Iran : Trump sur la voie d’un très mauvais accord

Un memorandum of agreement (protocole d’accord) va donc être signé vendredi en Suisse, pays neutre, vendredi 19 juin.

Le signataire américain sera J.D. Vance, et c’est logique : c’est la ligne Vance qui l’a emporté à la Maison Blanche, pas la ligne Rubio-Hegseth. Et J.D. Vance est isolationniste, plutôt hostile à Israël, plutôt tenté par l’apaisement vis-à-vis des régimes hostiles aux États-Unis. S’il devait devenir président des États-Unis en janvier 2029, ce serait une très mauvaise nouvelle pour Israël et pour les alliés des États-Unis. La seule chose qu’on puisse dire en faveur de Vance est que si un Démocrate était élu, vu que le Parti Démocrate est devenu un parti d’extrême gauche vecteur de sympathies pour l’islamisme, et nettement teinté d’antisémitisme, ce serait pire.

Le memorandum of agreement n’est pas un accord, ce doit être rappelé sans cesse : il trace de grandes lignes qui doivent servir à des négociations, et celles-ci doivent durer soixante jours, dit le memorandum. Ce qui conduira aux derniers jours du mois d’août et au Labor Day weekend, qui est le moment où la campagne électorale pour les élections de mi-mandat s’enclenchera. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y aura strictement aucune reprise d’actions militaires contre le régime iranien d’ici ces élections, et il est très raisonnable de penser qu’il n’y en aura pas après, pendant le reste du mandat de Donald Trump, et que des négociations inutiles s’éterniseront sans doute.

Ce qui se produira dans les jours à venir et a d’ores et déjà commencé à se produire sera une baisse du prix du baril de pétrole, ce qui conduira à une baisse du prix de l’essence à la pompe aux États-Unis (à Las Vegas, le prix est tombé en dessous de 4 dollars le gallon). Cela suffira-t-il a calmer le mécontentement du peuple américain ? Si l’on regarde du côté des électeurs de Trump et, plus largement, des électeurs républicains, on peut craindre que la réponse sera : non. Et on peut s’attendre à une démobilisation électorale et à une victoire démocrate à la chambre des représentants, donc aux procédures de destitution dont j’ai déjà parlé ici, et à des propos diffamatoires odieux intenses de la part du Parti Démocrate d’extrême gauche.

Trump tentera de présenter le memorandum of agreement comme un triomphe personnel (il le fait au G7). Les candidats républicains, et le Parti Républicain en général, appuieront les propos de Donald Trump. Dire que le commandant en chef a failli avant une élection ne peut que conduire à l’échec, et les Républicains voudront et veulent déjà limiter les dégâts.

Le contenu du memorandum of agreement n’a pas été publié par la Maison Blanche, ce qui montre qu’il n’est pas très présentable, et tout indique dès à présent qu’il n’est effectivement pas très présentable. Seul le régime iranien le décrit, mais ce qu’il en dit doit être considéré comme relevant de la propagande.

Le memorandum (sans cela il n’existera pas) laisse le régime iranien en place, et le présente comme un interlocuteur. On est extrêmement loin des exigences de reddition inconditionnelle énoncées voici quelques semaines encore par Donald Trump. Le peuple iranien est oublié et restera soumis à un régime criminel et abject. Donald Trump avait dit que l’aide était en route quand, en janvier, le régime massacrait les manifestants à la mitrailleuse. Aucune aide n’était et n’est en route : le peuple iranien est trahi par Trump. En ce moment, les exécutions sommaires quotidiennes continuent : le régime reste en place par la terreur et il n’y aura pas de soulèvement.

Le memorandum implique un arrêt total des combats entre l’Iran et les États-Unis, mais aussi un arrêt des combats entre Israël et le Hezbollah, et Trump a accepté que la situation en Iran et la situation au Liban soient couplées, ce qui est une concession grave. Le memorandum confirme donc que le Hezbollah est sauvé et que Trump entend lier les mains d’Israël et mettre injustement Israël en tort. Les habitants du nord d’Israël qui sont depuis des mois dans une situation invivable resteront dans une situation invivable. Le Hezbollah gardera tous ses moyens et en obtiendra d’autres. Le Liban restera sous la coupe du Hezbollah, et les Libanais qui auraient pu souhaiter ne plus être sous l’emprise du Hezbollah sont trahis aussi.

