
Pour Libé, la saison 5 de Fauda manque de « pudeur ». C’est le titre et l’angle de leur critique du 8 septembre: « En intégrant le 7 octobre, la saison 5 de Fauda entre dans la bataille des récits ».
Il fallait oser.
J’ai déjà dit ici mon admiration (ma passion !) pour la série Fauda, épisodes disponibles depuis le 8 septembre sur Netflix (je n’ai pas la télé et ne suis pas abonnée à Netflix alors j’attends avec impatience, que les différents épisodes sortent sur DVD).
Dimanche cinéma : regardez et offrez « Fauda » série israélienne extraordinaire !
Immense tristesse : Matan Meir, le producteur de « Fauda », mort au combat contre le Hamas
C’est la meilleure série israélienne (et même mondiale pour ce que je connais des séries soit peu de choses, mais quand même) de ces dix dernières années, créée par Lior Raz et Avi Issacharoff. Les deux ont tout jeté de leur scénario initial après le 7 octobre pour le réécrire. L’un était chez lui sous les sirènes, l’autre a reçu l’appel de sa soeur planquée dans un abri avec des terroristes autour de la maison. Un membre de leur équipe, Matan Meir, a été tué à Gaza. Idan Amedi grièvement blessé.
Ils ont fait ce que Libé n’a jamais fait: retourner filmer. Deux épisodes sur le 7 octobre, avec un avertissement au début. Pas une exploitation. Une nécessité. Issacharoff le dit: « Trop de gens oublient déjà ce qui s’est passé ».
Et que montre Fauda ? Une courte vidéo d’un commando qui tire. Une évocation. Les créateurs l’ont dit eux-mêmes: « On ne voulait pas faire une télé voyeuriste, on ne voulait pas faire de la télé poubelle ». Ils ont juste suggéré l’indicible.
Pour Libé, c’est déjà trop. Trop impudique. Cachez ce massacre de juifs que le monde ne saurait voir… Mol!ère nous aurait écrit un chef d’oeuvre, il n’est plus là, heureusement il nous reste Fauda. Et c’est Fauda qui est accusé d’impudeur. Les cons ça ose tout, les salauds aussi… Rien de nouveau.
Impudique de montrer que 1.200 personnes ont été massacrées? Impudique de montrer que 251 otages ont été enlevés ? Impudique de suivre Doron à Marseille, en plein PTSD, à la poursuite d’un tueur du Hamas ?
Non.Ce qui est impudique, c’est la leçon de morale d’un journal qui, depuis trois ans, n’a jamais trouvé les mots pour dire « viols », « bébés brûlés », « familles décimées », sans ajouter immédiatement un « oui mais ».
Ce qui est impudique, c’est d’accuser une série d' »entrer dans la bataille des récits » quand elle raconte simplement ce qu’a vécu Israël. Comme si le récit du 7 octobre devait être négociable. Comme si montrer le trauma, c’était de la propagande.
Fauda 5 est sobre. Elle est même trop sobre par rapport à la réalité des 47 minutes de vidéos que l’armée a montrées aux journalistes et que Libé n’a jamais voulu regarder en face. Elle parle de vengeance – « Tha’r » – mais pour en montrer le prix, pas pour la glorifier. Doron n’est plus le Rambo qui court vers le feu, c’est un homme brisé qui veut rentrer chez lui.
Libé voudrait qu’on oublie. Que l’art fasse comme si le 7 octobre n’avait pas eu lieu. Qu’on continue à faire des séries sur un conflit symétrique et propre.
Le 7 octobre n’a rien de symétrique ni de propre. Fauda a eu le courage de le dire. Libé a eu le courage de trouver ça vulgaire.
La vraie indécence, elle est là.
Christine Tasin
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Libe mais….PAS que!!! J’ai transféré l’article (DREUZ) vers FB avec la photo d’enfants assassinés et FB n’a pas apprécié….FB M’A BLOQUEE!!!TROP REEL SANS DOUTE!!!!
Merci Monique pour ce témoignage édifiant !!!
Libé devrait changer de titre, L’enchaîné serait plus pertinent.