Il faut qu’on m’explique la logique.
On nous annonce un projet « hors norme », « du jamais vu depuis Disneyland Paris« : trois parcs à Cergy, 6 milliards, financés par Qiddiya Investment Company (1), filiale du fonds souverain saoudien. Emmanuel Macron et Valérie Pécresse jubilent sur TikTok: « Son Goku(illustration ci-contre) arrive en Val-d’Oise ».Patatras. Deux jours plus tard, les Japonais de Toei tombent de leur chaise et publient un communiqué sec: « Nous n’avons accordé aucune licence pour la France« . Les images diffusées étaient celles du futur parc de Qiddiya City... en Arabie Saoudite.
On a donc bradé 50 hectares en Ile-de-France, promis 22.000 emplois, sans même avoir le droit d’utiliser le héros.
Et la question de fond demeure: pourquoi cette obsession à dérouler le tapis rouge pour les fonds du Golfe?
Le Golfe n’investit pas par philanthropie. Il achète de l’influence. Qiddiya (1), c’est la vitrine soft-power de MBS (Mohammed ben Salmane), pour faire oublier le reste. On accepte sans broncher qu’un État étranger (islamique qui plus est... ) dessine nos loisirs, nos paysages, notre imaginaire pour enfants.
Pendant ce temps, on explique aux Américains qu’ils sont trop encombrants, trop « culturellement dominants« . Aux Américains, avec qui on partage le cinéma, la musique, le modèle des parcs à thème qu’on copie justement! Disneyland Paris, c’est américain et personne n’y voit une colonisation culturelle.
Le paradoxe est total: on s’inquiète d’une influence américaine qui partage notre culture judéo-chrétienne et nos principes démocratiques, et on ouvre grand les portes à des investissements dont la contrepartie en termes de valeurs, de droits humains, de modèle de société n’est jamais questionnée.
On ne demande pas de refuser tout argent étranger. On demande de la cohérence et de préserver nos valeurs et nos intérêts.
Si 6 milliards tombaient du Texas pour faire un parc Marvel à Cergy, on aurait 15 tribunes sur « l’américanisation de la France » et la commission anti-ingérence. Là, avec Ryad, c’est « une réussite » et « une confiance en notre avenir ».
Ce n’est même pas (quoique..) une question de religion. C’est une question de souveraineté et de naïveté. On ne vend pas un bout d’Ile-de-France comme on vend une pub pour manga sur X.
D’ailleurs, avant de signer des chèques en blanc au Golfe, peut-être faudrait-il apprendre à vérifier si on a le droit de dessiner Son Goku.
(1)
C’EST QUOI QIDDIYA ?
Vous n’en aviez jamais entendu parler avant le 24 août. Et pourtant, Qiddiya est censé devenir le plus grand complexe de divertissement au monde.
Où ? À 45 km au sud-ouest de Riyad, en plein désert. 360 km², soit 4 fois Paris intra-muros. Une ville entière sortie du sable.
Qui ? Qiddiya Investment Company (QIC), filiale à 100% du PIF, le fonds souverain d’Arabie Saoudite dirigé par le prince Mohammed ben Salmane (MBS). Le PIF, c’est 700 milliards de dollars d’actifs grâce à l’argent du pétrole.
Quoi ? Un projet fou à 10 milliards de dollars: un circuit de Formule 1, le plus grand parc aquatique du monde, un parcours de golf signé Jack Nicklaus, une salle de concert pour 15.000 personnes, et surtout des parcs à thème. Le premier parc Six Flags hors USA a ouvert là-bas en 2024, et le premier parc Dragon Ball au monde est en construction.
Pourquoi chez nous ? C’est la doctrine « Vision 2030 » de MBS: diversifier l’économie saoudienne pour ne plus dépendre du pétrole, et acheter du « soft-power » à l’étranger. Après avoir racheté Newcastle en Angleterre, organisé des combats de boxe et financé l’e-sport, Qiddiya s‘attaque aux loisirs en Europe. Cergy-Pontoise serait sa première tête de pont, avec 6 milliards sur la table.
En clair: l’Arabie Saoudite ne vient pas seulement investir à Cergy. Elle vient exporter son modèle de divertissement. Et bientôt son modèle de société ?
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Pourquoi ouvrir des parcs d attractions, ouvrir au grand public l’Elysée, les ministères,’et l’Assemblee nationale, c’est mieux qu’un spectacle de comiques troupiers.