Israël et les Israéliens sont, bien sûr, trahis plus gravement encore : la campagne militaire menée conjointement par Israël et les États-Unis contre l’Iran a été arrêtée par Trump le 8 avril, Israël aurait voulu continuer jusqu’à la chute du régime iranien. Trump a imposé arbitrairement un arrêt de la campagne militaire avant qu’elle soit menée jusqu’à son terme. Israël se trouve placé dans une situation où les Israéliens seront toujours sous la menace du régime iranien, sous celle du Hezbollah et sous celle des milices Houthi. Le Hamas est endigué dans la bande de Gaza, mais si les Démocrates retrouvent le pouvoir à Washington, il pourrait redevenir nocif. Israël devra agir, car il en ira de la survie du pays, et les États-Unis donneront tort à Israël, ce qui est lamentable et indigne.

Benyamin Netanyahou lui-même est trahi : il pensait mener une campagne pour faire tomber le régime iranien. Il a mené cette campagne. Trump l’a contraint d’arrêter, et en supplément maintenant, Trump l’insulte. Netanyahou se trouve placé dans une situation électorale très difficile, qui pourrait conduire à la victoire de ses adversaires opportunistes et de ses ennemis. Il tente de sauver la face, mais les insultes restent et laissent des traces.

L’Arabie saoudite et les émirats du Golfe discernent que le régime iranien restera en place et reste prêt à les traiter en ennemis, ce qui va les rendre très prudents, et même prêts à des accommodements avec le régime iranien. Tout rapprochement ultérieur entre eux et Israël devient impensable, des accords d’Abraham approfondis et élargis n’ont strictement aucune chance de voir le jour, même les Émirats arabes unis discernent qu’ils sont vulnérables et en tirent leurs conclusions. Arabie saoudite et émirats auraient de bonnes raisons de renforcer leurs liens avec la Russie et la Chine, qui sont des alliés de l’Iran et peuvent les protéger. Le prestige des États-Unis pâlit soudain dans le monde arabe sunnite où Trump paraît faible. C’est un grave fiasco pour lui. Trump a choisi comme interlocuteurs régionaux le Pakistan, qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël et est très proche de la Chine et des Gardiens de la Révolution, et le Qatar, qui sert depuis longtemps d’interface de négociation avec le régime iranien et avec le Hamas. Depuis le 8 avril, Israël est maintenu par Trump en marge, ce qui signifie que des choix ont été faits à la Maison Blanche et ne l’ont pas été en faveur d’Israël.

Trump dit que le détroit d’Ormuz va être libre pour la circulation maritime et que le blocus américain va être levé. Ce sera peut-être le cas dans les jours qui viennent, et le retour à la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz sera, le cas échéant, un simple retour à la situation d’avant la guerre : ce ne sera pas donc du tout une victoire de Trump. Le régime iranien entend imposer un péage pour le passage par le détroit, ce qui n’existait pas avant la guerre, si c’est le cas, ce ne sera pas donc du tout une victoire de Trump là encore. Le régime iranien dans tous les cas, puisqu’il reste en place, considérera que le détroit d’Ormuz va rester sous son emprise, et ce ne sera vraiment pas du tout une victoire de Trump.

Il semble ne plus être question (on le verra quand le texte du memorandum sera disponible) des missiles balistiques de l’Iran et du financement par le régime du Hezbollah, du Hamas, des milices Houthi, des milices pro-iraniennes en Irak. S’il n’en est effectivement plus question, ce seront là des concessions majeures et effroyables de Trump au régime iranien.

Il est beaucoup question du programme nucléaire militaire de l’Iran, et ce point est quasiment le seul sur lequel Trump insiste désormais : il est très difficile d’imaginer comment Trump compte obtenir la destruction de l’uranium enrichi à 60 % dont dispose le régime iranien, et sera-t-il question de l’uranium enrichi à 20 %, qui est en plus grande quantité encore ? Les sites de Natanz, Fordow, Ispahan sont largement détruits et inutilisables, mais il reste deux autres sites, dont celui de la montagne de la Pioche, quasiment indestructible, et il reste à l’Iran des centrifugeuses mises à l’abri par le régime. Comment Trump pense-t-il s’assurer que l’Iran ne reprendra pas l’enrichissement d’uranium ? Mystère. Des inspecteurs des Nations unies comme sous Obama ? Ce serait une sinistre plaisanterie. Il semble que Trump serait prêt à accepter un faible enrichissement de l’uranium par le régime, une concession majeure de plus, et si des Démocrates succèdent à Trump, un enrichissement plus fort pourra reprendre. Le régime iranien est un régime fanatique qui veut absolument l’arme atomique et la destruction d’Israël, et il ne renoncera jamais à ses buts : c’est pour cela qu’il fallait le faire tomber et le détruire. Le régime iranien, tant qu’il vivra, sera un danger mortel pour Israël, mais aussi un danger majeur pour le reste du monde. Le chiisme duodécimain veut le retour du mahdi, l’imam caché, et cela implique une apocalypse planétaire. Trump semble l’ignorer, volontairement ou involontairement.

