau de norvégien B1 au lieu de A2 pour les apatrides
5 ans de résidence minimum pour les enfants nés en Norvège
Tout ça c’est le résultat de la pression du Parti du Progrès (FrP), droite populiste anti-immigration. En février 2025 il est monté à 26,9% dans les sondages, devenant brièvement premier parti du pays, sur un programme « immigration nette zéro depuis les pays à haut risque » et priorité aux réfugiés chrétiens. La gauche a finalement remporté les législatives de septembre 2025, mais talonnée par le FrP.
Une opinion publique qui se tend
Selon l’enquête officielle « Holdninger til innvandrere » 2026, les attitudes restent majoritairement positives, la plupart des Norvégiens ont des contacts quotidiens ou hebdomadaires avec des immigrés au travail ou dans le voisinage et les jugent positifs. Mais c’est la troisième année consécutive de baisse. On retrouve le niveau de méfiance de 2016, année de la crise syrienne.
En 2022 et 2023, une majorité pensait qu’il fallait faciliter l’accueil des réfugiés. En 2025-2026, la majorité pense désormais qu’il faut le rendre plus difficile.
Conclusion:
La Norvège n’est pas devenue complètement hostile à l’immigration. Son modèle reste basé sur l’intégration par le travail et la langue, avec un programme d’introduction, des cours de norvégien et des aides au logement. Mais le pays pétrolier, confronté comme la Suède aux questions de capacité de ses communes, de logement et de coût des prestations, opère un virage pragmatique: moins d’arrivées, plus d’exigences.
C’est le dilemme norvégien: comment rester une terre d’asile généreuse quand le système social le plus généreux du monde devient lui-même un facteur d’attraction? Nous devrions avoir le même dilemme mais apparemment, pour nos politicards, ce n’est pas un problème, il suffit de taper dur sur les retraités français pour obtenir un peu d’argent pour les immigrés.
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