Epine-vinette
La berbérine, l’alcaloïde à la mode
La berbérine est un alcaloïde naturel présent dans les racines, les rhizomes et l’écorce de plusieurs plantes médicinales. Les principales sources végétales utilisées sont:
- L’Épine-vinette (Berberis vulgaris et Berberis aristata)
- L’Hydraste du Canada (Hydrastis canadensis)
- Le Coptis chinois (Coptis chinensis)
- Le Mahonia (Mahonia aquifolium)
- La Fumeterre (Fumaria officinalis)
Ces végétaux concentrent cette substance au goût amer et à la couleur jaune-or, utilisée en médecine traditionnelle chinoise depuis des millénaires, principalement pour soulager les ulcères d’estomac, traiter les infections intestinales, purifier l’organisme, réguler les troubles métaboliques et pour son pouvoir antioxydant. La recherche moderne a toutefois mis en évidence un spectre d’activité biologique bien plus large pour ce produit naturel.
Présentée à tort comme un substitut naturel aux traitements anti-obésité. Certains influenceurs sur les réseaux sociaux présentent la berbérine comme l’ozempic naturel. D’autres la considèrent comme un simple phénomène de mode commerciale avec en Europe une centaine d’extraits galéniques différents. Comme c’est souvent le cas, la vérité se situe quelque part entre ces deux extrêmes.
La comparaison avec l’ozempic est compréhensible. La perte de poids est devenue une obsession nationale ! Chaque nouveau composé qui semble influencer le poids corporel est immédiatement comparé à l’ozempic. Pourtant, les véritables coupables du surpoids et de l’obésité sont un mode de vie sédentaire, une culture qui méprise le travail physique et l’exercice physique, ainsi qu’un excès d’aliments hautement addictifs et ultra-transformés, riches en glucides et en sucre, pas un manque en ozempic, comme tant de mes confrères vous le disent !
La berbérine n’est pas l’ozempic. Elle ne provoque pas la suppression spectaculaire de l’appétit, ni la perte de poids. Ce n’est pas un agent pharmacologique conçu pour cibler un récepteur spécifique de notre organisme. À bien des égards, elle se comporte davantage comme un alcaloïde naturel assez semblable à la metformin, un médicament très utilisé pour le diabète type 2.
Principales utilisations actuelles de la berbérine en Occident
- Gestion de la glycémie. Elle est souvent utilisée pour aider à maintenir un taux de sucre normal dans le sang.
- Lipides sanguins. Elle contribuerait au maintien d’un bon équilibre du cholestérol et des triglycérides.
- Perte de poids. Bien que très préconisée sur les réseaux sociaux, son efficacité pour maigrir est anecdotique ou inexistante.
La dose habituelle est de 1 gélule (500 mg de berbérine extraite de racines d’épine-vinette) par jour avec 200 ml d’eau au cours d’un repas.
Les données suggèrent que la berbérine peut réduire modérément la glycémie à jeun, améliorer la sensibilité à l’insuline, diminuer le cholestérol LDL et les triglycérides, et favoriser une perte de poids modérée chez seulement certaines personnes. Ces effets ne sont pas spectaculaires mais ils sont régulièrement constants.
Cette distinction est importante. La médecine tombe souvent dans le piège de supposer puis de croire que des effets plus importants sont toujours de meilleurs effets. C’est parfois le cas, parfois ce n’est pas le cas. La santé métabolique ne se résume pas simplement à une perte de poids. Elle implique une interaction complexe entre la sensibilité à l’insuline, l’inflammation, les fonctions des mitochondries de nos cellules, le métabolisme des lipides, notre santé intestinale, notre microbiote, notre activité physique et notre alimentation.
La berbérine semble agir simultanément sur plusieurs de ces systèmes. La physiologie et la pharmacologie humaines ne sont que très rarement simples quoi que vous dise votre pharmacien. La berbérine semble influencer la régulation métabolique, la signalisation inflammatoire, le stress oxydatif, la fonction mitochondriale et le microbiote intestinal. Tous ces systèmes interagissent en permanence. Il peut en résulter une série d’effets individuellement modestes qui, collectivement, deviennent significatifs en clinique.
