
Dans un message vidéo diffusé mercredi dernier, Netanyahu s’est directement adressé au peuple libanais : « Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage. […] Prenez votre avenir en main. Rejoignez Israël. » Bravo ! Il serait temps que le Liban se débarrasse du Hezbollah et travaille étroitement avec Israël !
Un appel similaire a été lancé par le président Isaac Herzog, évoquant un rêve de paix et de voyage à Beyrouth une fois le Liban libéré de l’influence iranienne.
Cet appel intervient dans un contexte de tensions persistantes. Malgré plusieurs cessez-le-feu fragiles négociés avec l’aide des États-Unis, des échanges de tirs sporadiques continuent entre Tsahal et le Hezbollah. Le groupe chiite, allié de l’Iran, a été considérablement affaibli par les opérations israéliennes depuis 2023-2024 : perte de dirigeants clé comme Nasrallah, des milliers de combattants tués, leur arsenal endommagé et les infrastructures dégradées.
Le Liban a payé et continue de payer un lourd tribut : des milliers de morts, plus d’un million de déplacés et des destructions massives, notamment dans le sud du pays, sur fond de crise économique profonde.
Résultat : un ras-le-bol croissant dans la population, mais des divisions profondes demeurent.
De nombreux Libanais en ont assez. Des sondages, fin 2025, montraient que 79 % des Libanais estiment que seule l’armée libanaise devrait détenir des armes. Ce sentiment est particulièrement fort chez les chrétiens (92 %), les druzes (89 %) et les sunnites (87 %), tandis qu’il reste minoritaire chez les chiites (27 %). Beaucoup reprochent au Hezbollah d’avoir entraîné le pays dans des conflits régionaux au service de Téhéran, au détriment de la souveraineté et de la reconstruction.
Il ne faut pas, cependant, oublier que le Hezbollah a longtemps bénéficié d’un soutien populaire chez les chiites pour son rôle d’opposition à Israël et son réseau social. Mais ils semble que les destructions répétées, la corruption politique et l’incapacité à sortir le Liban de la faillite aient érodé cette légitimité. Des voix critiques émergent même chez les chiites, exaspérés par le coût humain.
Néanmoins, évidemment. « rejoindre Israël » reste un tabou pour une grande partie de la population. L’histoire complexe entre les deux pays — occupation israélienne du Sud-Liban jusqu’en 2000, guerre de 2006, etc. — nourrit une méfiance profonde. Beaucoup de Libanais, toutes confessions confondues, aspirent à un État souverain indépendant, et non à une alliance perçue comme une soumission.
Le président libanais Joseph Aoun a certes appelé au dialogue plutôt qu’à des solutions militaires mais les obstacles à un sursaut national sont nombreux.
– Divisions sectaires : le Liban est un équilibre fragile entre communautés. Affaiblir le Hezbollah sans intégration politique risque-t-il d’aggraver les tensions internes ou de résoudre les problèmes ?
– Influence iranienne, le gros du dossier, forcément. Tant que Téhéran soutiendra le Hezbollah, le désarmement complet restera compliqué.
– Faiblesse de l’État : l’armée libanaise est respectée mais sous-équipée. La classe politique, souvent accusée de corruption peine à imposer son autorité.
– Conséquences humanitaires : toute escalade supplémentaire accentue la souffrance civile et repousse la reconstruction.
Pour que les Libanais se joignent efficacement à l’effort de démantèlement du Hezbollah, il faudrait probablement une combinaison : pression militaire et diplomatique continue sur le groupe, renforcement massif de l’armée et des institutions libanaises, aide internationale conditionnée à des réformes, un processus politique inclusif qui rassure toutes les communautés…
Netanyahu présente un choix binaire séduisant : paix et prospérité contre otage du « parti de Dieu » . Mais cela reste compliqué ! Le Liban a déjà connu la guerre civile ; il aspire avant tout à la souveraineté et à la stabilité, pas nécessairement à devenir un allié de front d’Israël. Le vrai tournant viendra peut-être moins d’un ralliement direct que d’un consensus interne libanais pour reprendre en main son destin — avec ou sans l’aide d’Israël, mais certainement sans le Hezbollah comme État dans l’État. Mais les Libanais sont-ils prêts ? Les Chiites accepteront-ils de se mettre en retrait ou de quitter le Liban. Rien n’est moins sûr?
L’avenir reste incertain. Les appels israéliens soulignent une opportunité historique pour certains, un risque existentiel pour d’autres. Le peuple libanais, épuisé par des décennies de crises, semble de plus en plus prêt à tourner la page. Reste à savoir s’il trouvera la force collective de le faire sans sombrer dans de nouvelles divisions.
Christine Tasin
128 total views, 128 views today

60% de la population libanaise est musulmane. 30% de chrétiens dans l’armée libanaise. Ça expliquerait le peu d’empressement du Liban de se débarrasser d’un mouvement frère.