Monsieur le Président,
J’observe avec un intérêt teinté de divertissement vos récentes déclarations martiales. Il y a peu, vous avez cru bon de me qualifier publiquement d‘« ogre à nos portes », un prédateur prêt à avaler l’Europe. Quel retournement !
À peine élu en 2017, vous m’avez fait l’honneur de m’inviter au château de Versailles. J’avoue m’être senti flatté que votre premier acte diplomatique soit de conforter l’amitié entre nos deux peuples, dans une pure tradition gaullienne. Quel dommage que la grandeur de cette époque ait cédé la place à une telle agressivité de langage. Depuis des mois, vous ne cessez d’agiter le spectre d’une guerre d’invasion, que j’aurais programmée. Soyons sérieux. Toute personne dotée d’un soupçon de logique géopolitique ne peut que s’interroger : pourquoi concevrais-je le projet d’attaquer la France ?
Il fut un temps où les élites russes apprenaient le français et dévoraient la sublime littérature française. Mais aujourd’hui, qu’avez-vous donc à nous offrir ? Du wokisme, de l’écriture inclusive et des délires LGBT qui se situent à 180° de nos valeurs conservatrices et de notre attachement indéfectible à la famille traditionnelle.
Une partie considérable de votre population semble d’ailleurs si perturbée qu’elle s’est convaincue de pouvoir influencer le climat mondial simplement en faisant du vélo, en rasant les forêts pour y installer des panneaux solaires au rendement dérisoire et en construisant des batteries électriques qui saccagent l’environnement des pays qui en produisent les composants. Non seulement vos voitures électriques, trop chères et sans autonomie, ne se vendent pas, mais vous tuez votre propre industrie automobile. Par ailleurs, vous avez réussi l’exploit de persuader le peuple français que l’immigration de masse de déshérités sans diplômes ni qualifications était une richesse pour la France. Slogan absurde qu’on entend depuis 40 ans. Votre idéologie multiculturaliste vous entraine par le fond.
Par conséquent, soyons réalistes : on n’envahit pas une civilisation qui s’autodétruit culturellement et se suicide économiquement.
Sur le plan géopolitique et économique, vos envolées guerrières se heurtent à de cruelles réalités. Votre pays croule sous une dette publique record qui a franchi les 3 536 milliards d’euros à la fin juin, hissant la France au rang de nation la plus fragile de la zone euro. Aucun de vos économistes ne sait comment redresser la barre, et c’est au milieu de cette déroute budgétaire que vous prétendez lever des fonds pour vous armer contre nous ! La dette russe, après 55 mois de guerre, atteint à peine 20 % du PIB et c’est une dette interne libellée en roubles. La vôtre approche les 120 % du PIB, hypothéquant l’avenir des générations futures, otages des créanciers étrangers.
Vos services publics et vos infrastructures majeures, autrefois fleurons de l’Europe, s’effondrent, votre budget est grevé par les coûts migratoires démentiels, vos trains connaissent des retards dignes du tiers-monde, vos routes se dégradent faute de budgets de maintenance. Mais plus préoccupant encore pour l’avenir de votre nation, votre système éducatif, jadis envié dans le monde entier, mais aujourd’hui totalement politisé, dégringole invariablement dans les classements PISA. Le niveau s’effondre, la pénurie de professeurs est devenue une norme structurelle, et l’autorité dans les classes a disparu, là où la jeunesse russe, aux côtés des jeunes Chinois, caracole en tête des concours internationaux de mathématiques et de sciences d’élite.
Je ne vous ferai pas l’affront de comparer nos deux armées. Sachez toutefois que l’industrie de l’armement russe, pleinement mobilisée, produit à elle seule en trois mois autant de matériels et de munitions que l’ensemble des membres de l’Otan réunis en toute une année. Dois je vous rappeler qu’aucun pays occidental ne maîtrise le domaine des missiles hypersoniques manœuvrables qui frappent leur cible à mach 10 ou davantage ?
Nous n’avons donc pas besoin de vos ingénieurs. Les sanctions nous ont prouvé que nous pouvions vivre sans vous, et si le besoin de compétences de pointe se faisait sentir, nous nous tournerions vers la Chine : là-bas, ils ne sont pas seulement plus compétitifs, ils sont surtout bien plus performants que les vôtres.
Enfin, la France ne possède plus aucune indépendance énergétique depuis que vous avez fragilisé votre filière nucléaire. Et votre sol est dépourvu des terres rares et des matières premières critiques indispensables au siècle qui s’ouvre. Contrairement à la Russie, qui assure sa sécurité énergétique pour l’éternité, grâce à l’immense trésor géologique de la Sibérie et de l’Arctique.
Alors, pourquoi devrions-nous conquérir votre territoire ? Pour hériter de vos fractures sociétales, de vos dettes, de vos pénuries, de votre insécurité et de votre naufrage identitaire ? Vous avez été au cours de l’histoire le phare du monde, vous n’êtes plus que le symbole d’un déclassement accéléré irréversible.
Cessez donc de vous draper dans la posture de la victime et d’agiter le spectre d’une invasion imaginaire. La Russie n’a aucune intention de risquer la destruction du monde occidental et du monde slave dans une guerre fratricide entre peuples chrétiens qui tournerait vite au conflit nucléaire. La Russie n’a que faire de vos terres ou de vos valeurs « progressistes ». Votre pays s’autodétruit sans besoin d’un ennemi pour cela.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération.
Vladimir Poutine
(Texte imaginaire librement inspiré d’un “fake” satirique circulant sur internet)
Jacques Guillemain
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