La berbérine pourrait finalement s’avérer modérément utile, très utile, voire seulement utile dans certaines circonstances. Nous ne le savons toujours pas. Vu qu’elle a déjà prouvé son utilité, elle mérite plus de recherches. Je trouve les composés tels que la berbérine intéressants, car ils nous rappellent que la biologie humaine fonctionne rarement selon un seul parcours, qu’il soit biochimique, physiologique… C’est également le cas de l’ivermectine, ce qui explique en grande partie pourquoi nos agences de médicaments comme Swissmedic ou l’ANSM (Agence nationale française de sécurité du médicament et des produits de santé) ont tant tarder à autoriser ce médicament pour le traitement de diverses maladies infectieuses, dont le Covid. La raison est que la mentalité qui domine le développement commercial actuel des médicaments recherche en priorité des cibles hautement spécifiques: bloquer un récepteur, bloquer ou ouvrir des canaux ioniques, activer une enzyme, inhiber des protéines de transport (pompes), interagir avec l’ADN ou l’ARN, lier des protéines de structure (cytosquelette), modifier une voie de signalisation… Si vous ne pouvez pas le prouver, ce qui coûte de plus en plus cher, les agences n’autoriseront pas la poursuite de votre essai clinique et n’autoriseront pas la vente de votre nouveau médicament.
Lien entre votre microbiote et la berbérine
Au cours des dernières années, les preuves se sont multipliées suggérant que la berbérine modifie les populations microbiennes au sein de notre tractus gastro-intestinal. Certains chercheurs estiment désormais, ce qui est une hypothèse plausible, que cette part importante de ses effets métaboliques pourrait être induite par des modifications de cette écologie intestinale plutôt que par une absorption systémique directe. Alors que la berbérine est connue pour sa faible biodisponibilité par voie orale, malgré une absorption limitée, elle produit systématiquement des effets métaboliques, tant dans les études animales que chez l’homme. Le microbiote intestinal, qui a tant d’importance pour notre organisme, pourrait aider à expliquer ce paradoxe apparent. De plus en plus, les chercheurs reconnaissent que le métabolisme, l’immunité, l’inflammation et le microbiote fonctionnent comme un système interconnecté plutôt que comme des compartiments biologiques isolés de notre corps. La berbérine semble de plus en plus agir au sein de ce réseau interconnecté.
Plus nous en apprenons sur le microbiote, plus nous comprenons à quel point de nombreuses maladies chroniques peuvent être liées à des perturbations de cet écosystème vital pour notre corps. L’obésité, le diabète, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, les troubles auto-immuns, les maladies neurodégénératives comme la sclérose en plaque et même certains cancers ont tous été associés à des altérations de notre flore microbienne intestinale. Aujourd’hui il est évident que notre microbiote ne doit plus et ne peut plus être ignoré.
Lien entre cancer et berbérine
Les données les plus solides issues d’études chez l’homme concernant la berbérine et le cancer ne portent pas sur le traitement. Elles portent sur la prévention. Cela ne prouve pas, entre autres, que la berbérine prévient le cancer colorectal. Cela constitue toutefois l’une des études les plus solides menées chez l’homme démontrant qu’un composé naturel relativement peu coûteux peut avoir une influence favorable sur un critère d’évaluation cliniquement pertinent lié au cancer.
Risques et contre-indications
La sécurité et la qualité comptent. Les personnes à risque comme les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants et les patients souffrant de maladies rénales où cardiovasculaires, ne devraient pas en prendre sans contrôle médical. Les personnes prenant des médicaments sur ordonnance devraient parler de leur consommation de compléments alimentaires avec leur médecin avant de commencer à les utiliser. Le contrôle de qualité de tout complément alimentaire doit être une préoccupation de chacun.
Les effets indésirables les plus courants sont gastro-intestinaux: constipation, diarrhée, ballonnements et douleurs abdominales. La berbérine peut également interagir avec des médicaments sur ordonnance utilisés pour traiter le diabète, l’hypertension, les troubles de la coagulation et d’autres maladies chroniques.
PD. Dr. méd. Dominique Schwander
juin 2026
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