Trump a dit qu’aucun argent iranien gelé ne sera dégelé dans l’immédiat et n’ira vers le régime, mais le régime va pouvoir à nouveau vendre son pétrole, et si les conditions du memorandum sont respectées, des milliards d’argent gelé iront vers le régime rapidement, et ce sera vraisemblablement ce qui se passera.

Il est question de 300 milliards de dollars destinés à la reconstruction de l’Iran et qui seront donnés par les pétromonarchies du Golfe. Cet argent sera sans doute donné. Ce sera une aide majeure au redressement et au renforcement du régime qui verra cette somme comme un tribut et un signe d’allégeance envers lui de la part des pétromonarchies susdites.

Il est encore un peu trop tôt pour que je parle de catastrophe (et je reconnais que Trump a infligé des dommages majeurs au régime iranien, et je sais que si Kamala Harris avait été élue, l’Iran aurait dès à présent l’arme atomique), mais cela commence à ressembler à ce qui pourrait être une catastrophe géopolitique majeure pour Trump, pour les États-Unis et pour le monde démocratique.

La crédibilité géopolitique des États-Unis, si la catastrophe se concrétise (ce qui est probable) sera gravement entamée. La Russie et la Chine pourraient en tirer leurs conclusions.

Les dirigeants de Taïwan ont des raisons d’être inquiets. Les dirigeants européens continueront-ils leur politique stupide, aveugle et destructrice en Ukraine ? Comme je l’ai écrit voici peu, l’Ukraine pourrait ne pas survivre à la guerre (seuls les aveugles volontaires à l’européenne et les membres ignorants et irrationnels du fan club de Zelensky ne le voient pas et sont prêts à persister, et même à accepter que l’Europe se place en position de cobelligérant face à la Russie).

Les grands gagnants de la situation présente sont le régime iranien, la Chine, la Russie, les islamistes. Ce qui peut modérer les ardeurs de la Chine et de la Russie est que leurs systèmes de défense sol-air ont été détruits en Iran en quelques heures lors des frappes israéliennes et américaines.

Les grands perdant sont les États-Unis (et tout ce que Trump a accompli depuis janvier 2025 pourrait s’effriter et se déliter), le peuple iranien, le peuple libanais hostile au Hezbollah, je l’ai dit, et surtout Israël qui va sans doute devoir toujours davantage compter sur ses propres forces.

Si le choix en 2028 est entre Vance et un Démocrate, ce sera un choix entre deux ennemis d’Israël, l’un, le Démocrate, étant pire que l’autre.

En tant qu’ami d’Israël, je dois dire que je suis consterné. En tant que soutien de Trump, je dois ajouter que je suis consterné aussi.

Je craignais que le choix de Steve Witkoff comme négociateur, un promoteur immobilier lié au Qatar, et de Jared Kushner, qui est aussi un promoteur immobilier, et qui est le mari de la fille aînée de Trump, ait des résultats médiocres, et que le choix de Tom Barack, entrepreneur lui-même lié au Qatar comme ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial en Syrie, et de Massad Boulos, entrepreneur américano-libanais, père du mari d’une autre des filles de Donald Trump comme envoyé spécial au Moyen-Orient, ait des conséquences délétères. J’en viens à penser que mes craintes étaient justifiées. Et lorsque j’ajoute J.D. Vance à l’ensemble, je pense qu’elles étaient vraiment très justifiées.

J’ai voté Trump en 2024 avec enthousiasme, l’enthousiasme en moi n’est plus là et en 2028, je risque d’avoir à choisir non pas le meilleur, mais le moins pire.

© Guy Millière pour Dreuz.com. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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