Pourquoi les juifs pleurent-ils leur « maison » le 9AV ?

Le 9 av, jour de grand deuil pour les juifs du monde entier qui pleurent la perte de leur MAISON… car BAÏT signifie maison, demeure, patrie… On croit facilement que les juifs s’endeuillent pour la destruction des deux temples BAÏT…

Le sens profond du mot Bait (בית). En hébreu, signifie effectivement « maison », « foyer » ou « demeure ». Cependant, affirmer que le deuil du 9 Av (Tisha Be’Av) exclut les Temples historiques au profit d’une simple erreur linguistique, est une erreur. En réalité, la langue hébraïque et la tradition juive ne séparent pas ces deux concepts : le Temple est précisément conçu comme la « Maison » par excellence

La double identité du mot Bait : En hébreu biblique et rabbinique, le mot Bait possède une plasticité sémantique unique. Il désigne simultanément :

La cellule familiale : Le foyer, l’épouse, la lignée (comme dans Beit David, la Maison de David).

Le lieu de vie : La structure physique, le toit qui protège.

L’espace sacré : Les deux Temples de Jérusalem ne sont presque jamais appelés « sanctuaires » ou « monuments » dans la liturgie quotidienne, mais Beit HaMikdach (La Maison du Sanctuaire) ou simplement HaBait (La Maison).

Lorsque les Juifs pleurent la destruction du Bait, ils ne pleurent pas seulement des murs de pierre ou un édifice religieux. Ils pleurent la destruction de la « Maison » où résidait la Présence Divine (Shekhinah) et qui servait de centre névralgique à leur peuple.

On se pose alors la question : Est-ce que DIEU a besoin d’un sanctuaire ? DIEU EST PRÉSENT DANS TOUTE SA CRÉATION…ET DONC TOUTE SA CRÉATION EST SON SANCTUAIRE.  

C’est le paradoxe soulevé par le Roi Salomon : Lors de l’inauguration du Premier Temple, le Roi Salomon exprime exactement cette même stupéfaction (Premier Livre des Rois 8:27) : « Mais quoi ! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre ? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent Te contenir : combien moins cette maison que je T’ai bâtie ! »

Le prophète Isaïe (66:1) renforce cette idée : « Le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Quelle maison pourriez-vous me bâtir ? »

Ces textes prouvent que la théologie juive s’accorde totalement avec l’affirmation : Dieu n’est pas « enfermé » dans des murs, car la Création entière est Son œuvre.

Le secret linguistique de l’Exode : L’ordre initial de construire le sanctuaire mobile (le Mishkan) dans le désert éclaire le véritable but de cette démarche. Dans le livre de l’Exode (25:8), Dieu dit : « Ils me feront un sanctuaire, et je résiderai au milieu d’eux (VeShakhanti BeTokham). »

Les commentateurs (comme le Malbim ou le Alshich) soulignent une précision grammaticale majeure : Le texte ne dit pas « je résiderai en lui » (dans le sanctuaire). Le texte dit « je résiderai au milieu d’eux » (dans le cœur de chaque être humain).

Le sanctuaire physique n’est pas la demeure de Dieu. Il est un outil pédagogique et psychologique pour l’homme. L’esprit humain a du mal à se connecter à un Dieu infini, abstrait et omniprésent. Le Bait (la Maison) sert de point d’ancrage visuel et géographique pour focaliser la conscience humaine.

Dans la Kabbale (la mystique juive), on explique ce paradoxe par le concept de Tsimtsoum. Dieu est infini (Ein Sof) et emplit tout l’espace. Pour que le monde et l’homme existent de manière indépendante, Dieu se « contracte » symboliquement. Le Sanctuaire est le processus inverse : c’est un espace où Dieu choisit volontairement de concentrer Sa présence manifeste (la Shekhinah) pour se rendre accessible à l’homme.

Conclusion : La Création est le Sanctuaire, l’Homme est le Prêtre

Toute la Création est le Sanctuaire de Dieu. C’est d’ailleurs pourquoi le récit de la création du monde dans la Genèse utilise des termes architecturaux similaires à ceux de la construction du Tabernacle. Le Temple de Jérusalem n’était pas une cage pour Dieu, mais un miroir. Il rappelait à l’humanité que si Dieu est partout de manière cachée, l’homme doit travailler à lui faire une place manifeste dans le monde matériel. Quand le Temple a été détruit, la mission n’a pas disparu : chaque foyer humain, chaque table de repas et chaque bonne action sont devenus un « micro-sanctuaire » pour accueillir le Divin.

Le traumatisme de la perte du « Toit » national : L’idée que le deuil porte sur la perte d’un toit, d’une demeure ou d’une patrie est historiquement et psychologiquement exacte, car la destruction des Temples a immédiatement entraîné l’exil (Galout). Il n’y a donc pas d’erreur linguistique, mais plutôt une fusion totale des concepts. Pleurer le Bait, c’est pleurer à la fois : Le monument historique (le Temple de Salomon et le Second Temple). L’espace géopolitique (la patrie, la terre d’Israël). L’identité spirituelle (le foyer national et la demeure de la conscience juive).

Le 9 Av est le jour où le peuple juif se retrouve symboliquement « à la rue », privé de son toit spirituel et physique. L’utilisation du mot Bait rappelle que le Temple n’était pas une simple église ou une mosquée, mais le foyer central d’une grande famille humaine et nationale.

Et comme l’histoire se répète, nous sommes à deux pas de perdre notre troisième demeure … HABAIT HASHLISHI – troisième maison.

La gauche politique au nom de la démocratie, du socialisme et du libéralisme, prépare les juifs d’Israël à un nouvel exode, en imposant une présence ennemie en leur sein…

Thérèse Zrihen-Dvir

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